GIRARDOT , FANNY
GIRARDOT^ sérieusement.
Fanny... tu connaissais la demande de Georges?...
FANNT, timidement.
Oui.
GIRARDOT
Mais c'est lui avouer que tu l'aimes. {Fanny baisse les yeux.) Ainsi cela est vrai... et sans que ta mère le sache... car tu ne le lui as point dit...
FAN^Y
Non... Mais vous vous en êtes bien aperçu, vous. — Ah! c'est que vous m'aimez bienl
Et comment cet amour est -il né? depuis quand?
FANNY
Ah! je vais tout vous dire. Il y a un an, pendant cette longue absence que vous avez faite, vous savez...
GIRARDOT
Oui, mon voyage en Allemagne.
FANNY
Ma sœur venait d'arriver de Paris... Toute la tendresse, toute l'attention de mon père et de ma mère semblèrent se tourner vers elle, je fus comme oubliée.
GIRARDOT
Que dis-tu î
FANNY
Ohl vous ne sauriez croire ce que je souÊTris alors, mon parrain... L'amour de mes parens était ma seule richesse, mon seul bonheur... J'es-
* Fanny, Girardot.
sayai tout pour reconquérir une place égale dans leurs cœurs... Je me levais avant le jour, je ne me couchais qu'après les autres ; je prenais pour moi tout le travail, tous les ennuis... mais on ne s'apercevait de rien... Alors... Oh I j'ai honte de vous l'avouer... j'ai senti que je devenais jalouse d'elle.
De ta sœur?
FANNY
Oh! c'était affreux... elle si bonne au milieu de sa légèreté!... Mais je souffrais tant, j'étais injuste pour tout le monde... 11 me semblait que mes parens ne songeaient plus à moi; je me regardais comme une orpheline. Car ce qui fait la famille, c'est l'affection.
Aiin-.Ek oui! inoncher, c'est bien juste yen effet.
El tout le jour seule au comptoir Il fallait calculer, e'crire.
Cacher à tous mon désespoir En le voilant sous un sourire.
Et quand des grâces de ma sœur Je voyais ma mère cliarme'e, Alors une voix dans mon cœur Criait : Toi tu n'es pas aimée, Pauvre enfant, tu n'es pas aimée.
GIRARDOT, à part.
Oui, pauvre enfant I (Haut.) Et ce fut alors que Georges revint des Antilles ?
FANNY
Il parut me plaindre...
GIRARDOT
Et il arriva bientôt à t'aimcr. Mais comment osa-t-il t'avouer son amour?
FANNY
Ma mère, obligée de conduire Noémi dans le monde, n'était point là... nous nous trouvions presque toujours seule au comptoir.
Et les occasions, à force de se représenter, finissent par enhardir un amoureux... Voilà pourquoi, à mon retour, je te retrouvai gaie comme par le passé.
FANNY
Il est vrai... Je pardonnais alors à ma sœur d'être plus chérie que moi, à mon père et à ma mère de la préférer... Comment garder du ressentiment dans une âme heur2use? je devins reconnaissante envers eux tous du bonheur que Georges seul me donnait.
GIRARDOT
Mais maintenant si tes parens repoussaient la demande de Georges !
FANNY
Ohl que dites-vous? lui, qu'ils ont élevé ici presque comme un fils... Cest votre protégé, d'ailleurs... Oh! nous avons eu tort, sans doute... mais vous êtes si boa...
GIRARDOT
Eh! cajoleuse... tu me flattes... pour que je parle en votre faveur.
FANNY
Ab! vous parlerez.
GIRARDOT
Il le faudra bien.
Et vous espérez T. ..
GIRARDOT
Pourquoi pas? Saunier m'a souvent répété que Georges était le seul homme capable de continuer notre maison... je ne sais même s'il n'avait point des idées...
FANNY
Quoi... vous croyez?
GIRARDOT
Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il a refusé dernièrement un riche parti qui se présentait pour toi... Du reste, nous éclaircirons tout cela... mais l'heure du bal approche; va à ta toilette.
FANNY
Oui... oh! maintenant que vous savez tout, le courage m'est revenu. Adieu, mon parrain.
GIRARDOT
Adieu, Nini... adieu, ma chérie...
Il l'embrasse.
ENSEMBLE
Air : Valse de Robin des Bois.
Mon parrain, que je suis contente!
Vous savez tout, plus de regret ; Cumbien j'e'tais impatiente De vous confier mon secret I
Ta franchise ici me contente, Je te servirai sans regret ; En ton parrain sois confiante, J'userai bien de ton secret.
GIRARDOT, seul.
Ah ! tu comptais sur ma faiblesse, Quand je voulais gronder bien fort.
FANNY, seule.
J'ai compté sur votre tendresse.
GIRARDOT
Elle a raison, c'est mieux encor.