‹ Aix ancien et moderne, ou Description des édifices sacrés et profanes ... d'Aix; précédée d'unChapitre 72 sur 72 · DE LAPONIE · texte numérisé non relu

DE LAPONIE

lA culture du Sainfoin dont notre agriculture attend d^importantes améliorations , a fait de grands progrès dans les provinces méridionales de la France. Mais elle n*y est généralement regardée que comme un moyen propre à fournir d'excellens engrais à la terre qui le produit. Ce n*est cependant là^ que la moindre partie de ses résultats. Encore timides dans les bonnes innovations , les propriétaires de la basse-Provence , n'osent entreprendre de retirer du sainfoin , tous les avantages qu'offre son importation. Ils aiment mieux vendre à vil prix , ce fourrage dont la quantité actuelle dépasse déjà la consommation locale, que de l'utiliser, en introduisant dans chaque domaine, et même dans chaque propriété , un nombre de bestiaux proportionné à la quantité de fourrage recueilli. Il serait à désirer pour la prospérité de notre agriculture et de notre commerce , que cette augmentation de produits , cessât d'être méconnue dans les pays où le fourrage n'est pas abondant. Le pauvre cultivateur , celui qui ne possède que quelques arpens de terre, aurait aussi sa part des bienfaits qu*assure cette innovation. Il verrait augmenter son bien-être , sans presque aucun labeur ^ par

Pintroduction seulement de trois, de deux et même d'une brebis^ qui lui fournirait du lait, delà laine, des agneaux, des engrais, etc. Ne sontce pas là des profits réels qui répétés dans de plus grandes proportions^ sur toutes les pro* priétés , seraient une source de prospérité générale ? Le commerce et ^industrie manufacturière prenant leur essor , rendraient la Provence aussi riche qu^aucune province de France. Cependant on s*obstine à méconnaître ces avantages. Jk paraissent évidens , dit-on , mais c'est un système nouveau qu'on cherche à introduire , et dont il faut conséquemment se méfier. N'abandonnons pas les usages anciens dont la bonté est universellement reconnue ^ pour admettre des systèmes dont les résultats sont douteux. Tels sont les raisonnemens vicieux qu'on oppose presque toujours aux découvertes dont une constante expérience atteste l'utilité. Cest ainsi que retenus par une fatale routine , les propriétaires ne savent pas recueillir le principal fruit de la culture du sainfoin.

Nous allons parler du CHOU - ARBRE de Laponie, comme pouvant faciliter considérablement l'heureux résultat dont nous parlons. C'est une nouvelle ressource offerte aux agronomes. La culture de cette plante présente de grands avantages pour l'éducation des troupeaux^ par les récoltes mensueUes de feuilles vertes qui produisent un lait aussi exquis qu'abondant.

Le Chou-Arbre est loin de redouter la rigueur

de nos hivers , puisqu'il est originaire de Laponie. L'expérience prouve aussi que les chaleurs de nos étés , ne lui sont point nuisibles , car depuis i8i5 , il a été importé dans le département du Rhône , et il y réussit parfaitement , dans la pépinière de Lyon (i). Nous ajoutons qu^il prospère également en Provence, depuis deux années qu'il y a été introduit par le3 soins de la Société de statistique provençale^ et les sujets ont acquis beaucoup de force et de grosseur. Nous en avons fait l'essai , et nous n'avançons rien ici qui n'ait été sanctionné par notre propre expérience.

Ce Chou vit dix ou douze ans , et peut s'élever jusqu'à douze pieds. Le Sieur Michel André pépiniériste de cette ville, désira en faire Fépreuvc il y a deux ans. Il choisit à cet effet un terrain fort , situé au nord, dans une petite propriété qu'il possède au quartier des Baumeites. Ces végétaux prospérèrent en peu de temps; mais l'exî'guité du terrain , le força de ne conserver qu'une seule plante , d'une trentaine qu'il avait. Ce Chou a dans ce moment huit pieds de hauteur. Une végétation aussi vigoureuse promet à nos agriculteurs, un succès complet; mais ce qui l'assure, c'est que les Choux -Arbres au nombre de qua-> rante , dont nous avons nous-méme fait l'essai , quoique plantés ( malgré notre recommandation ) à deux pieds de distance seulement , les

(0 Voyez V Observateur Provençal, — Bulletin d* agriculture.

uns des autres , dans un terrain sec et exposé aux ardeurs du soleil, ont acquis une force sur. prenante. Ils ont atteint une hauteur moyenne de cinq pieds.

La longue tige du Chou-Arbre pousse de bas en haut^ de larges feuilles qui donnent une récolte chaque mois , excepté au temps de la fructification qui commence à la deuxième année. Les récoltes d'hiver fournissent une nourriture verte , bien précieuse , dans cette saison , pour les vaches à lait et les brebis nourrices. Au mois d*avril^ la plante produit en abondance^ des graines donnant une huile qui ^ à ce qu'on assure^ ne cède pas en qualité à ceUe de Colza. Nous ne pouvons rien dire de positif à ce sujet , parce que les Choux- Arbres que nous avons plantés, n'atteindront leur deuxième année , qu*au mois de septembre prochain. Après la graine^ la plante pousse dans toute sa longueur^ des jets ou œilletons qui fournissent à Thomme une bonne nourriture. Nous pouvons assurer que ces jets ont un goût aussi agréable que les Choux ordinaires et qu'ils les surpassent pour la finesse de la feuille.

Le semis du Chou-Arbre de Laponie y se fait depuis le mois de mars^ jusqu'à celui de juin, et depuis le mois d'août jusqu'au mois de novembre. Lorsque les feuilles se développent, elles sont ordinairement exposées aux attaques des chenilles et des pucerons. On les préserve de ces insectes en les saupoudrant de cendre et

de chaux , pendant un temps humide y ou en les arrosant légèrement d'urine mélangée de suie, pendant la sécheresse. On attend alors ^ pour les donner aux bestiaux, que les pluies les aient suffisamment lavées.

Le sol qui lui est le plus favorable^ est une terre profonde et exposée au nord. Il doit être fortement fumé ; et Tengrais qui lui convient le mieux ^ est le fumier de porc. Lorsque le terrain a été convenablement préparé, les plans doivent y être repiqués pendant un temps frais ^ à un mètre de distance les uns des autres ; puis sarclés et cultivés comme les autres choux. Il faut les fumer chaque année , et leur donner une façon , au moins ^ au printemps. Il faut aussi porter le plus grand soin à séparer les Choux- Arbres^ des autres espèces, afin qu'ils n'éprouvent aucune altération.

Nous sommes loin d'engager les propriétaires, à consacrer au végétal dont nous parlons^ des terrains productifs en blé. Mais nous leur conseillons d'utiliser, pour la culture de cette plante, les terres exposées au nord, ou privées par leur situation^ des rayons du soleil. Ce sont les expositions où le produit des arbres et des plantes , trompe presque toujours l'espoir du cultivateur. Les premières ressentent très-vivement les froids tardifs qui sont mortels aux arbres et aux plantes. Dans les secondes, les fruits sont fades et décolorés , les céréales maigres, et la végétation languissante. Quant

[ 8 ] aux frais de culture et d*engrais que nécessite cette plante, on en est amplement dédommagé par le seul produit des graines, qui est triple de celui des plantes grasses. M. Madiot qui l'a cultivée à la pépinière départementale de Lyon f a obtenu une livre d'huile avec les graines de six plantes âgées de six ans. Son utilité pour les hommes, est à apprécier encore; les propriétaires et les fermiers y trouveront une nourriture abondante, salubre et agréable. Mais le plus grand avantage qu'offre le Chou-Arbre de Laponie , et celui qui semble en réclamer plus particulièrement l'introduction dans nos cultures ^ c'est de fournir un fourrage vert , raifrafchissant et ni|tritif pour les bestiaux, dans la saison rigoureuse; avantage qui sera sans doute apprécié par ceux des propriétaires qui comprenant les bienfaits qu'on peut obtenir du sainfoin, ont introduit dans leurs do« maines, une quantité proportionnée de bestiaux.

On distribuera gratis aux propriétaires qui en demanderont , des graines de Chou-Arbre de Laponie^ et la présente notice. Trois dépôts ont été établis à cet effet , dans cette ville , savoir:

Au Secrétariat de l'Académie,

Au Secrétariat de la Mairie,

Et chez M. Porte^ grand'rue Boulevards N" i3.

Alz, de Mmprîmene de Pontîer fds aînë-iSag^

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