ACTE PREMIER
HÉLÈNE
Tu G|ois que j'ai des goûts mondains ?
HENRI
J'ai toujours prétendu qu'il fallait se borner, s'entourer de frontières, qu'on ne connaît jamais assez ce qu'on connaît, qu'on peut toujours aimer davantage ce qu'on aime... Mais enfin...
Je connais tes idées. Tu sais bien que j'ai les mêmes.
HENRI
En es-tu sûre ? Je mets toujours tant d'obstination à te convaincre ! Peut-être as-tu fini par te croire convaincue, par fatigue... Tu viens de parler de tes trente ans, comme si tu trouvais que ta vie n'est pas suffisamment remplie.
HÉLÈNE
Je plaisantais.
HENRI
Beaucoup de gens ont un avis différent du mien. Regarde autour de nous. Que de cœurs insatisfaits, impatients de recommencer leur existence I Que d'adultères ! Que. de divorces I
HÉLÈNE
Tu penses à cette pauvre Antoinette ! Elle, elle a une raison. Son mari ne raimaîl! guère.
HENRI
Elle ne Taimait guère non plus.
HÉLÈNE
Elle l'avait aimé autrefois.
HENRI
Il Pavait adorée jeune fille... La vérité, c'est qu'ils n'ont su, ni l'un ni l'autre, entretenir leur amour, pourtant très ardent, et l'acclimater dans la vie. Le mariage, c'est difficile ! C'est tout un art. S'aimer d'avance, parbleu, c'est simple! On ne se connaît pas. Le problème, c'est de s'aimer quand on se connaît. Alors, plus de masque ! Plus de tricherie ! L'amour qu'on exige de l'autre, il faut le mériter. Antoinette croit que l'amour et le bonheur sont loin, on ne sait où, ailleurs, qu'il faut courir pour les atteindre... Les voyageurs qui ont connu les plus merveilleux coins du- monde préfèrent toujours leur ciel natal.
HÉLÈNE
Pourquoi mei répéter tout cela? iï'ai toujours été de cet avis.