‹ Aidemémoire général et alphabétique des ingénieursChapitre 4 sur 302 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

en ce point , au sage conseil d’un homme illustre (¥) qui s’élevait avec énergie contre « la déplorable habitude qu’ont eue la « plupart des auteurs, de présenter tous les problèmes comme « résolus, toutes les questions comme entièrement épuisées. « Des assertions tranchantes, ajoutait-il, là où le doute devrait « accompagner chaque parole, nuisent essentiellement aux pro- « grès des sciences, et signaler des lacunes est encore plus utile « qu’enregistrer les découvertes. »

Mon modeste travail ne saurait donc aspirer au genre de succès de ces nombreux formulaires modernes où les plus hautes questions de l’art se trouvent résolues à chaque page, où le praticien le moins instruit peut aller puiser une formule qu’il ne comprend pas, la soumettre simplement à quelques opérations à peu près mécaniques, et, sans réflexion comme sans effort, en tirer, par exemple, l’épaisseur que doit recevoir un barrage en maçonnerie ou l’effet utile d’une machine complexe. Je n’ai jamais cru, je l’avoue, à la vertu de ces panacées ; je n’ai jamais cru, surtout, que cet enseignement machinal, fort estimé aujourd’hui sous la dénomination d’enseignement pratique, puisse former des hommes utiles en aucun genre, et je m’en suis éloigné du plus loin que j’aie pu. A l’exception des principes les plus élémentaires et les plus répandus parmi toutes les classes d’/ngénieurs , et que j’ai cependant sommairement rappelés , les lois, les théories, les formules, les résultats naissent ici des méthodes, parce que, ainsi présentés, on en conçoit du moins le sens, la portée, les restrictions. Que si l’étendue un peu limitée des connaissances du lecteur pouvait parfois devenir un obstacle à ce qu’il suivît l’exposition de telle ou telle doctrine, il trouverait, je l’espère, dans ce livre même, le supplément d’instruction qui lui manque, et, sans doute, dans sa propre énergie, le courage de l’acquérir une fois pour toutes. Pas plus aujourd’hui , eu effet, que au temps d 'Euclide, pas plus en matière d’application qu’en géométrie pure, pas plus pour

(*) Arago, Aonuaire do 1838, pag. 2A5.

PRÉFACE. v

les praticiens que pour les rois, il n’y a de chemin particulier pour parvenir à la science, et, comme le veut le proverbe arabe : le savoir sera toujours une serrure dont l'étude seule sera la clef.

Croire que les hautes et fécondes méthodes de recherche peuvent et doivent être descendues, en bloc, au niveau de la plus vulgaire instruction, est une erreur ! C’est celle dans laquelle tombait jadis ce bon patriote de 1793 dont les archives du Conservatoire me révélaient naguère l’étrange proposition, et qui demandait, s’il n’ordonnait pas, aux Lavoisier , aux Lagrange, aux Laplace et aux autres aristocrates de génie qui formaient alors le bureau, qu'ils eussent à sanscclottiseu les sciences ! Hélas! Citoyen ! le savoir, pas plus que la richesse, ne se sansculottise, mais le travail y conduit, et même par de pénibles degrés ; et pour parvenir aux résultats et les comprendre, il faut traverser le domaine des méthodes. Voilà comment les sciences exercent, activent et fécondent l’esprit, en dehors des fruits qu’elles donnent à ceux qui les cultivent, ce qui a encore son bon côté. Quant à ces méthodes elles-mêmes, elles ne se partagent pas en méthodes élémentaires et par cela même d’une application pratique immédiate et en méthodes plus élevées et par cela même inutiles. Rien n’est plus complexe que les problèmes d’application, et ce n’est pas de trop de tout l’arsenal de la science pour les attaquer et les résoudre seulement par approximation.

Ainsi, des méthodes, des procédés, des résultats, des faits : tel est le résumé de cet Aide-mémoire.

Je dirai peu de chose ici des immenses matériaux qui m’ont servi à le rédiger, parce qu’il n’est pas, dans ce livre, une théorie, une expérience, un fait d’observation, une idée originale, dont je n’aie religieusement cherché l’auteur, à travers les siècles ou le dédale des compilations, pour offrir à son nom, français ou étranger, ancien ou moderne , mon tribut d’hommages et de respect. Je citerai pourtant* ici, parmi les auteurs vivants, MM. Henry Moseley , Robert JVillis, Eaton Ilodgl inson, qui m’ont généreusement communiqué et permis de mettre à contribution leurs magnifiques travaux ou les résultats

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