‹ Ainée et cadetteChapitre 28 sur 43 · SCENE YI · texte numérisé non relu

SCENE YI

CHARLOT, GIRARDOT, TANNY.

CHARLOT

Oui, monsieur Girardot, il vous a demandé plusieurs fois.

C'est bien... je vais lui parler... mais je ne peux plus me reconnaître ici... d'une de mes chambres on a fait un garde-meubles de l'autre une buvette pour les musiciens... impossible d'y être seul un instant!... Ouf!... je n'en puis plus !

CHAKLOt.

Voulez-vous une glace ?

GIRARDOT

Non...

CHARLOT

Elles sont excellentes.

GIRARDOT

Comment le sais-tu ?

CHARLOT, dt'concerté.

Ah!... c'est que je suis chargé de les offrir... et...

GIRARDOT

Tu t'en es offert?...

CHARLOT

Je vas chercher M. Georges *.

GIRARDOT

Va... ( Allant pour s'asseoir. ) Ma foi, tout ce que je demande du bal, c'est un fauteuil!... Tiens!... Fanny...

FANNV, relevant la tcle.

Ahl... {elle se lève et vient se jeter dans les Iras de Girardot. ) Ah! mon parrain...

GIRARDOT

Et bien, me voilà, Nini... qu'as-tu donc ?

FANNV.

Mon parrain... ahl que je suis heureuse de vous revoir!

GIRARDOT

Il y paraît 1

FANNV.

Avec vous... je puis pleurer sans me contraindre !

GIRARDOT

Ahl je comprends!... c'est ce départ de Georges... hier encore je ne croyais pas votre amour

* (iiriirJol, Fanny.

si avancé... ton père l'ignore, lui, mais quand il saura...

FANNY

lisait tout!

GIRARDOT

Georges reste alors?

FANNY

Non... plus que jamais on veut l'éloigner... et moi... on me marie...

Toi!...

FANNY

Au fils de M. Durand...

GIRARDOT

Alfred?... c'est impossible... ton père l'a re fusé dernièrement.

FANNV.

C'est qu'alors il n'avait pas besoin de ce mariage pour assurer l'élection de monsieur le comte.

GIRARDOT

Comment! il se pourrait!... Mais tune l'aimes pas, toi, ce M. Alfred !

FANNV.

Qu'importe!

GIRARDOT

Mais tu seras malheureuse !

FANNY

Oui... mais ma sœur sera comtesse.

GIRARDOT

Cette amertume ! toi ordinairement si résignée. Ah 1 il faut que lu souffres beaucoup, ma chère enfant!

FANNY

Oh! oui, beaucoup... Vous savez combien j'étais malheureuse avant d'être aimée de Georges... je vous ai tout avoué... mon désespoir, mes jalousies., l'affectionde Georges avaittout guéri... et maintenant on veut m'ôier cette unique joie de ma vie, on veut me rendre à ma douleur d'autrefois, avec des regrets de plus. Oh! je n'aurai point la force de supporter ce changement. Si Georges part, si j'en épouse un autre, je suis sûre, du moins, de ne pas souffrir long-temps!

GIRARDOT

Allons, Fanny. mon enfant, ne t'exalte pas ainsi... je parlerai à ton père, moi... oui.

FANNY

Ahl voudra t-il se rendre!

GIRARDOT

Pardieu! il le faudra bien! je me mettrai en colère au besoin... j'en ai l'habitude!... Car, au fait, c'est une injustice révoltante ! te sacrifier à ta sœur, toi, si bonne, si dévouée... toi qui fais ici l'ouvrage de trois commis... Mais qu'est-ce qu'elle a, après tout, pour qu'on te la préfère? elle ne te vaut pas... {I\Iouvcment de Fanny.) Non,

elle ne te vaut pas... Qu'elle fasse donc unbordereau comme toi!

FANNY

Mon parrain...

GIRARDOT

Mais chut ! voici ton père et ta mère... laissenous.

FANNY

Oui, et priez-les bien.

Sois tranquille... Va, va.

Fanny sort.

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