SCENE X. FA>'>Y, GIRARDOT
GIRARDOT, à part.
Quelqu'un!. . Fanny!
Il se rend maître de ses larmes.
FANNY
Eh bien ?
GIRARDOT
Eh bien!
FANNV.
Qu'avez- vous obtenu î
GIRARDOT
Rien.
FANNY
Quoi!... mon père...?
GIRARDOT
Est un fou, un ingrat... que je ne reverrai de ma vie.
MAGASIN THEATRAL
FANXY.
Que dites-vous ?
Je dis... je dis que je m'en vais.
FANXY.
Et Georges?
GIRARDOT
Geor'^es...ehbienl... tu l'oublieras... un amour qui com'mence, ça ne doit pas être difficile à briser... ils ont bien brisé une amitié de trente ans, eux!
FANSY.
Qu'entends-jeT
GIRARDOT, l'embrassant.
Oui, mon enfant, ils m'ont chassé!
FASNY.
Vous!
Moi!... chassé!
ne oh t j'ai
GIRARDOT
.. Adieu !
FANNY
Non, ohl non, vous ne vous en irez pas !
GIRARDOT
Il le faut.
Ne partez pas, je vous en supplie à genoux t
GIRARDOT
Qu'est ce que tu fais donc?... veux-tu bien...
FAN>Y
Ah! songez-y; que deviendrai-je sans vous?... sans Georges... privée des seuls amis qui me comprennent et qui m'aiment?... Ah ! mon parrain, ne me laissez pas seule... vous ne voyez donc pas combien je suis malheureuse?... vous voyez donc pas que ma tête se perd?., peur de ma douleur !
GIRARDOT, effrayé.
Dieu!... quelle exaltation!... Voyons, Nini, mon enfant, sois raisonnable!
FANSY.
Ne me laissez pas seule... ne me laissez pas seule.
GIRARDOT
Eh bien, non, non, là... calme-toi.
FANNY
Ils me parleraient encore de cet odieux mariage... et je ne pourrais résister, je céderais... et j'en mourrais !
GIRARDOT
Mais comment faire ?.. les voir encore, nous nous irriterons réciproquement, j'ai la tête si vive... puis, j'aurais l'air de demander grâce, de reconnaître que j'ai eu tort, c'est impossible... il faut que je parte !
FANNY, vivement.
Eh bien, emmenez-moi!
GIRARDOT
Comment ?
FANNY
Oui, chez ma tante, en Dauphiné... Vous deviez m'y conduire, tout était convenu avec mon père; nous partions dans quelques jours... partons de suite!
GIRARDOT
Devancer le voyage sans la permission de tes parens!... ce matin je l'aurais peut-être pris sur moi, mais après ce qui s'est passé...
FANNY
Ah! il le faut!... je ne puis rester ici... ici, où j'ai fait de si beaux rêves, où je serai seulemaintenant... Je veux partir, ma tante m'attend, emmenez moi 1
GIRARDOT
Mais laisse-moi au moins le temps de réfléchir. {A pan.) Quelle exaltation !
FANNY
Si vous ne voulez pas ra'emmener, oh ! je ne réponds plus de ce que je ferai... j'irai seule, au hasard... à pied, s'il le faut.
GIRARDOT, effrayé.
Comment! mais c'est qu'elle le ferait! c'est un moment de fièvre, de délire...
FANNY, avec égarement.
Vous ne répondez pas...
Eh bien, oui, oui... {A part.) Il faut avoir l'air de céder ; je verrai les Saunier... {Haut.) Oui... Tu partiras.
FANNY
Ah! ce soir !
GIRARDOT
Ce soir... soit' calme-toi. Mais il faut auparavant que je voie Georges, que je lui redonne un peu de courage !
FANHT.
Vous espérez donc .. .
GIRARDOT
Rien... je n'espère rien, je ne promets rien, mais je ne voudrais pas qu'il partît désolé... s'il est déjà au navire, je lui écrirai. Toi, surtout^ pas un mot de tout ceci!
FANNY
Ne craignez rien.
GIRARDOT
Allons, du calme, enfant... {Il l'embrasse.) Je reviens tout-à-l'heure.
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