‹ Aimer: pièce en trois actesChapitre 43 sur 63 · ACTE 'SECOND · texte numérisé non relu

ACTE 'SECOND

HÉLÈNE sous ce regard victorieux se trouble, lâche pied et, brusquement, renonçant ^ cette lutte désespérée, s'avoue toute :

Eh bien ! oui, là, je suis malade ! Qu'est-ce que vous avez fait de moi ? Je ne pense qu'à vous ! Je suis hantée par votre image ! La vie n'est plus la vie lorsque vous n'êtes pas là ! Cette semaine, vous ne savez pas, cette semaine a été atroce ! Je n'en peux plus. Je suis à bout... Je ne sais plus que vous attendre, qu'espérer, guetter, sonder sans fin le vide ! Ce matin, je me suis enfermée dans ma chambre pour pouvoir me crier votre nom à mon aise ! L'autre jour, vous aviez appuyé votre main sur cet arbre. Je n^sais pas lever la tête parce que j'avais peur de rencontrer vos yeux, ces yeux trop transparents que vous avez parfois. Alors je regardais, pendant que vous parliez, votre main, là, votre main d'homme, où il passait de temps en temps comme un frisson. Depuis, jp vois cette main. J'y pense. Je viens ici revoir cet arbre. Si vous saviez, quand vous n'êtes pas là, mon ami, ce qu'il peut tenir de solitude sous cet arbre ! Et puis j'entends votre voiture et le grand portail qu'on vous ouvre. Alors la vie revient. Le sang afflue en moi. Tout bourdonne. Tout s'illumine !

CHALLANGE

Ah ! ce que vous dites là ! Ce que vous dites

là I Savez-vous que c'est tout ce que j'ai voulu au monde !

HÉLÈNE

Oh 1 n'en soyez pas fier, allez ! Il n'y a pas de quoi être fier, je vous jure ! Vous en avez fait dans mon cœur un chaos ! C'est épouvantable I Pourquoi est-ce que je pense à vous de cette façon ? Moi, je croyais qu'une honnête femme ne pouvait aimer qu'une seule fois, qu'un amour comme le mien, ça durait toute la vie, et ce n'est pas vrai ! Ce cœur, tout plein de mon mari, voilà qu'il se remet à battre pour un autre ! Ce que j'ai senti autrefois, ce miracle, ce don du ciel, ça reconamence ! Et même, c'est plus fort ! Car jamais je n'ai été jetée hors de moi-même à ce point-là. Je^me rappelle, jadis, j'étais tout de même lucide. Je pouvais retenir en moi, cacher aux miens ce que j'éprouvais. C'était un grand bonheur, mais calme, mais limpide. A présent, c'est brutal, c'est trouble. C'est affreux I On dirait qu'il y a un poison dans mon sang ! Alors, moi, je ne comprends plus... C'est possible, cela ? Dites I C'est dans la nature ? Cela arrive des choses pareilles ? Je croyais, moi, que tout était bien dans le monde. Et voilà comme les choses se passent ! Mais enfin comment sommesnous faits ? On nous ment ! La vie est mauvaise !

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