XI
La venu ( trait considérable. ) Orphée a parler délégué , Ayant dit , jl prend non d'érable , Mais ce luth d'or qu'il m'a légué , A mainte coste et riche lame , Ou d'yne main qui donne l'ame A vingt morts roidement tendus.
(i) La ville d*Aix.
Par ordre en sa ti^ble estendus ,
£n cette Elysienne rade ,
Un air dorique releuant
Il fut tous ces dieux esmouuant ,
Au foudre seul d'vne tyrade ,
Qui passe en vitesse le vent.
xij.
Mieux qu'vn parfîin aromatique Ne pasme , jl les extasia ; Quand sur la feinte chromatique Sa gauche main fantasia ; Là d'vne voix commune Orphée Le prononça le choriphée , £t le souuerain de son choeur Tant il raujt aux dieux le coeur.
Tant fut cette musique doulce.
Et ce ton si triste e^ mourant , Qu'il fut au manche discourant £t tant admirable ce poulce D'une corde à l'autre courant.
XllJ
Là là, fay ton heureuse pose, Permj tant de diuins accords , Là franc de tout soin te repose Bel esprit, tandisque ton corps Dormira comme vne relique Au dôme de la basilique Du dieu sauveur (i), ce long sommeil
(i) L^église métropolitaine SainuSau^eur d'Aix, où d'Espagne t fut ens«y«li.
Jusqu'au grand iour du grand resueil
Que tu reprendras cette robe,
Pour joujr éternellement
Loin , loin de ce bas élément
DVn bien qu'aucun temps ne dérobe
Aux esleus promis seulement.
Xli^,
Te voyla donq ame loyalle Dans vn palais ou tu recois Yne pourpre assez plus royalle £n quel rang des dieux que tu sois »
Tant de persones a£Bigées , Que tes grâces ont obligées , Soupple à toutes sortes de gens, Yefues, orphelins, jndigens, Tant de nobles , des plus coulpables Par toy seul garantis des fers Que peut être jls auroynt soufiers Sont ce pas de choses capables D'oster un esprit des enfers l
xy.
L'auarice est un monstre jnfame , Aux mains et poitrine d'airain, Harpie en visage de femme , Dont Des est le dieu souuerain»
Hjdeuse, maigre et deschamée.
Famélique ai^ lucre acharnée.
Jugeant vne poultre vn paillon , Maisons, Bourgs et villes infecte Plus ardente au bien, qu'apenin N'est froid. Bref, sans rien de bénin
(«3) Lame qui touiour l'or affecte , Et n'a dans le coeur que venin.
xyi»
O dieu sans jeux, timide Plute, Qui par le dehors surdoré , Tant Tendoij: le son de ta, flutte N'es que de ce monstre adoré , Pleut au Jupiter qui gouueme L'olympe , le monde et Tauerne Que tu n'eus onques habité Terre ny mer, champ ny cité , Mais TAcheron etle,Tartare £t tous ces jnfcrnaux boslelz Car tes enchantemens sont telz Que tous maux des mains de l'auare Par toy sont venus aux mortelz.
Cet ord monstre qui plus abonde, Plus est pauure et moins contenté Le fléau et la peste du monde N'a iamais tes hujs attenté Or iamais ne te vit corrompre , Plus aysé de fendre et de rompre Yne enclume auec un rasoir, £t faire d'vne aurore vn soir.
Que de voir tes deux m&ins en friche, Si que tu n'jgnoras sinon , Les mots du refihs et du non , Mort glorieux, assez moins riche, De biens , que d'honneur et de nom.
arfity,
Ta maison des muses l'amie Aux murs d'azur et d'or veslus , Ou n'eut point de niche lamie, n'estoyt qu'vn temple des vertus, Yne académie ordinaire , Vn prytanée , vn nid , vne aire , De beaux, grands et diuins espris, Qui te deferoynt tous le prix , Mais qui venoynt comme statues , Quand de ce luth d'or radieux , D'vn tonnerre mélodieux , Soubs tes dois les cordes battues , Tyroynt de l'olympe les dieux.
O belle ame tant regrettée , Que le mien ne peut euoquer, Si la sentence decrettée , Des dieux se pouuojt reuoquer.
La noblesse qui plus n'espère De iamais n'auoir un tel père, Auroyt obtenu ce haut don.
Mais le destin est sans pardon.
Touiours en cette heure suprême , O s'esteint le vital flambeau, Moy qu'ennuyé l'astre plus beau.
Je ne suis plus , tant est extrême , Ma perte , que dans ce tumbeau«
Et qui fut onq plus accostable Fors qu'aux sots , vilains et meschans « Qu'estoyt ce de voir vne table Fat à la ville , fut aux champs , Touiours exquisement couuerte, A tout homme d'honneur ouuerte^ Autant citadin , qu'estranger Qu'il scavo3rt prontement ranger Aux sièges deus , si que iestime Que pour n'estre jngrat à ses os , Auec maint éloge à son loz Tout bel esprit doit sa victime A l'vrne ou ce phoenjx est clos.
Je laisse que ce personage (i) Au bal , à la balle , à tcus jeuz^ Fut admirable en son jeune âge Au reste braue et courageux.
S'il faloyt employer la dextre A tout noble exercice adextre , Si franc , tant honneste et si doux , Qu'il estoyt bien voulu de tous , Tenant plus du dieu que de lliomme , Et quant à son corps en effect^ De taille juste et si bien fait.
Qu'il eut tout ce qu'vn gentilhomme.
Doit auoir , pour estre parfait.
(i) D*illusire sang et hault lignage.
Quand à sa parole endormante , Dont le ton fut si rauyssant , Quel coeur n'estojt elle charmante Tant estoyt sou philtre puyssant:
Quel Scythe n'adoucissojt elle, Quelle ranci^ne si mortelle, Quel tant effarouché toreau Qu*and il auojt pris le bureau. Se vit il rien qui ne s'arreste , Fut ce vn Rhadamante , vn Dragon , Vn Cerbère , vn Demogorgon , Yne Empierrée Anasarete, Vne Cyrcé , vne autre Gorgon.
Je passe la merueille encore , De cet auguste cabinet.
Qui tes murs 6 sexte décore , £t de ce jugement si net , A toute sorte de culture , D'édifices, d'agriculture.
D'allées de juste longueur.
Ou se change toute langueur En goust' et plaisir tout ensemble , Docte aux artifices de l'eau , Rai'c au placement d'vn tableau , Si que son palais d'amour sembk L'abrcgé de Fontainebleau.
xxiy.
Bref âe vit onq ame si belle , Et par rares égalités ,
( aa? ) Le dieu filz ajsoé de Cjbelle Eut versé tant de qualités :
Mentiray je pas si je nie Qu'au parangon de son génie Le mien n'estoyt quVn animal ; Sans enuie j'en vouloy mal, A ces jnfluances prodigues Qui soubs tant de bénins accors.
Pour l'enrichir d'ame et de corps Auojnt rompu bandes et digues Des fleuues de tous leurs thresors.
Recoy donq comme vn sacrifice
jmmolé
Le saînct, juste et dernier office
Que t'offre d'vn coeur désolé.
Jacoyt qu'a ton mérite auare ,
Ton CESAR (i) : si de ce haut Phare ,
Tu l'entens fie reclamer plus,
Que de t'aller voir : au surplus ,
Soyt qu'Atropos tarde ou se haste.
Puisqu'il faut par nécessité
Quîlter cette ronde cité,
Souvien toy de ton cher Achate ,
Au lieu de ta félicité.
(i) César Nostradamus i'aiitear de celte ode,
SVa LE MESME TYMBEAIT.