SAUNIER, M^^SAUMER
M™^ Saunier.
Je vous dis, monsieur, qu'on a joué de l'or.
SAUMER
Eh bien! après?
M™* SAUNIER
Mais vous voulez donc que notre maison ait l'air d'un tripot?... Que dira le commerce du Havre?
SAUNIER
Que veux-tu que j'y fasse ?
M'"« SAUNIER
Vous deviez réprimander celui qui a commencé.
SAUNIER
Mais...
M™e SAUNIER.
Le mettre à la porte!
SAUNIER, à demi-voix.
Mais c'est le comte...
JH^e SAUNIER.
Ah ! c'est...
SAUNIER
, Tu comprends bien, je ne pouvais pas lui dire que ch^z nous on se cave de dix sous... j'aurais eu l'air d'un prolétaire.
Mine SAUNIER.
Certainement! si c'est le comte... ^ au fait pourquoi ne jouerait-on pas de l'or chez nom? il me semble que nous sommes assez riches.. .**vérité, il y ades gens qui trouvent toujours à redire.
I SAUNIER
[ Mais qui donc s'est plaint...
M"» SAUNIER
Que sais-je, moi?... d'abord M^e veuve La bert et M. Léonard.
SAUNIER
Oh I de petits détaillans, qui, le dimanche jouent le loto à un sou la fiche !
M"e SAUNIER.
Et qui ont encore pour enseigne : Â la bonn" foi:
SAUNIER
Est-ce arriéré!
M^e SAUNIER.
Je ne veux pa.s qu'on nous confonde avec ces gens-là , monsieur, il faut jouer de l'or, puisque c'est distingué.
Oui... mais je perdrai, je n'ai pas la tête au jeu...
M"e SAUNIER.
Pourquoi donc?
SAUNIER
Fanny paraît si triste!
M"""! SAUNIER
Ce n'est rien, vous dis-je; Georges s'embarque cette nuit... lui parti, tout ira bien.
SAUNIER
Je ne dis pas, mais je crains qu'avant de nous quitter, il ne me demande une explication.
M^e SAUNIER.
Vous la lui donnerez,
SAUNIER
Certainement ; mais je tremble que Girardot nes'en mêle.
IS
MAGASIN THEATRAL
Bt™^ SAUNIER.
Ah çà, mais vous avez donc peur de tout le inonde, monsieur?... C'est cela... cédez aux caprices des uns, aux exigences des autres, oubliez ce que tous devez à votre famille L
SAUNIER
Comment?
M"^ SAUNIER
Son élévation dépend de vous, mais vous ne ferez rien pour assurer le mariage de Noémi.
SAUNIER
Par exemple !
M^e SAUNIER.
Oui, monsieur, vous faiblirez , c'est votre habitude... Mon Dieu! on vous connaît... tout le inonde le dit, vous avez toujours manqué d'énergie 1...
SAUNIER
Ah: on dit cela?...
»>"« SAUNIER
Partout!
SAUNIER
Eh bien ! nous verrons.
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SCEISE IIT.
Les Mêmes, NOÉMI *.
NOÉUI.
Maman ! mam... ah ! que faites-vous donc ici?
SAUNIER, d'un ion d'humeur. Nous... nous causons.
NOÉMI
Mais ce n'est pas le moment... venez donc tous les deux.
SAUNIER
Non, j'ai de l'humeur.
NOÉMI
Un jour de réception 1... oh! ça ne se peut pas, maman... on garde son humeur pour quand on est entre soi. Songez que tout va mal là-bas, en votre absence.. .on manquait de rafraîchissemens... i'ai donné les clefs de la cave aux domestiques...
M™^ SAUNIER
Ah! mon Dieu! je vais les reprendre.
NOÉMI
Non pas.
M"e SAUNIER.
Maïs tout va être au pillage.
KOÉMI, avec aplomb.
Ce sera comme s'il y avait eu plus d'invités !
SAUNIER
Quelle présence d'esprit!... ce que c'est que l'éducation !
* Saunier, JN'ocmi, M™« Saunier.
M"« SAUNIER
Eh bien, aide-moi... conseille-moi, car je perds la tête... que faut-il faire?
SAUNIER
Oui, que faut-il faire?
NOÉMI
Vous, maman, tenez-vous dans le premier salon... un mol agréable aux principaux invités.
SAUNIER
Aux électeurs 1
* NOÉMI-
Quelques complimens aux dames sur leurs toilettes... mais surtout, ma bonne mère, je vous en prie, n'embrassez pas vos amies.
M^e SAUNIER.
Pourquoi donc?
NOÉMI
Cela ne se fait pas dans les grandes soirées.
SAUNIER
Eh non... ça ne se fait pas... on n'embrasse plus ses amis... ça se devine, ma bonne... avec un peu de tact. . il faut traiter tout le monde de la même manière... des sourires et des poignées de main...
NOEMI.
Ah! non.
de main...
non, mon père... pas de poignées
Je croyais...
NOÉMI
C'est peuple!
SAUNIER
Ah: bah!...
M™« SAUNIER, ironiquement.
Certainement... on sent cela... avec un peu de tact.
NOÉMI
Maintenant, rentrons... ^lais pas ensemble!...
SAUNIER, à demi-voix à M"^' Saunier*.
Est-elle au fait, hein?
U'^^ SAUNIER
Un vrai prodige.
SAUNIER
C'est agréable d'avoir comme ça des enfans qui vous avertissent que vous êtes ridicules... C'est vrai, à notre âge on a des habitudes... sans celle petite-là nous n'aurions jamais appris à vivre.
M™'' SAUNIER, à IVoêmi.
Ah çà, tu vas te mettre à ton piano, n'est-ce pas?
NOÉMI
Tout-à-l'heure...
M>ne SAUNIER.
Je m'assoierai à côté de toi...
"* Saunier, M"' Saunier, Koe'mi.
NOÉHI.
Non... il vaut mieux, maman, que vous me laissiez seule.
M°ie SADNIBR.
Pourquoi?...
NOKMI.
C'est que... sans vous en apercevoir... vous battez une mesure... imaginaire.
SAUNIER, riant.
Ah! voilà, par exemple^ qui est peuplai
NOÉMI
Au contraire , une habitude du grand monde à Paris; il y a toujours aux avant-scènes de l'Opéra des connaisseurs fashionables qui gardent exprés leurs cannes pour battre la mesure a contre-temps sur leur menton.
M™^ SADNIER.
Je me tiendrai éloignée du piano, et je ne bougerai pas.
SAUNIER
C'est cela.
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