XIII. j^ cantica canticorum
In cantica
canticorum Ce Commentaire avait été imprimé dès 4 540 sur un manuscrit de Tabbaye de St. -Victor à laquelle la science philosophique doit tant de précieux ouvrages (5). Si Ton en croit un
(1) H. Schedell. Chronica mundi, 1. c. — C'est Trithême qui parle des innumerœ lectiones,
(3) Six\vA stvitïiiii^ Bihliotheca sancta , — Voir ci-après, page 91 pour ce Compendium utriusque iestamenti. — Haeuel citait de même sous ce titre : Allegoriœ super utrumque testamentum, un manuscrit de Bruges, qui, comme ou va le voir, ne porte que sur le Pentateuque.
(3) Allegoriœ quinque lihrorum Moysis, idest de veteri testamento {in precedentihus prémisse descriptionis , originis et discretionis artium). C'est sous ce titre que l'ouvrage se trouve manuscrit à la bibliothèque de Bruges, d'après les renseignements que M. le bibliothécaire a bien Toulu nous communiquer sur l'indicaliou d'Haenel (cat. bib. man. p. 760). Il est joint au Liber penitentialis . 11 avait été cité par Trithême sous ce titre : In quinque libros Moisis seu in Pentateuchum, lih, 5.
(4) Elucidatio super cantica canticorum ad landem virginis matris {cam multi adoraverunt) cité par Trithême, I. c, et Maracci : Bihliotheca mariana^ avec de grands éloges.
(5) Àîani de insulit doctoris compendiosa in cantica canticorum ad Uutdem deiparœ virginiâ mariai elucidatio. Parisiis, J. Kemer, 1540, in-^ 16, lettres rondeii velin,fig. en bois.
manoicrit de St^-Hartin de Toornaî, collationné par De Yi^cfa, celte pnbiication anrait en lieo à la demande d'un abbé de
Cet ourrage , commentaire purement ascétique , n*est pas
niflceptible d'analyse.
Il a joai d'ane immense estime; il a en effet un caractère de dévotion poétique et exaltée qni peut le faire marcher de pair avec les élans les pins heureux de saint Bernard et de saint Bonaventure. Le cantique de Salomon , qui ne paratt au premier abord qu une de ces poésies sensuelles de TOrient, conservée comme tant d'autres dans les souvenirs les plus intimes des peuples, prend en se transfigurant sous la main du commentateur la couleur la plus ascétique. Sa réputation près des pieux savants n*a donc rien qui puisse étonner , mais on ne peut croire qu'un pareil livre soit jamais devenu populaire , comme on Ta dit. Ces hautes allégories, ces chastes élévations à côté d'un texte lascif semblent de nature à frapper peu d*esprits. Il est vrai que parler de la popularité d'un écrivain au XII® siècle, c'est parler de son renom près d'un petit nombre de savants lecteurs.
^Yn Inpropheias (1).
prop e as. Commentaire perdu et tout-à-fait inconnu sur les prophètes. XV. De $ex ahs Cherubim (2).
Dêêea alis
ehenilim. Edité, du moins en partie , dans les œuvres de saint Bonavenlure, auquel il a été parfois attribué (3). De Visch l'a publié en entier d'après un manuscrit en en revendiquant la propriété pour Alain. La Patrologie a reproduit son texte. Dans toutes les (éditions, une figure représente ce chérubin et ses 6iled pour rendre l'interprétation sensible.
(1) In prcnhetan^ cité parTrithème, de script, ecclesiast,
Vt* sex altt Cherubim ^ lib. I (ad ejrplanafionem hujas figur œt\ •prts le prologue . prima ala ) cité pur Trithème.
(8) Voyer* \tê éditions gotki^et et d'autres plus récentes, celle du Vatican J 567, de Ma^cnce, 1619.
Discussion 11 faut examiner avec soin ce traité pour déterminer s*il est ^^ d'Alain ou de saint Bonaventure.
*dté!"** ^® ^"J®^ ®^' tiré de la vision d'Isaïe et de celle d'Ezéchiel [\). Or, dans celle d*Isaïe, il s'agit de séraphins. Dans celle d*Ezéchiel , il s'agit bien de chérubins , mais ils n'ont que quatre ailes. 11 y à eu confusion dans F esprit de l'auteur. Il le déclare cependant lui-même , c'est à Isaï e qu'il s'attache. Ce prophète avait vu Dieu assis sur un trône haut et élevé ( excelsum et elevatum), le bas de ses vêtements remplissait le temple ; des séraphins étaient debout autour du trône ; ils avaient chacun six ailes , deux dont ils voilaient leur face , deux dont ils voilaient leurs pieds et deux dont ils se servaient pour voler. Voilà ce que dit la Vulgate , l'auteur y a fait quelques changements , comme on va voir.'
Trologue. Il commence par interpréter le texte. La hauteur du trône représente les esprits angéliques, son élévation les âmes des saints. Le trône peut bien être l'éternité , et les vêtements qui sous lui remplissent le temple peuvent être le temps dont la suite se déroule dans le monde inférieur. Les séraphins ( il n'en compte que deux) sont les deux testaments. Ils sont là debout où TEternel est assis , parce que les esprits n'approchent pas de lui par nature , mais par faveur. Ils ont trois paires d'ailes pour représenter les trois modes d'interprétation de l'Ecriture ; les deux ailes qui voilent le corps lui-même représentent l'interprétation historique qui cache de même le sens mystique ; celles qui allant de la tête aux pieds semblent mesurer la grandeur du Seigneur figurent l'allégorie qui nous fait sentir , tout en la voilant, l'immensité de la divinité ; celles enfin qui soutiennent le vol signifient la CiguTe [tropologia) qui nous transporte à la connaissance de l'immuable. Chaque paire est double parce que TEcrilure nous excite non- seulement à l'amour de Dieu , mais encore à l'amour du prochain. Enfin ,
(i) Isaïe,c. yi, lî.— Ezcchifl, c. X, SI.
— Sole corps du Tout-Puissnnt a les extrémités voilées pour repré senter le temps qui a précédé la création d'un côté , Tavenir de Tautre , tandis que le torse découvert figure F Eglise.
Telle est l'introduction au Traité des six ailes , qui n'était pas connue avant De Visch , et que celui-ci a restituée d'après un ancien manuscrit (i). Ce prologue qui ne se trouve pas dans les éditions de saint Bonaventure est certainement de l*auteur des ouvrages examinés jprécédemment. La touche d* Alain y est teUement reconnaissable que nous venons d'analyser en détail ce qui précède pour donner un ex einple du faire de cet écrivain. Ce sujet a même été traité par lui diverses fois. Dans le livre des iSentence^ , examinant le texte des Bois i^quisedei 9uper Cherubim (2), il expliquait ce nom de Chérubins par VOrdre céleste , la Plénitude de la Science , la Consommation de la charité. Dieu est assis sur eux parce qu'il est supérieur aux anges , parce qu'aucune science ne peut le comprendre , parce que sa charité surpasse toute autre ; les ailes du premier représentent la subtilité de la nature et la perspi-
acité de l'esprit qui élèvent l'intelligence vers Dieu; celle du iecond les deux Testaments , qui voilent la majesté divine ; celles du troisième Y amour de Dieu et V amour du prochain (3] . On reconnaîtra que les analogies sont évidentes-; elles ne le sont pas moins avec un sermon sur la Pâque , où sur ce texte de la Genèse : accéléra, tria sala similœ commisce et fac panem subeineritium (4) , il exhorte les élèves à l'étude de
rEciiture, leur disant que les faibles y trouveront le lait de
Au,(l) Dans beaucoup de bibliothèques le prologue manque. Vo^rz notainent le manufcrit qui se troure à Laon. (Cat. des manusc. desbibl. des dêp.irtemetits).
(«) Rois IV (lldela VuIg.)XlX,v. jo.
. '3) Liber sententiarum. Voyez plus loin, page 8J.
(4) Gtuese, cap. 48, v. 6. Sermones. Vorer plus loin , page 99.
l'histoire t lea hommed ordinaires le miel de la figure^ et les forts le pain solide de l'allégorie ( tropologia). Ces trois mesures ( tria sala ) ne rappellent-elles pas les trois formes d'interprétation delà cabale? Nous nous souvenons d'avoir trouvé dans Philon le juif identiquement la môme comparaison.
Corps Ayant établi Tauthenticité du prologue , passons au corps de deTouiTage j' ouvrage : nous y trouvons après cette exposition une expli- ^^. ^ cation méthodique et figurée des six ailes et des cinq plumes de chaque aile , considérées comme expressions des degrés successifs delà pureté de Tâme; par exemple, la première aile représentant la confession , la 't)remière plume en représentera la vérité ; la seconde , Tintégrité ; la troisième, la fermeté; la quatrième , l'humilité ; la cinquième , la simplicité et ainsi des autres. On ne peut' en saisir l'ensemble que sur une figure comme celle que De Visch a jointe à son édition. Conclusion H ^st impossible de n'être pas frappé tout d'abord du peu de rapport ou plutôt de l'absence absolue de rapport entre ce corps d'interprétation et l'introduction qui vient d'être analysée , conçue d'un point de vue tout différent ; ce sont deux . ouvrages distincts, sinon de différentes mains. Or, sur les quelques pages qui composent ce traité , pages où une énumération rapide ne laisse aucune place aux effets de style , il est difficile de se prononcer. Quand donc De Visch a dit qu'il reconnaissait le style d'Alain, ou il a entendu parler du prologue, et alors nous sommes pleinement de son avis , ou bien il a voulu porter son jugement sur le tout , et alors nous le trouvons présomptueux. Ne pourrait -on pas penser que le docteur universel est Tauteur du prologue , et le docteur séraphique ( saint Bonaventurc), du traité lui-môme. Le prologue est en effet un ouvrage très-complet qui ne demande aucune addition et ce qu'on y a ajouté n'a , comme nous l'avons dit , aucun rapport avec le commencement. On pourrait supposer que l'écrit d'Alain s'étant perdu pendant que celui de saint Bonaventure attirait l'attention , on aura attribué au Doclenr universel , en voyant
sur le catalogue de Trithème un Traité des six ailes , celui du Docteur séraphique. Ce n*est là qu'une hypothèse , mais elle semble expliquer Torigine des discussions sur cet ouvrage , rendre compte du désaccord des deux parties réunies par De Visch et justifier Tabsence de la couleur d'Alain dans la dernière. Si nous nous sommes arrêté longtemps sur cette question , on conviendra que les grands noms d*Âlain et de Bonaventure n'exigeaient pas moins.
^^* Ternarium seu éxpositio de evangeliis (i).
In
evangelia. Haenel pensait avoir retrouvé à Toulouse cet ouvrage perdu, mais c'était le résultat d'une erreur (2). Peut-être cette exposition est-elle à Strasbourg ; mais, n*ayant pu voir le manuscrit, nous ne saurions nous prononcer ni sur la nature , ni sur Tauthenticité du livre (3).
^J^^' Super orationem dominicain (4).
orationem Jnconnu , ce n'est peut-^tre que le titre d'un sermon , mais
dominicain *
nous n'en possédons aucun d'Alain sur ce sujet. XVllI. Ternarium de epistolis (5) .
In
epistolas. Tout-à-fait inconnu .
(1) Trithème dit seulement qu'Alain a composé un commentaire sur les cvangiles. De Yisch, dans sa Bibliotheca scriptorum cisterciens. ^ en donne le titre : Ternarium de Evangeliis et Vlncipit : [de tribus causis primi).
(2) Haenel. Catalog. cod. manuscr., p. 475. Expositio in Evangelia, man. sur parchemin, in-S®, de la bibliothèque publique de la vilic de Toulouse . M . le conservateur de ce dépôt a bien voulu faire des recherches et n'a rien trouvé de pareil ni d'analogue. Haenel, nous dit-il, s'est servi de notes confuses qui lui ont été communiquées à l'insu du bibliothécaire.
(3) Eûcpositiones super Evangelia dominicalia per circulum anni^ Àlani doctoris^ manuscrit du XV^ siècle appartenant à la bibliothèque de Strasbourg. Renseignement fourni par M. Jung.
(4) Super orationem dominicam [cum esset rea noster)^ cité par De Visch, Bibliotheca scriptor, ordinis cislerc.
(5) In apostolum dit simplement Trithème. C'est De Visch qui porte
In Expositio in iermones Augustini (4 ].
iermones
Àagiutini, Kous ne citODS cet ouvrage , comme plusieurs autres , qu'à titre de renseignement , car rien ne nous prouve qu*Alain en ait composé un semblable , bien qu*il se trouve sur les catalogues d*Haenel ; aucun autre bibliographe ni ancien , ni moderne n'en ayant fait mention. Mais il est vrai de dire que le Docteur universel avait beaucoup étudié saint Augustin. On peut en juger par la fréquence des citations de ce saint Père qui se rencontre dans ses écrits.
A côté de ces grands commentaires de TEcriture-Sainte , Alain a composé d'autres recueils de pensées et de maximes tirées de la même source et commentées.'Tels sont les :
Sententiœ
ac dicta
memorahilia.
Liber sententiarum.
Liber dietorum mirabilium (2).
^,. . Ces deux recueils ne font en réalité qu'un seul ouvrage édité
pour la première fois par De Visch et reproduit dans la Patrologie.
dans sa Bihliotheca cisterc. le Ternarium de epistolis comme le Terna. rium de evangeliisj mais il ne donne pas VIncipit du premier. Quelcpips auteurs parlent vaguement d'un commentaire sur saint Paul.
(1) Alan i expositio in sermones Augustini, manuscrit in-8o de la bibliothèque de Toulouse, d'après Haenel. Catal. lih. manusc.^ p. 473. Mais M. le conservateur de ce dépAt nous apprend que cet ouvrage ne s'y trouve pas. Voyez ce que nous avons dit h la note 2 de la pnge précédente.
(2) Liber sententiarum ac dietorum memorabilium [in Christi nativl- /a/e pour les Sententiœ. — Omnes animi notiones universitatis ^va \t% Dicta mir ah ilia seu memorahilia) . Quelquefois cet ou\rage est intitulé : Doctrinale altum par opposition ?u Doctrinale minus^ second litre des paraboles. Conférez ce qui a été dit ci-dessus à propos du de Doctrina ou Theologicœ regulœ de majrmis auquel on donne également le titre de Doctrinale altum.
Anal/fe. Il 80 compose donc de deux parties : la première intitulée Sentences, puise dans toute TEcriture les textes qu elle développe ; la seconde portant pour titre : Dits mémorables , les puise de préférence dans TEcclésiaste. C*est à peu près la seule différence qui les distingue. On ne peut analyser ces interprétations subtiles des textes saints , qui ont du reste le plus grand rapport avec les canevas de sermons que contient le De Arte predicandi. On croirait presque que c'est une suite du même ouvrage (l).
. Enfin , suivant toujours la même voie , Alain a composé des recueils particuliers des différents sens dans lesquels s'emploient ' les mots de TËcriture. D'abord :
^' Dictionnarium theologicum seu de diversis sermonibus ,
rium ^^^ expositiones seu distinctiones verborum (2).
theolo^
gicum. On croit généralement cet ouvrage perdu , cependant il existe
Maauscnt, ^ |g bibliothèque impériale un manuscrit anonyme qui présente auihenlicité, , ^ ^ , , T
à peu près le même titre, tout-a-fait le même Inctpit et un sujet identique.
L'histoire littéraire de France , qui en rend amplement compte, pense que c'est un livre composé sur le plan de celui d'Alain , mais ne dit pas ce qui Tem pêche de croire que ce ne
(1) Ci-après^ page 93.
(2) De diversii sermonibus seu pignoribus dictîonum theologicarum, cité par B. Pez. D'autres Tappelleut Dictionarium theologicum seu iheolycarum( sic), {Quisquis adsacrœ scriplurœ notitiam desîderat pervenîre).
Le manuscrit sur parchemin, de la bibliothèque impériale dont nous allons parler (nO DLXXXXIX, très-petit in-fol. sur parchemin; écriture du XIV® siècle, fonds Colbert), porte pour titre : Expositiones vocabulorum que in sacra scriptura reperiuntur... . quoad significationem nobis minus /îofam. Une moin plus récente a ajouté : Distinctiones verborum vocabulorum que ejrpositiones sacrœ theologice (ibi continett^r anonymi quoddam quasi lejcicon quo voces scripturœ sacrœ 'âifficilior es et minus obvice explicantur.
soit Touvrage même de ce docteur, et par une autre bizarrerie elle attribue cet écrit à Alain Porret , que nous avons démontré ci -dessus n'être autre qu* Alain de Lille -(1 ).
Quant à nous , nous pensons que c'est bien ici F œuvre de notre philosophe , nous y retrouvons sa méthode , son érudition et ses préoccupations historiques et allégoriques qu'il manie si facilement.
Il y a même entre cet écrit et d'autres d* Alain une si grande affmité de titre et de sujet qu'on les a parfois confondus. Telle est par exemple la Summa quot modis, dont nous allons immédiatement parler. Dans F un comme dans l'autre , sur chacun des mots de la langue rangés par ordre alphabétique, Tauteur explique les différents sens propres et figurés dans lesquels ils sont employés dans l'ancien ou dans le nouveau Testament. Ces explications se ressemblent d*un livre à Tautre , mais ne sont pas les, mêmes ; la Summa quot modis est beaucoup plus complète ; cependant il y manque des citations de la Bible qui sont dans le livre dont nous nous occupons maintenant. Alain les aura sans doute composés dans différents temps de sa vie et pour différents ordres de lecteurs.
XXî Summa quot modisseuoculus sacrœ scripturœ êeu com-
Summa pcndtum utriusque testamenti seu de diversis verborum quotmodis. gigr^iflcationibus seu distinctiones dictionum theologicalium seu equivoca ad Ermengaldum (2).
(1) Histoire littéraire de France, tome XXII, page 20.
(2) Summa quot modis seu oculus sacrœ scripturœ, cité par Trilhéme, 1. c. Sixte de Sienne. Biblioth. tancta^ lib. JV. Compendiuni utriusque testamenti seu oraculum sacrœ scripturœ, lib. I, seu tractatus de diversis verborum significationibus secundum ordinem alphabeti , seu de signi' ficatione nominum et verborum seu equivoca ad Ermengaldum {reverendissimo palri, povu" le preiTiicr prologue. Quoniam juxta AristoteV.ee auC' toritatis pour le stcond. À quandoque notât locum pour l'ouvrage même.
Éditions. Ce traité compte un grand nombre de manuscrits répandus dans tous les pays. Ces sortes de vocabulaires de T Ecriture- Sainte paraissent avoir eu au moyen-âge le même succès que les répertoires de Droit ou de Médecine obtiennent dans notre époque positive.
On pensait généralement qu*il était inédit. Cependant il eh existe une édition de Strasbourg , suivant La Serna,deDeventer, selon Hain (1).
'— Apostolus ZenOy qui nous a donné tous les titres ci-dessus, lit : Àpostolicœ au lieu à^ Àristotelicœ ^ dans le second prologue. — L'histoire littéraire de France met pour Incipit à cr livre : Anima proprie spiritas, qui sont, en efTet, les premiers mots d'une longue exposition sur le mot Jnima dans le même dictionnaire. 11 paraît que les manuscrits sont beaucoup moins complets les uns que les autres.
L'un d'enlre eux, provenant de l'abbaye de Clairvaux, aujourd'hui à la bibliothèque de Troyes, contient ces vers singuliers :
Aurea Lux Auimi, Novitatis Yirga Salubris , Praesens fecit opus quod fragrat sicut Ysopus ; QiLot conjunge modis txMhii nomen habebis.
D. Pitra (Spicilegiuiii solesmense) publie un fragment d'un anonyme qui fait mention des Mquivocis mjrsticis seu de Mquivocis a consilio, et le savant Bénédictin croit voir sons ces mots la Summa quoi modis; c'est, en effet , ce qui parait vraisemblable , cependant Tritbème distingue les deux ouvrages. Il appelle le premier : Ocalus sacrœ scripturœ^ lib. /, rêver endissimo patri, ce qui est bien la Summa quoi modis, et le second de Equivocis mysticis , lih. I. Il n'en donne pas Vlncipii mais d'autres le portent ainsi ; Fidit scalam Jacob, qui sont les premiers mots du de Arte prœdicandi.
Le Tractatus de maieriis religiosis qu'Haenel signale diins la bibliothèque de Bruges n'est aussi, d'après VJncipit(me M. le bibliothécaire a bien voulu nie transmettre, que la Summa quoi modis. C'est eucore le même livre probablement qui se trouve à Toulbuse sous ce titre : Doctrinale iheologicum magistri Alani^ d'après ce que le bibliothécaire df cette ville a bien voulu médire du contenu de ce manuscrit. Voilà donc le quatrième ouvrage d'Alain auquel se trouve accolé ce mot de Doctrinal : les Paraboles, les Sentences, les Règles ihéologiques cl celui-ci.
(1) L'Histoire iittér ire de ï'rance, comme Oudin, Tabncius et le Cata-
Les exemplaires en sont très - rares. La Patrologie jde M. Mignes*est servi d'un d'entre eux, qui lui avait été communiqué par M. Jung de Strasbourg. M. Le Glay et Dom Pitra en ont indiqué d'autres à Lille et à La Haye (4). Date. Ce livre est dédié à Ermengald ou Hermengald, dix-neuvième abbé de Saint-Gilles [Sancti Egidii, de l'ordre de saint Benoit, dans le diocèse de Nîmes ] , qui porta ce titre de i f 79 à 4 4 96. 11 faut se garder de le confondre comme a fait La Serna avec un autre Ermengald , sixième abbé du même couvent , qui mourut vers 4 060 (2).
logue des manuscrits des bibliothèques des départements, le croyait inédit.
L'édition dont nous parlons a pour titre :Alani magistri distinctiones dictionum theologicalium (sic) ordine alphabetico, grand in-folio à deux colonnes, lettres rondes. La Serna et Hain en donnent une description conplète. Le premier croit y reconnaître les caractères dont C< W. de Stras- Boui^ s'esl servi pour imprimer en iilA le Âedactorium morale bibliœ , (Cette marque C- W. désigne selon les uns Cephaleus Wolfius, AYolfgang Koepfel, suivant les autres Conrad Wolfach ) Le second, sans parler de l'opinion de La Serna, auquel il est cependant de plus de vingt ans postérieur, attribue cette édition à Richard Paffroed de Deventer, sans doute en s'appuyant aussi sur l'identité des caractères. Du rr ste, Paffroed, de Cologne, qui apporta U premier Timprimerie à- Deventer (Hollande) et y exerça de 1477 à 1500, a, en effet, publié plusieurs ouvrages d'Alain : les Paraboles, l'Auticlaudien, etc., etc. Conf. La Serna Santander, dictionnaire bibliographique du XV« siècle, vol. 2, p. 37, Bruxelles, 1806. Hain repertorium bibliographicum,vcrbo : Àlanus, nO 389. Tubingen, 1826-1838. M. Jung, dans la patrologie, fixe à 1477 environ la date de l'édition de Paflroed.
(i ) Catalogue d^s manuscrits de la bibliothèque de la ville de Lille , par M. le docteur Le Glay, conservateur des archives du département du Nord. Lille, Yanackere, 1848. A propos d'un exemplaire de cette édition, relié avec des lùanuscrlts et souvent confondu avec eux, il suit l'opinion de Hain, sans discussion. — Dom Pitra. Spicilegium solesmense. paris, Didol, 1855, tome H, page JCXV. Ce dernier change un peu le titre qu'il rapporte ainsi : yeneràhilis Àlani liber in distinct ionibus dictionum theologicalium. II en a publié quelques extrait en glose de la fameuse clef de Meliton.
{%) La Serna, 1. c. Voir pour le premier Ermengaldus : Mabillon. jin" naUi ordinis S. Benedicti^ t. lY, p. 593. Gallia Chrittiana) tomt i
Aatlieii' ticité.
La date de cette somme se trouve donc fîxée entre H 79 et
Alain appelle Tabbé de Saint-Gilles : pater et dominus , ce qui a encore fait discuter si notre Docteur n'était pas de ce pays ; nous avons dit ailleurs ce que nous pensons de la faiblesse de cet argument.
Nous avons dit aussi comment La Sema entend contester ce livre à Alain de Lille, en s* appuyant sur ce que les contem» porains n'en font pas mention et sur ce que la personne à laquelle il est dédié était morte plus d*un siècle avant le Docteur universel.
Cette dernière allégation , comme nous l'avons vu, est le résultat d'une confusion entre deux abbés de Saint-Gilles du même nom. Si , d'un autre côté , les auteurs contemporains d'Alain n'ont pas mentionné ce livre , ils en ont omis bien d'autres et du moins Trithème et Sixte de Sienne après lui , le citent sous le titre d'Oculus sacrœ scripturœ. lib. 4 (rêverendissimo patri).
La Summa quot modii est ainsi appelée parce que l'auteur y examine en combien de manières les termes de l'Ecritureouvrage. ^^^^^ ^^^^ employés soit au propre , soit au figuré. De nombreux exemples sont cités à l'appui . C'est un simple vocabulaire souvent très- concis. Il suftU pour en faire apprécier la portée d'en copier les premières lignes : A quandoque notât locum , unde in evangelio : homo quidam descendebat a Jérusalem in Jéricho, Notât etiam tempus unde in Michœa propheta :
Nature de
[diceceiis nemausensis), col. 873 ; pour le second, ce dernier ouvrage, col. 489, où la distinction se trouve nettement prononcée. La palrologîc de M. Migue a aussi parfaitement signalé Terreur de Santander, page 685, note 45. • — L'Histoire littéraire attribue à notre Ermengald un opuscule contre les hérétiques, mais M. Schmidt, dans son histoire des Cathares, le restitue à un autre auteur du même nom, cathare converti.
a diebus àntiquis , etc. Il est impossible, on le comprend, d'analyser un dictionnaire ; celur-ci forme un gros volume.
Ces travaux sur T Ecriture nous conduisent tout naturellement à ceux qui ont pour objet la prédication , car ils sont conçus dans le môme esprit.
XXlT. De Arte predicatoria [\),
De jérte
predica- Publié dans les deux éditions générales d'Alain. Éditions ^^^^ '» préfacé de cet ouvrage , T auteur expose que Téchelle Analyse. ^^ Jacob doit s'entendre du progrès du chrétien vers la perfection. Le premier degré en est la confession ; le second , Toraison ; le troisième , Faction de grâce ; le quatrième, l'étude des Ecritures; le cinquième, l'examen approfondi des passages difficiles avec Taide des autorités ; le sixième, l'enseignement; le septième , la prédication. Celte dernière partie est celle qui a été le moins traitée , aussi va-t-il s'en occuper en particulier. Il faut examiner, dit-il, ce que c est que la prédication, quel en doit être le fond , quelle en est la forme ; quelles espèces de prédications il faut reconnaître ; ce que Ton doit prêcher, à qui Ton doit prêcher, pourquoi et où on doit le faire. A la première question , il répond que c'est une instruction manifeste et publique des mœurs et de la foi , qui a pour but de former les hommes et qui s'appuie sur la raison et les autorités. Suivant alors la méthode des scholastiques , il reprend un à un tous les termes de cette défînition pour distinguer son sujet de la prophétie , de la doctrine , etc.
S* expliquant sur le second point, il veut surtout qu'on évite la prétention dans le fond , la trivialité dans la forme, puis il
(1) Samma de arte prœdicatoria seu de arte prœdicandi {vidii Jaeoh scalam^ et sjpiès le prologue : Prœdicatio est manifesta), Conf. ce que nous disons jEquivoeit mysticis, page 92.
donne quelques conseils sur l'usage des textes et des citations ainsi que sur l'emploi du pathétique , conseils devenu? trop vulgaires pour être rapportés ici.
Il reconnaît ensuite trois espèces de prédication. En paroles ou oratoire (in verbo ], en écrit ou épistolaire ( in scripto) , comme étaient les épltres des Apôtres , en fait ou exemplaire ( in facto), comme sont les bonnes actions.
Tout ce qui précède n'occupe que quelques pages [1 ) . Passant alors à ce que Ton doit prêcher, Tauteur va employer tout le reste de son ouvrage (2) en canevas ou modèles de sermons , en indiquant surtout des autorités qui peuvent servir de textes ; ici , sur les péchés capitaux ; là , sur les vertus chrétiennes , etc., etc.
Lanmei. L'on voit que jusqu'ici il n a pas traité les dernières parties de sa division , l'ouvrage est donc resté inachevé. Mais tous les manuscrits ne s'arrêtent pas là. De Yisch en a trouvé un qui était plus étendu. Il y a d'abord une continuation de l'examen des sujets qu'on doit choisir pour la prédication (3). L'auteur se demande ensuite qui sont ceux qui doivent prêcher (4). Ce sont exclusivement , suivant lui , les ecclésiastiques (5) ; puis , qui sont ceux devant qui Ton doit prêcher, ou plutôt comment en doit proportionner la prédication à l'auditoire : prêcher la charité aux riches , apprendre aux pauvres à supporter, à aimer même l'indigence par l'exemple de Jésus-Christ; les soldats, les avocats, les princes , les religieux, etc., etc. (6) On doit s'apercevoir que l'ouvrage n'est pas encore fini et
(1) Le chapitre premier de Téditioii De Yisch, (t) Les chapitres 9 à 30.
(3) Chapitres 31k 37.
(4) Chapitre 38.
(5) Conf. ci-dessus, pa^e 16.
(6) Chapitres 39 à 48.
que ceè deux divisions qui piquent tant la curiosité : Pourquoi et dans quel lieu ( quare et ubi ) l'on doit prêcher, n'ont pas été examinées. Cette somme reste donc encore incomplète après la suite retrouvée par Do Visch dans un niianuscrit plus récent. On peut même se demander si ces derniers chapitres, que les manuscrits gothiques ne portaient pas , sont bien du môme auteur. Il y a évidemment les mêmes formes , le même esprit de divisions subtiles et d'interprétations ingénieuses , le même savoir, la même connaissance de la liUcrature profane, ce qui n'était pas commun alors; mais il n'y a plus la chaleur, l'attrait du commencement. Nous croyons bien que la même main a écrit le début et la On , mais le début a été achevé , la fin n'a pas été retouchée. Nous penserions volontiers que ces derniers chapitres, composés pcut-êtredans la vieillesse de l'auteur, auront été retrouvés inachevés. Cette hypothèse explique en effet les lacunes de quelques manuscrits , la suspension de l'œuvre , les négligences et la faiblesse de la dernière partie , comme la confusion qui y règne à le! point que Tuteur revient jusqu'à trois fois sur le môme sujet (4).
Alain, Gomme orateur Alain est fécond, intéressant et varié. S'il orateur, ne se refuse pas toujours les images repoussantes qu'il poursuit dans un de ses sermons , jusqu'à l'ignoble peinture des fonctions animales (2), il a parfois, au contraire, une touche pleine de fraîcheur et de charme , comme lorsqu'il compare les affections tristes do l'àme à la pluie du soir qui hâte la fécondation (3). Il n'a pas, il est vrai, ces élans qui font les grands homélistes , mais la fécondité de sa pensée intéresse toujours et entraîne parfois. Au sermon sur l'Avarice, par exemple, dans
(1) Conf. ses sermons sur la paresse.
(2) Son sermon : contra gulam.
(3) Sur ce texte : beati 4111 lugeiit.
une prosopopée audacieuse , il fait apostropher le pécheur par sa propre chair, par Satan , par les éléments, par la Divinité , en termes qui respirent la grandeur. Ce devait bien être , comme le disent les chroniqueurs , tin des plus remarquables orateurs de son temps (I ].
Ouvrages Mquivoca mystica (2).
analogues
attribués Ce titre ne désigne , suivent nous , que le môme traité sur . Part de la Prédication , ou la Summa quoi modis.
au même autpiir.
De cuntemptu mundi [3] .
Cité par De Yisch comme un ouvrage original ; ce n*est diaprés VIncipit donné par le même auteur que le second chapitre du De Arte predieandi,
A lia Summa de arte predicatoria.
M. Ravaisson avait cru en effet avoir trouvé une autre somme de la prédicalion composée par un autre X\mn [ Alanus de Podio); mais d*après Vincipit qu'il en donne, ce ne sont que les chapitres XXXVKI et XXXIX de la somme d'Alain de Lille (4).
{i) Henri de Gaud, 1. c.
(i) Â^quivoca mjrstîca(yidit Jacob scalam).Tn\hèmt cite comme trois ouvrages distincts : le De Arte predicatoria^ les Mquivoca ad Ermen-' galdum et les A^quivoca mystica. Cependant Vincipit : Vidit Jacob sca~ lam est le même dans le premier et le dernier.
(8) De contempta mundi (si prœdicator vult)^ cité par de Yisch dans sa Bibliotheca scriptor. ordinis cisterc.
(4) De arte predicatoria {dictam est quod sit predicatio et qualis esse debeat. . . Le Desinit est : Àngelorum gerit similitudinem) dans un manuscrit signalé à la bibliothèque d'A\Tanchei par M. Ravaisson : Rapport au