LA BALLADE DE FOUGERES
Elle se compose de vingt-un couplets, se terminant par un refrain qui prédit aux Anglais leur défaite après leur avoir énergiquement reproché leur déloyauté.
A Dieu et aux gens détestable Est menterie et trahison,
Il n'est chance qui ne retourne Traistres doivent être trahis.
Si vous conseille de bonne heure,
De Normendie départir,
Et sans plus y fiiire demeure
De vos méfiais vous repentir,
Car j'ose dire sans mentir,
Que Dieu hait tout iniquité,
A la parfin vainc vérité.
De Cartage en ayez mémoire,
Et de Troys la punition,
Que leur ouhrage et vaine gloire
Fit tourner à destruction.
De France en paix la nation
Laissez, sans plus vous y bouter,
La fin de la guerre est à doubter.
Deux ans plus tard, en 1450, le connétable de Richemont battait les Anglais à Formigny, les culbutait dans les marais des Weys et les refoulait sur Cherbourg.
Alain Chartier n'eut pas le bonheur de saluer cette victoire et d'assister à la délivrance de sa ville natale, Bayeux, berceau de sa famille. Il mourut dans la ville d'Avignon en 1449.
Cette date indiquée par le Dictionnaire géographique d'Expilly, est constatée par l'inscription relevée sur le tombeau d'Alain Chartier et que nous reproduirons ci-après aux notes biographiques et bibliographiques (i).
Nous avons ainsi résumé le plus brièvement et aussi le plus exactement possible, les écrits patriotiques d'Alain Chartier. Nous préoccupant d'épargner au lecteur les digressions trop longues qui lui auraient paru fastidieuses ; mais nous avons noté avec soin les accents vigoureux, noblement inspirés qui honorent l'écrivain.
Après avoir parcouru ces pages, on trouvera, nous le croyons, justifié le jugement de Pasquier sur : la bonne raison, des paroles, des mots exquis, la gravité des sentences de l'orateur qu'il comparait à Senèque et proclamait : « père de l'Eloquence française ».
La France du xix^ siècle ne peut-elle pas encore faire son profit des vérités qu'Alain Chartier rappelait à ses contemporains ?
(i) Documents, pièces justificatives.