CHAPITRE TROISIÈME
HISTOIRE d'AIX DEPUIS LA RÉUNION DE LA PROVENCE A LA COURONNE DE FRANCE y JUSQU'AUX ÉVÉNEMENS QUI ONT PRÉCÉDÉ LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.
Pour valider la donation de Charles III , et obtenir la confiance des provençaux , Louis XI fit assembler à Aix , les états généraux. On y jura solennellement en son nom , le maintien des privilèges de la province , et les états ratifièrent la donation. Par cette formalité , la Provence se trouva non incorporée à la France, comme une partie à un tout , mais seulement unie comme un tout à un nutre tout. C'est pour cela que le roi de France prit dès lors le titre de Comte de Provence, Les atteintes portées à nos privilèges , causèrent les désordres que Ton verra' dans la suite de cette histoire.
Louis XI nomma Palamède de Forbin , lieutenant général , avec de grands pouvoirs, en reconnaissance de ce qu'il avait engagé Charles III à lui laisser sts états. Mais ingrat autant que méfiant , le roi de France ne tarda pas à abreuver de dégoûts , Palamède de Forbin et à faire peser sur lui , le poids d'une injuste disgrâce. Peu jaloux de tenir sa parole , et ne pouvant souffrir les privilèges des villes et des corps , il rendit, dans le mois de janvier de l'année i485 , des lettres - patentes , par lesquelles il défendait à tous prélats , gentilshommes et communautés , d'élire leurs évoques , prévôts ou abbés. Il leur enjoignait dé recevoir ceux qu'il nommerait lui-même.
A la mort de Louis XI , le duc de Lorraine , petit-fib de René , profita du mécontentement que Fodieuse conduite de ce roi avait fait naître dans le cœur des provençaux ^ pour revendiquer se^ droits sur la Provence. Les étals s'assemblèrent à Aix , le 9 avril 14^7, mais on y délibéra
de nouveau de se donner à la France , avee la clause que lia Provence ne pourr^^ ^f §^réf ^Ç9^4.yii|ie, ni aliénée.
Charles YIII , par son ordonnance de Tannée 1496 > ch^ïgeA te nPI» 4aîs ^jrnMçs ei} celui de consuls. Il ypidut que les co^uls (l'Aise eussent les mêmes privilèges que ceux d'Arles, de Mai^eîUé et d'Avignon.
Aix fut ravagé par k peste en i5o& €e fléau dura deux ans.
I0 ProYjenfle. U 6t ftfa RoM"!^^ ^ Aj^j ^e j5l jjfj^î^ f^|j^„ piî^i4#. leL ^k9«lf}{9m^t » £t f^gut le^ plaif^^ ^ 59g fS^j^r
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p^^'On d«f ppnf^ls «^ ?fiple$ , de ^wuge .çf ^oif i ^}}*jl jff^f a^p^lîavi^t i ^ il Iç^ pf ^va ^ la jroj^ f oiigp p ^jifflit 49^îif a?^. Aix /q$ piUé p/^r \^ ^fu^ill^j^ ^ j^S t^9»ïW? ^H J?^»-
ua tajîif 4es ^mp^ens 4ef gpi^ de la ji^fitji^iî. Çejfp^^t CUar^e^Qubïl: ^t^a /ep ^rqy^i^. ^îx ^ ^fpji^^t fe,î^:ç ;^l|çr lu cooid^it^ 4u cpnsijl ^ çéfîplut de flési^r ^ rçmpNf^,^,ijir|. ^ ce^îÇ^et., pp forfiÇa If^ Yi||f. Les ^bjijajv? |d|Çs Y^j^* vpisift? ,.^j3^as^D]|èr^t leurs d.ea^eures , .^ ^ j^i^fi^j^^lit dans la capitale ^ .n^aisle Foi de Fr^ce , pn rç^id^^ ^ïtf If ^ ^ leiurs «tpns s^f^U^^ap^ , pr^^^féra qu'on j[ai$sàt lia yWlp ouverte» Pam .JfH obéir,, Qa ^ét^'WsU le$ forUficatioçç^pn brjU? ies vivrç;5, /et Ic^s pr^cyj^oji^ hal^itaïjs ^sA^i^dpiHièpeiit l^jpjjace. T4?i<}i5 que TAl'j^ée de rempejceMr s^yance , ,eU^ |P<?t haurceiée 4ans s^ marcluc ppr Je^ Xyoïme^ du rpi? 4Q|i4<^^i^ no^
( 43 ) P^jra^uos. EUe (n'uLe les viliag^ qu'elle reocoutre s/ur IjsirQMte. Arrivé à Aîx , l'^Hnife^reiiir aîy fait çQuroiiner roi d*Arle$ et de PjTOveoce , abolit^, les apciennes ch^ryes , en crée de nouvelles, et les fï^it exercer par des prispiiiiier« auxquels il a rendu la liberté. Son armée, campéç au plan d^ Aillune j près du hameau des Milles , eut beaucoup à souSnr de la dbette et de la dissenterîe.
Cbarles^Quint vît combien il serait dan^er^^u^f: d# j:è%\^ plu^ long-temps dan^ un pays où son armée était meiiacée de périr par la famine. Il asseipbla son conseil, et il fut résolu d'abandonner la Provence.
Avant le départ de l'empareur, le due de âiavoie .<tui Taceompagnaii , fit miettre le feu au palais , poi^r ^éarUk 1m titres du roi de France sur le cqkaké die Nice. Il croj^^ fue Ita archives étaient encore renfermées dai^s cel éd^ice, tandis qu'elles en avaient été roi ijrées,
Yeili l'an i54o, le luthérianiiune se réfiAadît dfip^ n^cxs Qoo^féfiM I et la rigueur que le parlement déploya co|iU:e t^ÊJBùt «ecte , ne ^rvit qu'à en au^enter le^ piKigr^s^ l^s Llilhériéiis ai|mërcik à Mérindol, vSlAge 4e PxQvenfse , ei commirent de nDnd>reaK excès dans oe.pajr^. lie p^i^ifie^t o«idiMà»a de détituire Mérindol et le« aUti^ss li^x i^feif^ié^f «Pèjéréiie. En qiémê (temps il cfundamiMii àm^r^i^S f^fmr^v^^ auM Hammes, et déclara lêurâhiei^ eonfisquéfi. Le piçé»i|de]^t; GlHuisanée , homme isage , suspendit i^mt qu'il le put » !^e«iéoution de œ iMudiare arrêt FmnçWs I aoqpp^a ^^ pardon >géaéral aux V andois oïl l^iulhérieiAs , à t0rtd^\Qif\ ^U^ 4d^ja|«ràient dans Tespaoè de troiis inoi^ ; mai;s ils fëtiMkveÊk , et iMMroyèrent unie requête dans iaqu^Ue il$ Ibsai^nft avec otdhme ieiir pro&ssian de fiÂjf «a kie plai^»^^ den cruautés eoceroées contre eux. Des ordres pour les ex^eirwiner liorent tolv à tour. donnés et levés. Enfin l'f^vQOc^ général Guërin provoqua l'exécution de l'arrêt du piui^mei^» Le pi'ésidepjL d'Oppède se mit à la ibè^p des troupes qu'on efi^vpy^ît contre Lçs hé^^tiques , ef. agit Biyec la plus grande
sévérité. Cet arrêt barbare fut exécuté d'une manière plus barbare encore. Les troupes du président se livrèrent aux plus infâmes excfès , et pour comble d'aveuglement, le roi de France approuva ces hon^ibles exécutions.
L'année 1S46 fut remarquable par des inondations exti^abrdinaires. La peste suivît de près la guerre civile. Framçois I accorda aux protestans la liberté d'exercer leur religion. Cet édît ralluma l'incendie. Des cruautés inouïes furent commises à l'égard des sectaires , soit à Aix, soit dans la Provence. Ceux d'Aix étaient pendus à un pin énorme placé hors la ville. Ces exécutions étaient présidées par un bouclier de la ville , appelé Tarroun, Le comte de Tende , gouverneur de Provence voulait pacifier Jes tix>ubles et engager par la douceur, à l'exécution de. l'édit du roi. N'en pouvant venir à bout , il se détermina à employer la force. Deux partis se formèrent alors ; l'armée du comte qui était composée des troupes du roi et des protestans 9 et celle des opposans qui avait à sa tête un religieux qui, pour couvrir la ' révolte d'un prétexte sacré y fesait prêcher ses troupes par la croix et les armes du pape , et ppillbr le chapelet aux soldats. Les protestans, à leur tour, commirent à Aix plusieurs actes repréhensibles > ib battaient la caisse et tiraient des coups de fusil en l'air, pour effrayer les fidèles , et les empêcher d'aller aux offices. Mais la journée des épinards mit le comble au mécontentement. Une procession nu-pieds et sans bâtons avait lieu le jour de S.* Marc , à la chapelle du saint , située à une lieue de la ville ,' sur la route de Toulon, Les soldats du comte répandirent malicieusement sur le chemin , des graines d'épinards dont les pointes aiguës ensanglantaient les pieds des pèlerins. A leur retour de ce douloureux voyage , ceux-ci ' devinrent l'objet de la risée et des huées de la* soldatesque.
Les catholiques, aidés par le sieur de Flassans, résolurent de se venger j à cet effet les pénitens noirs srî réunirent.
^près .s*éti^e munis de pierres et d'armes qu'ils avaient cachées sous leurs habits. Arrives au poste des Cordeliers , ils en massacrèrent les soldats. Ils se répandirent ensuite dans les rues , firent main-basse sur les protestans qu'ils rencontrèrent , et chassèrent les autres de la ville. Ce massacre devint le signal d'une nouvelle guerre civile , pendant laquelle les catholiques commirent encore des «xcès que la plume se refuse de tracer. La présence ae Charles IX parut calmer les esprits. Ce prince parcourut la Provence. Arrivé à Aix, il fit abattre le pin si fatal aux protestans.
Honoré de Savoie, comte de Sommerive, succéda au comte de Tende, dans ' le gouvernement de Provence. Les luthériens craignant qu'il ne les tourmentât, s'adressèrent au roi et obtinrent dans le parlement , une chambre neutre composée de catholiques et de protestans. Cependant U haine donna en 1676 , naissance à deux nouvelles factions. Celle des carcistes avait à sa. tête le comte de Carcès. L^ faction contraire était dirigée par le maréchal de Rets , et s'appelait des rézats ou razats. Les protestans se trouvaient dans cette dernière. L'ordre ne fut rétabli qu'à l'arrivée de la reine mère, Catherine de Médicis.
Une peste , dite la gratide , vint répandre encore la mort dans la province. La maladie était précédée de rhumes extraordinaires et de symptômes horribles , une humeur A'isqueuse découlait des naiTines et donnait naissance ^ des vers dévorans. La chambre des vacations du parleme^^t était en activité lors de la manifestation du mal. Après avoir , par plusieurs règlemens , pourvu à la sûreté à^ habitans et des. prisonniers « elle sortit de la ville avçc les tribunaux. Les consuls l'abandonnèrent aussi > viais l'assesseur Honoré Guiran se crut obligé de rester. Le nombre des morts s'éleva successivement par jour, depuis i5 jusqu'à 70. Parmi le petit nombre d'ecclésiastiques <^uî demeurèrent , Matai , chanoine théologal de l'église"
Sa2Ht-8aiîVetir , it At rèmar^aér par son zèle à secourir Ie5 pteStîfWé»/
On attribuait ces maux au sortilège d'un certain ertnite du diocèse dé Lodî , appelé Jrêre P'alere des champs , homme que la superstition présentait sous lés couleurs les plus odieuses. Il avait su d'abord s*attirer l'afTection^ du peuple par son hypocrisie, fcé misérable fut brûlé vif. tlne chose qui {Paraîtra étonnante sans doute , c'est qu*apr%8 la diminution de population « occasionnée par la peste et la famine, le nombre des habitans augmenta à tel pomt, que Ton fut obligé d'agrandir la ville.
La {>^ste et la famine furent suivies des flâneurs de la ligue déjà i^épaadue dans la cs^pîtale de la F4^ance.
Le comte iiè 6arcés <étaflt mort, ffit remplacé {nr soa «eveu DertÀS qo! forma, an {iarti peut la ligue , en faimm* du «duo lie Gi»be« *Le& proleska(ps éprouvèrent encore des reicadcAis inolMos. Lès Aietioas dés «aretste» et des raiaCâ drefMtiDènt, kt .la i^uerre cÎT.tle défini pias violertte que jtuauHSk
•La mort d'Henri d*Aftgoulèriiè hlahquH d'attirer la haîne <du roi sur cette ville. Henri d'Ah'gbùlémé; fils naturel de Hèttti îî , ^diïd prieur de Frantje , ahiirâï des ttiers du leVâMt et gouveriiretîtt' de Provetifc^, a^ant su ({U'Altovîtî , -gfirifHïïomlfhë itiârsëfllais , avait étrît cont.^e lui au foi, et qu'il i^fe trbuvait à Aix, alla à ITiôtel Saîrit-Jacqùé^ où oh l'aVâft Jttlàùrê qu'il logeait. Ne râjrant point tt-oUve , îl |)rît ie éh^hiln du prfbîs. Tandis qu'il était à fextrémité Se la i%é ?apâsfi(&ùfli , il vit AitoViti à Une fenêtre du ItrgîS dé la T^'été-NdiVe. Ëtifiatïtmê de colère , il quitte ses g^a*&si ^ trdùfv'ér AîtbVltî et veut ïé tuer, cdui-d, eh se >â'éfeiid'àhC , ]^erce le prince dé #)h épée. Il paya de Sd ^îè fé ittëùrtrë invoîôhtàîrë. Le Parlement écrivît aU rdî jptrtir llrtftfrftfet' dé ta moit de àon fVère.
ikifs le irtèttiié t^Tttps, un rtommé Cartier,* à la tète d'une
ttoUpk &e àbldats , ravageait la càitipûgnc. Ort sut TàttWef à Xîx où A fÀ ^aîst é* e!sti5ciitë.
Sèità-hôHîs 'dé ^ogàM, VlU^é d'fipèttibti , Vio^MHê gouvërhëiir , 'arriva à Àix ert t?86 ^ à là tftfe de ï S^odo RôfVhhèÀ y et Hiônh^ ûtie giHtidë Àét'^é enVet-â les habita ns.
ki% %Ut 'éibttbré Be^ticfô^ à soofilVir de la pé^e. Le ^^arlleMWt '^hlttk la ville {iijsqu'à la «fin de ce Hémi cepérhÙ!int L*6àiè de ^of idlli» , ^ésiéëàt du pétrleifrient et •<tli€?t^t!^ 'cb^sôHléi^ ke idév'ûù^i^etit '^ milat des habitons » eUi dbiWeMraht pâi^i èttx. On dtit -à letifs iioind la ^eB^étton dli niai et !a tt'àhqttillibé de ht vnltè.
L.a VH6rt *tj<a^a^ du due ^e Guise ^xtAta la rage des ligueurs. L'exaltation des esprits était si forte à Aik s (|u*on ^ôl<tàit èkhs lèls -mali^otïs lih ^VH; è% i'oA 'fèBait 'hli»^rire ftdor fo )t|ue'9 1^^ tfito^TtîU», eft ^enaçaiM et tn^aki^itatit ïHlHifb, kë&x '4Ui i^dsèflèiit d'Jr fkïH^ feUr liom. Devins RI: 'sfgriiir 'de kfêtte "ittsiiûëi^tthé gtèfAâkpaffUe ^ psLflm^eM. Lb prëtHléi* îpMsideiit de "FdmM itnàWût ^b douLlftl' , àe. viHr 4ktit 9è ^iMifordrës ^échii*er «éa patHe. Le chapitre fut obligé à son tour de signer , et quoique Ligueur^ il tochii'a, 'bibiitÔt après ^ 'fie ra^èir fait <(ae ftiréënlent Lu ^Nr?sîBii'(j[iM*^(Vitft "piu^titi l6» «lagisti'ats ^ augmenta encore !te 'Ail.' ta VKfféi^ce fl'opittîcwi sëpûta le parlement en détik'côi^ ; 'le premier, klévotiéà la ligue, 'rendait la. jobtiee ôti rt^lhi'^rdhiâitlè'Bburboh , ^«î'ûfi appela €haHes X. )1 'rèsAîà & Aix. "Le 'senrotid 4utit (ï^r de^oî , tfous l'autorieé -du gouverneiir:; persécuté à Aix, il s'établit à Pertu4(9.
^L% "^stHëhiëht liô^dl VMfk F^t ^ tei^ Hêttirî >III ^Bài^àit^Ws VStès dé 'Palais-, Am^Mis, OHéans, Abbevfll» ^^&V ^b^il^^ ^U'ëriftb dé ' l«^-:tMijéSCé , etc. Il ^{ttftta ^ëMstfte '^TèHitis, '^our ^alter à Manoëque. Chaque ville ou village de Provence éprouva à son tour les horreurs d*un siège; plusieurs furent pillés bu Incendiés. Le siège de Grasse fut célèbre par la mort de Devins.
I /esprit de révolte avait tellement aveuglé tes lifueur s •
( 48 ) qu'ils préférèrent traiter avec le duc de Savoie , plutôt
que de reconnaître le roi de France. Il fut résolu qu'on
se mettrait sous la protection du duc , et qu*on le cboîsirait
pour comte et seigneur du pays de Provence , à la charge
qu il relèverait de celui que les états du royaume convoquée .
à Paris par la ligue, choisiraient pour roi (i).
Le duc arriva à Aix , au milieu des applaudissemens.
Le commandement lui fut déféré avec enthousiasme, et
le président iDuchesne 9 pour avoir été soupçonné d'èti*e
du parti des royalistes , courut les plus grands dangers.
On le retint même prisonnier à l'archevêché. Le parlement
d'Aix fit brdler un édit par lequel le roi accordait une
amnistie. Il ordonna la vente des biens des Bigarras
( royalistes ).
Cependant on soupçonnait le duc de Savoie . d'agir poui*
ses propres intérêts , sous prétexte de servir les ligueurs.
On n'en douta plus lorsqu'on vit qu'il occupait Berre d'une
manière contraire au traité. Les ligueurs cherchèrent alors
4 l'éloigner. Le duc s'apercevant de la disposition des
•esprits à son égard , prit le paiti de retourner dans ses
•états.
La Valette , ayant été tué au siège de Roquebrunc , fut
•remplacé par le duc d'Epemon. Ce gouverneur sentit qu'il
lui serait avantageux d'occuper Aix^ en conséquence , il
se disposa à en faire le siège. La ville , de son c6té ,
se mit sur la défensive. On augmenta la garnison, on
leva des impôts et trente mille écus furent empruntés à
Marseille.
' Le duc exerça des actes de cruauté qui éloignèrent les cœurs de la bonne pause^ Il croyait n'être que sévère, et il était barbare : si une garnison de ligueurs se défendait jusqu'à la .dernière extrémité, il en fesait pendre une
(i) Thomas Blanc , Ah^êgé' de VHiit. de la maison de Siwoie , tom. ÏU , pag. 34. •
(49) partie, et envoyait le reste aux galères. Les habitans
d'Aix, irrités par cette conduite contraire aux lois de la guerre , persistèrent encore plus dans le révolte , et demandèrent des secours au roi d'Espagne et au duc de Savoie.
Enfin le duc d'Epernon parut à Aix. Il emporta le pont de Tare gardé par une compagnie , et suivant son horrible u«age , il fit pendre une partie des soldats , à la vue des ennemis. Le comte de Carcès indigné , usa de représailles , sur un pareil nonibre de prisonniers royalistes.
Cependant le duc s'empara de plusieurs places. Il s'ap procha d'Aix en iSqS, prit la tour d'Entremont , située sur une montagne voisiile de la ville , et la fortifia à la hâte. Il attaqua ensuite l'hôpital et le couvent des capucins qu'on avait mis en état de défense. Les troupes qui gardaient ce pmste, firent de fréquentes sorties. Le trait suivant prouvera combien les esprits étaient exaltés. Dans les divers engagemens , les femmes sortaient de la ville pour porter des rafiraichissemens aux ligueurs; mais comme on combattait par pelotons et sur divers points , elles se trompaient souvent. Une d'elles fit boire de cette manière un royaliste. S'étant aperçue de sa méprise , eUe cassa avec colère son broc sur la tête du soldat , et l'assomma à coups de pierres.
Le 25 mai , les royalistes campèrent sur la colline de Saint-Eutrope ; ils y placèrent deux pièces d'artillerie qui incommodaient beaucoup les assiégés. Les deux partis se répandirent dans la campagne et y commirent des dégâts. Une^ affaire eut lieu dans la plaine située au delà de Saint-Eutrope. Le Duc agrandit ensuite son camp , et en avança les fortifications fort près de la ville.
Les habitans imaginèrent de placer un canon sur la terrasse de Saint-Sauveur , afin d'incommoder à leur tour les assiégeans. Ils avaient entouré de ballots de laine le clocher de cette église , et par cetteprécaution , la force des boulets était émoussée. Instruits que d'Epernon avait
(5o) l'habitude de se délasser au jeu , dans un pavillon voisin de sa tante , ils pointèrent si juste , que Iç boulet tua' deux gentilshommes qui jouaient avec le duc , et brisa des meubles dont les éclats blessèrent grièvement ce dernier. Le croyant mort , ils tentèrent à plusieurs reprises , mais, toujours inutilement , de s'emparer du fort. Il y eut encore quelques affaires qui ne servirent qu'à afTaibli^ les deux partis.
Des négociations de paix eurent lieu. On était sur le point de s'entendre, lorsqu'arriva la nouvelle de l'abjuration du souverain , et l'annonce d'une trêve de trois mois. Le peuple d'Aix fit éclater alors sa satisfaction. Les provençaux des deux armées , malgré les défenses sévères de leurs chefs , quittèrent les uns le camp , les autres la place , s'embrassèrent et se réunirent , en déploraift la fatalité dés guerres civiles , qui divise les habitans d'une même ville , les amis et les pàrens.
La hauteur révoltante du duc d'Epemon aigrit &e& partisans et les ligueurs. On écrivit au roi , pour le retirer de son gouvernement. Les états se tinrent à Aix dans le mois de janvier. Mieux instruits sur les droits du Souverain et les intérêts de la province , les députés délibérèrent entre autres objets , de prier le parlement de rendre la' justice au nom d'Henri IV.
D'Epemon vit bien que la paix , en fesant évanouir son autorité , ne détruirait pas cependant le souvenir de sa' bari:>are conduite. Il voulut se réconcilier avec les provençaux , et demanda des députés , pour fixer avec eux les bases d^une paix solide. Le parlement l'ayant mécontenté par sa réponse , la guerre recommença. Le duc fesàit passer au fil de i'épée tout ce qui était pris les armes à la main. Il voulut encore assiéger Aix; mais la reddition de Paris et là publication d'une nouvelle trêve, en diminuant le nombre de ses partisans, Tempêchèreiït d'ex^uter ce projet. On s'empara par ruse du "fort de S.'-Eutrope. Dains i'cspate
(5. ) de quelques jour^ les habitans )e démolirent et n'en laissèreut aucune trace. Le parlement royal de Manosque fît son entrée à Aix, vers le mois de juin de Tannée 1594.
Le roi ordonna une prolongation de la trêve. Le duc refusa d'obéir, ravagea la Provence et se jeta enfin dans le parti du duc de Mayenne, On reprit les armes ^ de nouveaux dégâts furent commis , c'était les dernières convulsions de la ligue expiriinte. La nouvelle de la réconciliation du roi avec le pape , fut le dernier coup de massue.
Au milieu des violentes secousses qui agitèrent le seizième siècle 9 . on fît à Aix. de nombreuses institutions religieuses :,
En i5i5y on reçut les religieux services , dits les Pères de VA/monciade, On les logea d'abord hors la ville, mais leur couvent qui était situé au quartier de S.'-^Jean , ayant, été démoli lors des guerres de CharlesrQuint , ils furent placés dans Féglise de S.'- Antoine. On portait dans cette j église les enfans morts sans avoir été baptisés. Les religieux, les exposaient aux pieds de l'image de la vierge, en la priant de rendre ces enfans à la vie , pour qu'ils pussent recevoir le baptême (i).
£n i5i7, instititutiou des frères, appelés dans la bulle congregationes fratrum flagellatorum»
fin i5i8, institution de la compagnie des pénitens des cinq plaies , qui portèrent l'habit blanc , et des pénitens de N. D. de Jpitié.
En 1619, fondation de l'hôpital S .^"Jacques y par le second consul , Jacques de la Roque.
En 1 53 1 , du 8 septembre , délibération prise par le conseil de la communauté , par laquelle on réunit à l'hôpital S.*-Jacques , les autres hôpitaux (2).
(i) Pitton , Ann.^e Véglise d*Aix , pag. aiG»
(1) Rhgl, pour V hôpital gén. S. ^Jacques de la uille 4^ Aix ,
pag. 5.
£n i556, prise de possession de Tëglise N. D. de la Seds , par des religieux de S:^ François de Pau le ^ appelés aussi Minimes ou Bons^hommes,
En i5d5 9 établissement des Capucins.'
£n 1 5go , institution de l'hôpital de N. D, de la Miséricorde , par de petits marchands , notaires , etc.
La superstition était encore très-répandue en Provence, dans le commencement du dix-septième siècle, £n'i6ii, lès religieuses de S.'^-Claire d*Aix s'imaginèrent qu'une troupe de malins esprits s'était emparée de leur couvent.^ Le parlement ordonna des processions. Ce fut aussi dans ee temps-là que Ton condamna aux flammes le fameux Gaufrediy accusé de sortilège.
Onze ans après, la ville d*Aix fut honorée de la présence de Louis XIIL Ce monarque y laissa des marques de sa munificence. Fi%ppé de Taridité du sol de la Provence , 11 forma le projet d*y faire construire un canal d'arrosage , qui fût en même temps navigable. Le célèbre Peiresc n'oublia rien pour la réussite de ce projet; mais la peste qui survint en 1629, en empêcha l'exécution.
Quoiqu'aux premiers symptômes de la maladie, beaucoup de familles eussent abandonné leurs habitations , il mourut cependant 1 2,000 personnes. Mimata , prévôt du chapitif e , un chanoine , trois bénéficiés , François Borily , consul et Martelli , assesâteur , voulurent rester dans la ville désolée , et prodiguèrent leurs soins à ses habitans. On avait défendu à ceux-ci de sortir de leurs maisons , et l'on fesait dire la messe à presque tous les coins des rues , où avaient été placées à cet effet, des images dé la S."-Vierge. C'est de là qu'est venu à Âix, l'usage des niches aux angles des maisons.
A peine le fléau eut-il cessé (i65o), que les troubles Recommencèrent. L*édit des élus donna naissance à la faction des Càscaveous ( des grelots ). Sous le prétexte de soutenir les droits de la province , on donna l'essor
( 55 ) aux haines particulières. Les citoyens paisibles étaient insultés , maltraités ou proscrits. Forbin-la-Barben eut son château dévasté et le conseiller de Paule devint la victime de l'animosité populaire. Le parlement y le baron de Bras , firemier procureur du pa js et le duc de Guise , gouverneur de la Province , firent de vains efforts pour ramener l'ordre. ^De Bras forma une confédération dont la marque distincdve était une sonnette attachée par un ruban bleu. Il s*opposa fortement à Chàteauneuf, chef des factieux qui avaient dévasté le château de la Barben ; mais comme ses forces étaient inférieures, il fut obligé de se retirer. Peu après il prit la supériorité , sans verser une goutte de sang. Ses jours ayant été menacés dans une émeute populaire, il résolut d'aller à Paris^ pour se plaindre. Le prince de Condé eut ordre de se rendre en Provence, et d'y faire respecter Tautorité roj^ale. Les états, songeant à conjurer Torage, lui envoyèrent des députés qui n'obtinrent qu'une froide réception.
Suivant l'intention du roi , le prince ordonna aux cours souveraines et aux tribunaux de. justice, de sortir d'Aix. Ses troupes campèrent dans la plaine située au couchant de cette ville, où sont aujourd'hui le Jas^e'^Bouffan et> Encagnane, Le 19 mars i63i , le comte de Nangis qui avait accompagné S. A., entra de grand matin dans la ville et répandit la terreur parmi les habitans. Le princie le suivit quelques heures après, et ne voulut voir que les consuls , auxquels il ^se plaignit amèrement des torts du peuple. Une procédure fut prise par La Potterie et d'Au> bray, commissaires du roi. Ces magistrats condamnèrent plusieurs coupables à mort.
Le prince assembla ensuite les étals . dans la ville de Tarascon. On y pacifia les troubles , on accorda au roi i,5oo,ooo liv., et de plus on lui promit de fournir à l'entretien des gens de guerre. Le roi de son côté, fit espérer qu'il retirerait l'édit des élus. Les cours souveraines revinrent
au mois d'octobre, et le maréchal de Vitri fut envoj^é pour gouverneur en remplacement du duc de Guise.
Le maréchal se fît généralement haïr par la hauteur et la violence de son caractère. Sa conduite porta la cour à le rappeler à Pans. Il se mit en devoir d'obéir ; mait arrêté en route, il fut conduit à la Bastille, d'où il ne sortit qu*à la mort du cardinal de Richelieu. Louis de Valois, comte d*Alais le remplaça en 1659. On célébra à Aîx l'arrivée de ce nouveau gouverneur, par ^es réjouissances et des fêtes.
Les privilèges de la province reçurent dans ce temps-là d'autres atteirites notables. Pour créer des offices , le gouvernement établit une chambre des requêtes. Le parlement voulut faire à ce sujet des représentations au roi , et eut des démêlés avec le comte d'Alaîs. La chambre des requêtes fut supprimée en 1648, c'est-à-dire, au bout de six ans, et on institua sous le nom de semestre , un nouveau parlement qui devait partager avec l'ancien , les fonctions judiciaires. Les membres de celui-ci ne purent voir *sans jalousie cette innovation. Ils suscitèrent quelques mouvemens que le comte réprima par la force. Résolus cependant de s'opposer à la création du semestre , ils prirent le parti d'éloigner ceux qui traiteraient les nouveaux offices , et pour y parvenir, on fit assassiner Philippe Gueydon qui s'était mis sur les rangs.
Treize officiers de l'ancien parlement exilés par le roi, s'arrêtèrent dans le Gomtat. Les troubles continuèrent. Des députés furent envoyés en cour , ils obtinrent le rappel des exilés qui rentrèrent à Aîx en triomphe , suivis de plus de six mille personnes , et aux cris de vive le roi et le parlement , point de semestre»
L'insolence d'un laquais occasionna de nouveaux troubles. Cet homme passa près du gouverneur, le chapeau sur la tête , s'arrêta devant lui et le fixa fièrement. Un des gardes du comté , indigné de cette audace , lui lâcha un
( 55 ) coup d'arquebuse. Cet acte excita la lureur cLmt peuple* 0*Alais fit ses efforts poui* la calmer dans sa naissance 9 et tandis qu'il parcourait les rues , le président d'Oppédc et le comte de Carcès mettaient tous leurs soins à soulever la multitude. Furieux d'apprendre ces manœuvres coupables» le gouverneur voulait en punir sévèrement les auteurs , et il l'eût fait sans les instantes prières de Tarchevéquc d'Arles et des présidens de Séguiran et de AoUand.
Le lendemain il plaça un poste à l'hôtel-de-ville ; c'était au moment où Ton fesait la procession de S.' Sébastien. Un paysan , effrayé par cet appareil militaire , ou peut-être poussé par les ennemis du comte, atteignit, en courant, la procession, et s'écria : aux armes , aux armes , nous sommes perdus. Le désordre devient aussitôt général ; on s*arme à la hâte , on se rassemble , la foule se porte à. S. '-Sauveur, aux cris répétés de yiye la liberté ^ point d^ impositions. Les consuls y furent insultés , parce qu'ils avaient été nommés par le roi. Ils auraient été mis en pièces , si Duchaine , pour donner un aliment à la fureur de ce peuple effréné , n'eût jeté leurs chaperons au milieu de l'église. Les forcenés se précipitèrent sur ces marques du pouvoir, et les mirent en lambeaux. Ils firent prisonnier le comte d'Alais. Cette journée fut appelée journée de S^ Sébastien. L'ancien parlement cassa le semestre , et révoqua les consuls. Le comte sortit cependant de sa prison et se retira à Marseille. Le roi ne punit pas cette révolte.
La faiblesse du gouvernement enhardit tellement les mutins , qu'on se permit à Aix de jouer des farces dans lesquelles lé gouverneur et son épouse étaient représentes de la manière la plus ridicule. Celui-ci en fut instruit et résolut de se venger; à cet effet, il fit venir du Dauphiné le régiment de cavalerie de S.'- André Mombrun. Le parlement de son côté leva des troupes. Il y eut uhe affaire près de Barjols , où les parlementaires furent mis en déroute
(56) complète ; ils abandonnèrent leurs armes , legrs chevaux et les bagages ^ et rentrèrent à Aix dans le plus grand désordre. Ce revers fut bientôt oublié. On leva de nouvelles troupes, le rc^î , que le comte d*Alais avait tenu au courant de ce qui se passait , approuva sa conduite. Les états de Languedoc offrirent, mais en vain, leur médiation. La ville d'Aix se disposa à une défense opiniâtre.
Une chose embarrassait les habitans; ils n'avaient ni artillerie, ni moyen de s*en procurer. Un menuisier qui était en même temps architecte et sculpteur, proposa de , fournir des canons de bois , assurant qu'ils seraient aussi bons que ceux des ennemis. On accepta l'offre avec reconnaissance , et l'on fit l'essai de ces armes. Mab qu'on juge de l'étonnement des spectateurs , lorsqu'à la détonnation, le canon se brisa en mille pièces.
Enfin, S.^-Aignan, maréchal de bataille, apporta des articles de paix , auxquels le roi prescrivait d'obéir. Par ces articles , le parlement devait faire les premières démarches. Cette compagnie donna l'exemple d'une obéissance d'autant plus honorable, qu'elle blessait davantage son amour-propre.
La peste qui avait déjà fait quelques ravages à Marseille, fut apportée à Aix en i65o par des filles de mauvaise vie. Elle suspendit pour quelque temps les dissensions des provençaux.
Ce fut à cette époque que le cardinal Mazarin quitta le royaume. Pour lui ôter tout espoir de retour , le parlement rendit un arrêt semblable à l'arrêt du parlement de Paris. Cette démarche avait pour objet de faire une chose agréable aux princes, enneihis de Mazarin. L'orage s'appaisa pourtMit, et le cardinal se disposait à rentrer au' conseil ; alors le baron de S.*-Marc , son ennemi , forma dans Aix un nouveau parti .pour les princes. Ceux qui le composèrent (îirent appelés sabreurs. On donna aux partisans du roi , le nom de canivets ou tailleplumes. Les sabreurs cherchèrent à
( 57 ) exciter det troubles ; mais ils n'y purent réussir et furen^
forcés de se retirer à Marseille. La dame de Venel , adorée du peuple à qui elle avait prodigué ses secours pendant la peste, contribua puissamment au succès de la cause royale. Elle n*eut pas de peine à déjouer les efforts que iesait le président de Galliffet , partisan des princes , pour ressusciter la faction des sabreurs.
Le comte de Carcès , gouverneur de Provence , fut exilé. n retourna bientôt à Aix , sans la permission du roi. Le marquis d'Aiguebonne , désigné pour le remplacer momentanément , quitta de suite la Tour-d' Aiguës où il se trouvait alors , dans le dessein de venir exercer sa charge. A son «ntrée dans la ville , un de ses gardes reçut un coup de ftu qui rétendit mort sur la place. Le marquis craignit alors pour sa vie et se retira.
On exila le comte de Carcès à Avignon , et l'on donna le gouvernement de Provence à Louis de Yendéme , duc de Mercoeur. Les habitans d'Aix le reçurent firoidement. Ce prince chassa les sabreurs de plusieurs villes , et les obligea de se retirer à Toulon où leur parti était encore puissant
L'année i656 fut remarquable à Aix, par le passage de Christine, reine de Suède qu'on reçut avec tous les honneurs dus â son rang.
Une dispute ayant eu lieu en 1659, entre M. d'Etienne, ami du premier président d'Oppède et le jeune Baratté j celui-ci reçut, en se battant, une grave blessure. Cet accident, auquel M. d'Oppède n'avait eu aucune part, &t présenté comme un assassinat commis à son instigation. Il n'en fallut pas davantage pour faire naitre le désordre. Le peuple se porta chez M. d'Oppède avec le dessein de lui fiiire un mauvais parti y mais en homme que le danger n'effirayait pas , le premier président traversa la foule dans son carrosse , et inspira assez de respect pour arriver au palab sans être insulté. Il se plaça sur son siège et fit
(58) assembler sa compagaie. La poplidace , dbtiC rexaHatîon ëtait' toujcMirs croissante) s'y rendit en proférant des menaces. Elile repoussa avec mépris une députation qui lui avait été envoyée , et la poursuivit même jusque dans là salle où les magistats étaient assemblés. Leur présence en imposar tellement, que les factieux se retirèrent Excités par là partie des mutins qui* les attendait sut* la place ^ ils reMpèreiit bientôt ,• en demandant qu'on mit à leur tète uii des quatre consuls. Ceux-ci s'y refusèrent d'abord ► Roq^ntarline , l'un d'eux , y consentit ensuite , dans ia vue d'empêcher de plus grands excès. Il sauva , de cette manière , la vie à M. d'Honorat qui se rendait au palais.
Guidés par Fespoir du pillage , les mutins se portèrent de nouveau chex le premier président. Les personnes^ qui gardaiant son hôtel firent bonne contenance. Elles tuèrent un artisan et en blessèrent plusieurs. La foule épouvanté'* se retira^^n désordre. Elle se rassura cependant et retourna au palais, en -poussant des vociférations. Les rebelles forcèrent les portes et ayant pénétré dans la salle où la Cour était assemblée , ils demandèrent à grands cris qu'on leur livrât le premier président. On négocia encore , pour donner à celui-ci le temps de fuir par une porte dérobée; mais sur la proposition qu'on lui en fit , ce magistrat , pénétré de toute l'étendue de ses devoirs , prononça , avec dignité ^ ces paroles mémorables : » A Dieu ne plaise que je fasse )> cet affront à là magistrature , il n'y a pas d'asile plus » sûr que celui où le roi m'a placé ; si quelqu'un de vous » ne se croît point en sûreté , qu'il sorte. Pour moi , je • ne dois rien craindre dans le sanctuaire où réside la » justice et la majesté du souverain! v
Dans ces entrefaites , le m cardinal GErimaldy , archevêque d'Aix , arriva au palais. Il proposa au premier présidient de le suivre à l'archevêché , et lui fit traverser la sédition en le couvrant de son manteau, et le tenant étroitement embrassé. Us étaient précédés de Thomassin Einac , parent
(59) dn premier président , qui était armé de deux pistolets et
d'un poignard. Le danger se renouvela à l'archevêché , où
la popiilàce s'était portée. On y retînt captif le premier
président Le parlement députa au roi , pour l'instruire de
ce qui se passait
Le duc de Mercœur arriva de Toulon et convoqua les milices du pays. Cette mesure intimida les factieux. Ils firent auprès de lui des démarches pour appaiser sa colère. Le duc exigea^ avant tout, qu'on rendit la liberté au premier président , et que Ton mit bas les armes ; ce qui fut ponctuellement exécuté. Le roi accorda une amnistie , dans laquelle n'étaient cependant pas compris les quarante plus coupables. On en punit plusieurs. L'intendant de Languedoc et un maître des requêtes informèrent. Les consuls furent déchus de leur qualité de procureurs du pays , et l'on grava le 'lUgemenC sur une pyramide dressée à b porte du palais. Une partie des condamnés s'était réfugiée à Marseille , où on leur ménagea les moyens de s'échapper , malgré, les Ordres exprès du roi et du gouverneur.
La cour dé France était à Arles. Elle s'avança vers Marseille , pour punir cette ville de sa désobéissance. Le roi fit son entrée à Aix le 17 janvier .1660 , avec la reine sa mère» son frère le duc d'Anjou , et mademoiselle , fille ainée de Gaston, duc d'Orléans. S. M. défendit les réjouissances publiques. Le 27 janvier, le prince de Condé que des mécontentemens avaient jeté dans le parti des Esgagnols , vint à Aix implorer la clémence du roi. La réconciliation qiû suivit ce rapprochement, répandit la joie dans la famille royale , et la nouvelle de la ratification de la paix des Pyrénées , mît le comble à celle des habitans.
£n i665, des démêlés, s'étant élevés entre le roi de Fntnce et le pape , le parlement prit possession d'Avignon «t du Comtat » au nom de son souverain. Les démêlés cessèrent ensuite , et tout fut restitué au pape.
Peu de temps après ( en 1667 ) , les privilèges du par-
(6o) lemeut reçurent une atteinte profonde. Le duc de Vendôme commandant la Province, ayant ëté fait cardinal, le roi nomma . pour lui succéder , le premier président d'Oppède. Cette nomination était au parlement une de ses principales prérogatives , qui était de commander la Province, en Tabsence du gouverneur ou du lieutenant du roi.
Le dix-septième siècle fut plus fécond que celui qui l'avait précédé , en établissemens religieux et autres. Les plus considérables furent :
L'établissement de la congrégation des prêtres de POra^ toire de Jésjts ^ en 1610.
L'établissement de deux maisons à*Augustins déchaussés , en i520.
L'édification d'une église; faite en 1621 , par le maréchal de Vitry, gouverneur de Provence, pour les frères mineurs Recolets^ reçusàAix, depuis l'année 16 13.
Réception des religieux* de l'ordre de la Trinité en 1621 , ils furent logés à l'église S.'-Laurent.
Établissement du Collège des Jésuites , en 1 622. Fondation des Chartreux , par Jean- André d'Aymar , conseiller au parlement, en 1624*
La même année , réception des Carmélites , à la prière de la dame Aymar de Castellane , baronne d'Oppède.
La même année , fondation des religieuses de la Visitation de Sainte Marie ^ par Perronne de Chatel.
Établissement des postes pour Paris, en 1627 , à la sollicitation d'A^honse de Richelieu , archevêque d'Aix,
Fondation des Jilles pénitentes du Bon Pasteur^ en 1629, par le P. Isnard.
Établissement des Carmes déchaussés , en 1637. Ces PP. étaient d'abord à l'église de N. D. deBeauvezet, ensuite à celle de S.^- Laurent, près de la porte des Augustins, où ils bâtirent un couvent dans la suite , sous le titre de
(6i ) •S.' Joseph et S }^ Thérèse^ dans un endroit appelé Xîifouen das pras , qui jusque-là avait été un lieu de débauche.
Fondation de la congrégation de iV. D, de Miséricorde , en i635 , par le P. Y van.
La'm^ie année, les religieux réformés de l'ordre de la très-sainte Trinité^ bâtirent leur église.
Réception des religieuses Bernardines , en iGSq , par M. de Bretel, archevêque d'Aix.
Étabtîssement d*unc seconde m^son de religieuses de la visiiéUion de Sainte Marie , en 1647.
Réception des religieux de la congrégation des Feuillans , de rordre de (3teaux ou de S.« Bernard , vers l'année i658.
La même année , les religieuses de la Celle , établies à
neuf lieues de la ville, sont transférées à Aix , par sentence
du cardinal Grimaldî , archevêque d'Aix , du 29 octobre ,
à cause du relâchement dans lequel ces religieuses étaient
tombées.
Édification de l'hâpital de la Charité^ en 1662.
Réception des religieux du tiers ordre de S.^ François «n 1666. Ils furent logés à N. D. de Beauvezet.
Établissement des recteurs dei» prisons, par édit de 1695.
L'année 1709 est célèbre en Provence par un froid tellement rigoureux , qu'il occasionna la perte générale des oliviers.
Une calamité plus f;rande encore vint affliger notre ville en 1720, la peste qui avait fait périr à Arles et à Marseille 9 la majeure partie de la population , y fut introduite par la contrebande. Aux premiers symptômes de la contagion , Joseph de Clapiers- Vauvenargu es , Joseph Buisson, Charles de Joannis-Labrillanne et Melchior Yincens , procureurs du pays , prirent les mesures nécessaires pour la distribution des secours publics. Le parlement se fixa à Saint- Remj, la cour des comptes et les autres tribunaux s'établirent en divers endroits. De Yauvenargues et Buisson,
vonlareiît rester dans la ville. Lèpre mfer reçût des lettrcfs de commandant pour Aîx et son territoire. Un nombre considérable d*ecclésia)stîques , de religieux et de jeunes gens des deux sexes , se disputèrent Thonnëur d'être admis ann dangereux travaux qui se préparaient. On se vit obligé (le les inscrire, pour ne les emplo^rer c(u*à leur toiir. Les progrès de la «ontdgibn- furent terribles ; mais les sÀ^es précautions de M. de Yauvenargues arrêtèrent pendant deux fuis le fléau. Ce compne^i^aiit mit les habitans en qUarïintaine dans leurs maisons y pour éviter le danger des^com^ munications. Des vivres et des^ secours de toute -^spiBice ^taieiit poités à domipile, et Ton célébrait laf mésaf;(le» dimanches et les fêtes,, sur les places publiques et dans les carrefours. 7654 habitans furent victimes de la peste ^
Les provençaux sentaient combien, il leur importait d'éloigner ce fléau dévastateur. On chercha quelles étaient les précautions à prendre ; des règlemens sanitaires furent faits, et depuis , la maladie n*a plus reparu (1). l\^i& si la Provence est aujourd'hui dans la sécurité^ elle le doit à la sévère exécution de ce3 règlemens et au zèlç de MM. les intendans de la santé de Marseille. L'amour du bien public anime leur périîblé surveillance. Le niéme amour a fait adopter , " par les administrations de Marseille , de grands perfectionnemcns dans le régime sanitaire, et des augmentations considérables aux Lazarets. Ainsi , par la prévoyahr>.e paternelle des uns et l'active vigilance des autres, nous pou V'oni&nbus promettre d'être désormais à TahfiTl du pktis dévastateur des flëafux.
Des établissemens d'une utilité bien plus réelle que léii
•(i,).Nostradainus^ Hist, de Prou* — Pitton , Hist. de la::yiUe d*Aix, — De; Haïtze, ffist. d^ la ville d^jfix , ms, — r- Oaulri^.i,^ Hist, de Prov, — Bouche, id, — Papon , Hist^ gêné, de^Pros*,-^ CF. Boiiclie , Essai sur V histoire de Prov. — Ruffi, Hist, dei comtes de Prou. — Boissoti»de-la-Salle , id.
( 65 ) autres institutions religieu^s que nous avons mentionnées en parlant des siècles prëcédens , eurent lieu vers le milieu du dîx-buitième siècle. En attestant la profonde piété et l'angélique philanthropie de leur auteur , ils lui assurent les respects des générations qui l'ont suivi , comme ib lui acquirent la reconnaissance de ses -contemporains. L*homme vertueux à qui Ton en fut redevable , est Jean*Baptiste<^ Antoine de Brandas, archevêque d^Aix.