‹ Ainée et cadetteChapitre 21 sur 43 · FANNY, M°>- SAUNIER · texte numérisé non relu

FANNY, M°>- SAUNIER

FANNT, à part.

Ah! mon Dieu!... quel air de mystère... est-ce qu'il a reçu la lettre de Georges ? ( Haut. ) Vous avez à me parler, ma mère ?

M^e SAUNIER.

Oui, mon enfant, oui.

* Saunier, M™* Saunier.

** Saunier, Fanny, M™* Saunier.

FANNY

J'écoute...

M™e SAUNIER.

Assieds-toi là, près de moi.

FANNY

M'y voici, maman...

Elle s'assied pr'es de sa mère.

M™e SAUNIER.

Elle te va bien, cette robe...

FANNY

Vous trouvez?

M™e SAUNIER.

Oui, tu as l'air d'une jeune mariée... ça te trouble, cemotlà... Voyons... entre nous... est-ce que tu n'as pas encore songé au mariage?...

FANNY, à part.

Plus de doute... mon parrain a parlé!...

M^e SAUNIER.

Hein?

FANNY, embarrassée.

Dam!... maman...

M"« SAUNIER

C'est si naturel... toutes les jeunes filles y pensent... et toi?

FANNY

Moi, maman, je suis aussi une jeune fille...

MO'e SAUNIER.

Mais raisonnable... Ce n'est pas toi qui te déciderais d'après un caprice...

FANNY, vivement.

Oh, non... une affection sincère.

M""* SAUNIER

Bien, mon enfant... tu as été élevée simplement, toi ; vois-tu, ce qu'il te faut... ce n'est pas, comme à ta sœur, les plaisirs de Paris, le tumulte des fêtes... c'est un bonheur sans bruit.

FANNY

Oh, oui!

M™« SAUNIER

Alors, chère enfant... si quelqu'un... dans le commerce comme nous... quelqu'un... que tu connais et que nous estimons... avait demandé ta main... si nous l'avions accordée... tu ne nous en voudrais point, n'est-ce pas?

FANNY

Oh! ma mère...

M™e SAUNIER.

Tu approuverais notre choix?

FANNY

Oh, oui!

M™« SAUNIER, l'embrassant.

Embrasse-moi.

FANNY

Mon Dieu, que vous êtes bonne aujourd'hui pour moi!

M™» SACI^IRR.

C'est que tu es une excellente fille... Du reste, tu ne te repentiras pas de ta confiance en nous... celui que nous t'avons choisi a tout ce qu'il faut pour le plaire.

FANNY, à part.

Je le sais.

M™« SAUNIER

Un jeune homme très-bien élevé... quoique dans le commerce... riche avec cela. FANNY, étonnée.

Riche?

M™e SAUNIER.

Sans doute... M. Alfred Durand.

FANNY, se levant, Aht ma mère...

M""* SAUNIER

Mais qu'as-tu donc... pourquoi ce changement? Tout-à-l'heure tu avais l'air charmée.

FANNY

Tout-à-l'heure, j'ai cru... je ne savais pas... Oh I maman, je ne puis pas épouser M. Durand.

M^e SAUNIER.

Et pourquoi donc?

FANNY

Mais je ne l'aime pas.

M"^ SAUNIER

Tu l'aimeras plus tard. '

FANNY

Jamais !

M^e SAUNIER.

Et pourquoi donc, mademoiselle?,.. Une jeune fille bien élevée finit toujours par aimer son mari.

FANNY

C'est impossible.

M"e SAUNIER.

Impossible?... — Est-ce que par hasard vous aimeriez quelqu'un?.... sans ma permission, mademoiselle... et je l'ignorais !

FANNY

C'est que vous n'avez pas regardé !. . . ma mère. .. c'est que vous n'écouliez pas!... sans cela vous eussiez compris mes hésitations... ma tristesse... mais, depuis quelque temps, votre cœur et vos yeux sont ailleurs.

M^e SAUNIER.

Comment?

FANNY

Oh ! pardon... ce n'est point un reproche contre vous, mais une excuse pour moi... Moins surveillée par votre tendresse... je n'ai pas su si je faisais mal... Georges m'aimait tant...

M""* SAUNIER

Georges!... quoi... c'est lui?... et vous ne rougissez pas?... un simple commis qui n'a pas même de famille... Et qu'a-t-il donc de si charmant, ce M. Georges? voyons, répondez?

FANNY, avec une simplicité touchante.

Je l'aime.

M"'e SAUNIER.

Et bien, mademoiselle, vous l'oublierez, car il faut que vous épousiez M. Durand,., notre parole est engagée.

FANHY.

Est ce vrai?

M^e SAUNIER.

Oui. . . (calinement) et tu ne voudrais pas nous y faire manquer... Allons voyons, Fanny, soit bonne fille... songe que tous nos projets dépendent de cette union.

FANNY

Comment?

M«"e SAUNIER.

Elle assure l'élection de M. de la Saussaie, et par suite le mariage de Noémi.,. Comprendstu, mon enfant... ta sœur deviendra comtesse... pairesse, peut-être... et tu en seras cause... Estce que cela ne te rendra pas heureuse î FANNY, amèrement.

Ah! je comprends... oui... on me marie, moi, pour l'élévation de ma sœur... peu importe ce que je souffrirai... pourvu que votre fille soit heureuse.

M""» SAUNIER, offensée.

Fanny !

FANNY, avec désespoir.

O maman... par pitié!

M™e SAUNIER.

Assez, mademoiselle... je comptais sur votre confiance en vos parens... sur votre dévoûment... Mais puisque je me suis trompée, et que je trouve, au lieu de soumission, de la révolte, de l'injustice... je sais ce qu'il me reste à faire. FANKY, se cachant les yeux.

O mon Dieu !

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