‹ Alain de LilleChapitre 16 sur 26 · XXXIV. Epistolœ [i · texte numérisé non relu

XXXIV. Epistolœ [i

Epistolœ.

Ces ouvrages sont perdus et il est impossible de déterminer à quelles matières ils s'appliquaient particulièrement.

Oudin cite des épîtres manuscrites qui se trouvaient à la bibliothèque de Camhv[d^e[Cantabrigeœ ) sous le nom d'Alain; mais il ne savait si elles appartenaient au nôtre ou à Alain de Tewkesbury. Elles sont de ce dernier et ont été publiées par M. Gilles (5). Il est singulier que D. Brial ne les ait pas men-

[i) Edition De Visch, page 190.

(2) Quodlibeta cité par Tri thème. 1. c.

(3) Dialogi aliquot, mentionnés par Sander, I. c.

(4) Ëpistolae ad diversos, lib. I, mentionné par Trithème, 1. c.

(5) A la luite des épitres de saint Thomas de Cantorbéry. Voyez ci-dessus, page 58, note S.

tionnées , lui qui prétend confondre cet Alain avec le Docteur universel.

Nous arrivons enfin aux poésies, Tune des plus grandes préoccupations d'Alain. Nous trouvons d'abord un traité didactique :

XXXV 2>g ratione metrorum et syllabarum (1).

De ratione

metrorum. Ceci est évidemment une sorte d'art poétique , mais ce livre ne nous est pas connu.

Viennent ensuite les grands poèmes , d'abord :

XXXVI. L' Aniiclaudianus seu de officio viri boni et perfecti seu ^MantT' Encyclopedia (2).

Les manuscrits en sont répandus en foule dans toute l'Europe. La Bibliothèque impériale à elle seule en compte sept , ce qui n'a rien d'étonnant puisque ce poème était classique aux XII^ et Xlir siècles.

Editions. H a été imprimé séparément un grand nombre de fois. Oudin, Fabricius , l'Histoire littéraire ont prétendu donner la suite des éditions , mais leurs recherches n'ont point amené un résultat précis ni concordant. N*espérant pas faire mieux , nous reproduirons leurs indications.

Bâle , plusieurs fois ; celle de 1536, H. Petrus , citée par l'Histoire littéraire comme la première ne la serait pas , si l'on en croit Fabricius.

Venise. 4 582. Combeis sumptibusj in-i2.

Anvers. 1 6H . in-8®, mauvaise édition très confuse.— 1624. J. Trognaesius, celles-ci rapportées par Fabricius, qui ne donne

(1) De ratione tnetrorum et syllabarum, mentionné par Barthius. Corn.mentaria in Giiil. Britonis Philippid^ p. 200. Il l'avait vu manuscrit à la bibliothèque de Bàlc, où il paraît n'être plus nujoiird'hui d'après les rensfi gneraeotj que nous rivons pris.

(2) yfnticlaudianus, cité par Othon de S. Biaise, Albéric de trois Fontaines, Henri de Gand, Trilhème, 1. c., Eberhard de Bétliune, dans son célèbre Grcecismiis, \v vante aussi. Voyez plus haut, page i5, note 3.

pas celle de 1625 , marquée par l'Histoire littéraire. Enfin , 4 654, citée parLegrand d'Aussy à peu près seul (4).

De Visch avait rectifié ces dernières éditions d'après^quelques manuscrits. La Patrologie Ta suivi. Leyser a donné les variantes du premier chant et montré combien heureusement on pouvait encore corriger le texte de De Visch (2). Fabricius rapporte que Ritterhusius avait annoté tout ce poème , mais ce travail parait perdu.

Ce poème a été traduit et commenté plus d'une fois , comme nous aurons occasion de le dire plus loin.

Date. On croit trouver dans quelques ver3 une critique dirigée

contre Gauthier de Ghâtillon, auteur de l'Alexandréïde, qui serait ici désigné sous le nom de Mœvius. L'Anticlaudianus aurait donc été écrit postérieurement à 4 4 75(3). Mais ces vers que

voici :

MaBvius in cœlos audens os ponere mutum »

Gesta ducis Macednm tenebrosi carminis umbra Pingere dnm tentât , in primo limine fessns Haeret et ignavam queritur torpescere musam.

peuvent s'appliquer à bien d'autres auteurs de cette période toute remplie des souvenirs macédoniens.

{i ) r^grand d'Aussy. Nolkes des manuscrits, vol. V. Les éditions l<»s plus connues sont celles de lUle, 1330, Venise, 15S 2, Anvers, ifiU . Os deux dernières sont h la biBlintho(juc impériale. Catalogue des livres iuipriniés de la bibliothèque du roi. Paris, 1750, t. IV, p. ^97.

(2) Leyser. Hist. poet. et jwemat. med'n œin. Voici le litre donné par De Visch : Anticlaudianas sive de officia viri honi et perfecti y.vx/o- TrarJgtav universam et canclas res humanas et divitias complectens (cum fulminis impetu et après le prologue en prose '.Aiithoris mendico stylam et enlin après le prologue en vers : ut sibi jancta magis). Anticlaudiani lihri IX complectentes •/.ux/07rxt(î!5tav aniversam, dit Tédition de Venise. — Cyclopediœ Anticlaudiani seii de officia viri boni t lib. TX , dit celle d'Anvers.

^ (3) Gauthier dit de Châtillon, parce qu'il y avait enseigne, était ué à

Lille comme Alain. 11 dédia son poème à Guillaume, archevêque de Reims, qui occupa ce siège de 1175 à 1202.

— H3 — On prélcnd que Gauthier répondit par ces autres vers :

Mœvias immérité, te judice , dicor, Alane , Judice me , Bavius diceris et mérite.

Il semble d'abord bizarre qu'un poème puisse contenir une réponse à une critique dont il aurait élé l'objet. Mais cela prouverait tout au plus que cet ouvrage a été publié en deux fois, ce que semblent du reste indiquer ces mots d'Alain : In primo limine fessushœrety tandis que l'Alexandreide est pour nous un ouvrage achevé. Ce qui prouve que la réponse est postérieure au poème, c'est qu'elle est sous forme de distique , ce qui ne peut entrer dans une suite d'alexandrins.

Lamonno}ie pense que c'est le neveu de Gauthier qui revit son poème et y ajouta ces vers ; mais il n*en donne aucune raison sérieuse [\).

Nature L'anticlaudien est écrit en hexamètres ( carminé heroïco) , d« divisé en neuf livres ou chants partagés eux-mêmes en chapitres, ouvrage. ^^^g ^^ avons donné ci-dessus une analyse suffisante. Ceux qui voudraient en voir une exposition plus complète la trouveront dans Legrand d*Aussy et dans Jourdain (2).

Apprécia- Cet ouvrage a été apprécié très diversement. Barthius a généralement rendu justice à sa correction et à son imagination. (3)

tinns.

(1) Lamonnoye. Jugements des savants, t. IV, p. 261. C'est la révision qu'il fit de Touvrage de Baillet.

(8) Legraud d'Aussy. Netices sur les manusc. de U blblioth. Boy. tome V. Voyez ci-après, page 121. — Jourdain. Recherches sur l'âge des traduc . latines d'Aristote.

(3) Jdversariorum^ lib. Vni, cap. II. — Notes sur Guillaume-Ie-Breton. — ^. Animadvers, ad Pappirii Statii Jliebaid ^ page 404. — Le» appréeiations d'Alain dans ces derniers cuivratjcs sont presque contra ]i et cires; cependant elles sont souvent très-fa vornbles: Alanus ah //i; u/{£,dit-ildansle premier, homo ingenii admirandi et poeticis eiiam litteris eo tempore nulli eomparabilis.

— ni —

Duboulay reprend Giraldus qui avait accusé l'Anticlaudien d'incorrection {\), Baillet a porté deux jugements sur le même poème {%).' Dans le premier il parle « du galimatias double , » du chaos presqu' impénétrable de cet ouvrage où l'on voit cen pendant assez clair pour y reconnaître un sophiste qui a n voulu faire usage de toutes les subtilités scholastiques. Ce » sont de grands vers enveloppés dans des obscurités recher* » chées au travers desquelles on aperçoit qu'il a voulu parler « de la Providence contre Glaudien , qui a fait semblant d'en ■ douter. »

Baillet reconnaît cependant « de l'énergie , de Timagination, » qui eussent fait merveille avec un peu de cette critique dont ') les deux derniers siècles ont été éclairés, o Voilà le mot de ce jugement. Alain est de cette barbarie antérieure aux deux siècles qui savent seuls ce que c'est que le goût. C'est souvent ainsi que juge le XVIIP siècle , c'est toujours ainsi que juge Baillet. Il faut vraiment ou n'avoir pas lu ce poème ou n'avoir pas le plus simple élément d'études sérieuses pour trouver la moindre obscurité dans cet ouvrage. Aussi , l'ayant parcouru plus tard , bien rapidement sans doute , puisqu'il dit qu'on y parle de morale , do mathématiques et surtout de théologie , , sans remarquer l'enchaînement de ces sciences, mais l'ayant au moins parcouru, Baillet est revenu de son opinion et a cru de^ voir se disculper de ce changement en disant a qu'Alain avait « traité son sujet d'une manière scholastique qui Va fait quelque fois considérer par quelques critiques comme un adroit j> sophiste. S)

Leyser, ainsi que Christ. Heindrich en avaient parlé en meilleurs termes (3). Legrand d'Aussy juge l'auteur latin , qu'il ne

(1) Bulosus. Hist. universit. parisiens. — Giraldus : Dialog. depoetis.

(■2) Jugemenls des savants, t. iv, et Satires personnelles ; anti. t. VU.

(3) Chr. Heiudric. Pandecta Brandeburgiœ-Xjtyset , Hist. poet. et poem. medii cevi.

— Mo —

connaissait qu«3 d'après une Iraduction française , et dit que ce poème ne serait plus goûté aujourd'hui , mais que pour son temps il étonne (4 ).

L'Histoire littéraire de France s* est elle-même laissée aller au dédain de tout ce qui précède le grand siècle (2). Jourdain a plus sainement apprécié Alain , parce que comme Barthius , il l'avait étudié (3].

Ceux donc qui ont parlé d'Alain avec dédain ont eu le grand tort de le comparer aux écrivains du siècle d'Auguste. En quelque chose f il est vrai , il suit les traces de l'épopée antique , mais c'est plutôt de l'épopée des dernières époques de la littérature latine. Le conseil que tient la Nature , le discours des divinités , le portrait détaillé de chacune d'elles , la description du palais de la Nature , celle des cieux et de Tempyrée, le dénombrement de la milice infernale, le tableau du combat , enfin la description du monde sous le règne de la Paix sont des imi • ta tiens flagrantes des poèmes latins surtout de la Pharsale et du Contra Rufînum , où les divinités allégoriques jouent déjà un rôle considérable. Mais Alain va plus loin encore , et semble plutôt avoir pris pour maître Marti anus Capella ; les hommes s'effacent tout à fait chez lui el les divinités allégoriques occu pent seules la scène et en excluent les personnages réels (4).

(1) Legr;4nd d'Aussy. Notices sur les manusc. de la bibl. du roy, t. Y, p. 566. Au même vol., p. & 196. Legrand conclut d'un passage de la bataille des sept arts qu'Alain était enseigné comme poète dans les écoles. Les raisons sont peu solides, mais le fait paraît vrai. La bataille des sept arts est, comme ou sait, un poterne consacré à représeut- r allégoriquement la lutte de la Logique, seule maîtres.se à Paris, et de la Khétorique qui régnait encore à Orléans.

(2) Hist.litt. de France, 1. c. D Brial.

(3) Recberches critiques sur Fâgc- ilrs traductious d'Aristote, 1. c.

{ï) Conf. les Nupfiie Mercurii et Philoiogiœ de cet auteur, si célèbre au mo}<»n-Age.

Imitation (l'Adam . de i.'A Basséc

Vie

de

de celte imitation

Nous avons parlé des' imitations dont ce poème avait éié l'objet. La plus importante est celle d'Adam de La Bassée.

Sander et De Yisch sont les seuls historiens qui nous donnent quelques renseignements sur cet auteur (4). C'était suivant eux un chançine du chapitre de Saint-Pierre , de Lille , né à La Bassée (commune voisine de cette ville]. Il y a dans Fabricius trois pages consacrées aux écrivains du nom d'Adam , mais cecet auteur, lui-ci n'y est pas compris.

Nature Cette imitation est très peu connue, très rare, car ni la bibliothèque impériale , ni la bibliothèque des ducs de Bourgogne , ni les autres grandes bibliothèques d'Europe n'en possèdent d'exemplaires. Elle mérite donc d'être appréciée avec soin. Elle est écrite sous cette forme qu'on appelait prose au moyenâge, en vers de douze syllabes , rimes au milieu et à la fin , qui semblent comporter un accent, mais ne sont nullement scandés. Elle est avec raison intitulée Ludus^ Délassement', car c'est une œuvre de pur caprice (2). L'auteur nous apprend que Tennui, l'absence de toute distraction l'ont porté à glaner dans le champ si riche d'Alain , espérant y trouver le bonheur comme Ruth dans celui de Booz ; mais ce n'est pas là glaner , c'est imiter textuellement. Même sujet , même cadre , mêmes développements , mômes expressions souvent transportées de vers hexamètres en prose rimée , voilà l'œuvre d'Adam. Nous n'avons remarqué de modifications que les suivantes : Ce n'est pas la théologie , mais l'intelligence (noys) qui conduit l'àme à Dieu.

(t) Sanderus Descriptio Flandriœ et bibliotheca j5e/^/ca.— De Visch, hihlioiheca ordinis cisterciensis, — Fabricius. Biblioth. mediœ et infimœ latin itaiis.

(2) Luduê Adœ de Basseya canonici insulensis super Anticlaudianum [solet dici qiiia). La bibliothèque de Lille en possède un magnifique exemplaire sur vélin, in-folio, écriture du XIV* siècle, à deux colonnes, provenant du chapitre de St-Pierre de Lille.

Alain n'avait pas nommé la Théologie, mais il était facile de la reconnattre , et De Visch ne s*y était pas trompé (1 ). Doit-on croire qu une vue philosophique ait conduit Adam à ce changement? Rien dans le texte de l'ouvrage ne l'indique et nous croirions volontiers que le nom seul a effrayé le poète. Nous avons remarqué en second lieu que la Pauvreté n*est plus comptée au nombre des milices infernales; tout l'ouvrage est d'ailleurs d'une touche morale plus épurée. C'est V Anticlaudianus réduit à Tusage des gens du monde, expurgé dans sa morale et son appareil scientifique, car ce qui y concerne les études scholastiques y est presque nul. Quant aux additions elles sont peu nombreuses; une plus ample description de Texlérieur et des vêtements de la Nature puisée dans le De Planctu, un dialogue assez piquant entre la Chair et l'Esprit au sujet du rôle de la Raison y une chaude diatribe contre les vices des moines , une sorte de méditation sur les revers de la fortune, enfin, pour terminer l'ouvrage, l'éloge de la vie religieuse à laquelle se voue le héros , principalement des cantiques notés sur des airs populaires de ce temps et semés partout où ils pouvaient trouver place , voilà ce qu'Adam a cru pouvoir ajouter à l'œuvre d'Alain. Le style est bien moins poétique , bien moins vivant que celui du mo dèic. C'est en un mot une œuvre secondaire.

Date. Sander, Leyser et d'autres fixent la date de cette imitation

au XV», siècle, vers 1400; nous croyons qu'elle doit être reportée plus d'un siècle auparavant.

Nous venons de citer parmi les additions d'Alain , un dialogue sur les revers de la fortune. En effet , quand la Noblesse vient réclamer en faveur de l'homme nouveau les dons de sa mère la Fortune , elle la trouve occupée à écouter et à tourner «n dérision les plaintes de Pie-ï'e de la Brosse ( Petrus de

(1) Indicaiioni marginales de ton édition.

Clepsedra), précipité de sa haute position au pied du gibet. Là sont énumérés divers jeux de la fortune , les revers d*un Bertrand qui visa au pouvoir dans les Flandres , dont il ne prétendait seigneur, d'un Simon qui recherchait le pou* voir suprême en Angleterre.

Ce Bertramus (1)doit être Bertrand de Rains, le faux Baudouin qui fut exécuté en 4 235 , et Simo doit être Simon de Hontfort, comte deLeicester , défait et tué sous Uenry III en 1265. La condamnation de Pierre de La Brosse est de 4 278, et vraisemblablement ces événements étaient assez présents pour occuper les esprits lorsqu'Adam crut devoir en parler de préférence à tous autres. Il écrivait donc vers la fin du XIIP siècle , tout au plus vers le commencement du XIV®, et les sentiments tristes et recueillis du prologue nous portent à penser qu il n^était plus jeune lorsqu'il Ta composé.

M. LeGiay, conservateur des archives du département du Nord , a trouvé dans le dépôt qu'il administre un document qui confirme ces inductions tirées par nous du contenu môme du livre (2).

L*Histoire littéraire de France indique un autre commentaire ou une autre imitation de l'Anticlaudien composée par un religieux anglais du nom de Raoul de Longchamp (3).

(1) Sic mit flandrentium cupidus honorum Bertramus se doininiim simolans illorum Symoii que dominiura ambieus augloruin.

(2) Mémoire sur les archives du chapitre de St Pierre de Lille, par M. le docteur Le Glay, Lille, Danel, 1856, extrait des mémoires de la ^Société des sciences de Lille, deuxième série, vol. HT, p. 153. Vn titre de 1305 parle du canone (chanoine) Adam de la Bassée comme mort récemment, p. 18. M. l'abbé Carnel , auteur d'un remarquable travail sur les morceaux de musique contenus en cet ouvrage, a complété ces recherches d'après des litres également trouves aux .'archives de ht collégiale de Sl-Fierre et ûxé la mort d'Adam à 1280. Voyez chants liturgiques d'Ad. m de la Bassée , ch moine de la collégiale de St. -Pierre, à Lille, an Xlll siècle, publiés par l'abbé D- Carnel, Gaud. 1858 , in.8.<^ (8) D. Brial, 1. c.

Glose Cette glose assez répandue porte en effet le nom de Radul-

de Raoul p^us de Longo-Campo , Alano olim familiaris [\). On sait

LoMchamp P®" ^® choses de la vie de ce religieux , moine de Tordre de

— . Ctteaux , connu surtout par son goût pour l'instruction qui lui

Biographie -, i i i

°^J fît entreprendre de longs voyages {2). On no savait vers quelle

cet auteur, époque fixer sa vie , mais cette circonstance qu'il avait été

ami d'Alain (olim familiaris) peut maintenant apaiser sur ce

point.

Aperçu ^^ commentaire a en effet un caractère très-scientifique et

it celle paraît bien émaner d'un homme aussi curieux et aussi avide de

S'"**'* connaissances que Raoul de Longchamps. Là où Alain a retracé

en quelques vers l'abrégé du Trivium et du Quadrivium, le

glosateur entre dans de longues explications au niveau du savoir

de son temps.

Quand donc Montfaucon cite un ouvrage de cet auteur dont

le titre manque , mais qui , dit-il , parle de toutes les choses ,

tant corporelles qu'incorporelles , il est permis de penser que

. c'est le commentaire de T Encyclopédie d*Alain ( cunetoi re$

divinas et humanas continens , dit une édition ) (3).

(1) Elle se trouve à Oxford (bibliotli. du collège de Bailleul) d'après Montfaucon et à la biblioth. de rEscuriai d'après Haeiiel. Elle est deux fois à la biblioth. impériale de Paris, anonyme, dans un très beau manuscrit sur parcbemin, du fonds Colbert, sous le no viiï MCCCI. Compe/idium Anticlaudiani ad modum historiœ Iransîatum sequitur [Magister jilanus peritns Wr quidem in multis scientiis) , puis dans un manuscrit du XlIIo siècle , siu

parchemin, sans origine indiquée, sous le no ym MLXXXIII, en tête la mention : Alanide Insulis ÀnticlaudianuSj accedit Badulpki de Longo CampOf Alano olim familiaris, commentarius . Le commencement en est illisible, vient ensuite une sorte de préface : Licet equidem hujits libriqai Anticlaudianus inscribitur altitudinemy puis une seconde : In principio hujus voluminis primo videndum est.

{9) Conf. Pisteus in appendic, cap. 69. — Bal^eus. Centur. XII, 13. — De Visch. Biblioth. ordinis cistercens, p. 283. — F^ibricius. Biblio. inediœ et inflmœ latin if atis.

(3) Montfaucon. Bibliothec. bibliothecaram, t. 11, p. 1^5^, - C'rsl lui manuscrit du monastère de Lvra (diocèse d'Evreux).

Conftisiouf II est singulier cependant que Leyser et l'Histoire littéraire dont tUc ^Q France donnent pour ineipit à ce commentaire de Raoul r bVt ^® Longchamps des mots qui ne s'y trouvent justement pas , mais qui 6gurent dans les commentaires d'autres auteurs dont nous allons parler (t). Ce même ineipit se trouve dans l'édition de De Visch en tête d'un sommaire anonyme de TAnticlaudien. D. Brial ne Ta pas remarqué.

Ce sommaire n'a da reste rien d'intéressant. L'analyse du

poème y est très-incomplète , et l'esprit n'en est guères indiqué.

GloM On cite encore tine glose de Gilbert d'Auxerre , auteur fort

de Gilbert peu connu (2). Elle embrasse tout l'ouvrage, mais est peu

' importante , se bornant à quelques mots sur les passages jugés

difficiles ou remarquables (3j. En tète se trouve deux fois

répété le sommaire de l'édition De Visch (4).

(1) Leyser, Hist. poetar, et poemat. mediiœvi. Histoire 11 tt. de France, 1. c. Cet Ineipit est : Quia in hoc opère.. Dans cet ouvrage, dit-il, il y a neuf chants, parce que les quatre artisans de rhoinme : Dieu, la nature, la fortune, le vice, contribuent en neuf manières à sa création, en esprit, en matière, etc., etc.

(2) On ue trouve qu'un Gilbert, anglais, chanoine d'Auxerre, puis évêque de Londres, surnommé ï Universel^ célèbre glossateur, mais il mourut en ld3i, ce qui ne laisse pas croire qu'il ait pu connaître un livre d'Alain. Pas uu autre Gilbert ne porte le titre d'Auxerre, mais il est un Jeofiroy (Galfridui) qui^ élève d^Abeilard, quitta son maître pour suivre St.-Bemard à Clairvaux et qui vécut jusqu'en 1215. 11 est plusieurs Guillaume , un professeur à paris, deux évêques de la même capitale, un archidiacre de Beauvais^ qui tous portaient le nom d'Auxerre, et auxquels, grâce à leur savoir, on serait tenté d'attribuer cette glose, 1rs confusions de noms étaient si fréquentes à cette époque.

(3) Manuscrit de la biblioth. impériale, no viii MCCXCIX, dont la provenance n'est pas indiquée : Jlani de Insulis anticlauâianas. Jccedunt Gilberfi Mtissidiorensis glosœ , W^ siècle. Ce m miser it comprend d*autres ouvrages de divers auteurs .

(4) Quia in hoc opère agitur. Voir la nolel ei-dessus.

Glose On en attribue encore une au célèbre Robert Sorbon (4). ^ ^ Les gloses sont interlinéaires et marginales , plus courtej encore que les précédentes , surtout vers la fin deTouvrage et ne donnent que de simples indications.

La vie de Sorbon est trop connue pour qu'il en soit parlé ici ; aucun bibliographe , que nous sachions , ne lui attribue ce livre.

Il existe encore sans doute d'autres commentaires d'après les indications de divers catalogues , mais ils ne sont pas venus à notre connaissance.

I Imitation Legrand d'Aussy a signalé une traduction ou plutôt une imi-

en français, tatiou en vers français de ce poème (S). Il en donne une ample analyse et vante beaucoup la facilité de la versification qui ne manque pas d*une certaine élégance.

Nous y trouvons bien des rapports avec le Ludus d'Adam de

La Bassée. Il y a aussi beaucoup de chansons , un portrait de

la nature tiré du De Planctu. Noys ou Sophia y prend aussi la

» place de Prudentia. Il semble enfin que Tun des imitateurs ait

(1) Manuscrit de la bibliothèque impériale^ no viii MCCGsur papier, écriture du XVe siècle , acquisition nouvelle : Incipit glosa magistri Boberti de Sorhona. On y trouve encore en tête le sommaire de l'édition De Visch {ji^iiia in hoc opère). A la fin se lisent ces vers qui sont aussi dans le m.<nuscrit de Gilbert d' Auxerre :

(jt rosa flos florum : sic est liber iste librorum Metra modernorum superans etmetra priorun ; Vernat enim florum specie cultuque colorum , Plenus sanctorum doctrinis philosophorum .

(9) Lrbbe , dans sa Bibliofkeca manuscripta ,1. c. et De Visch dans sa bibliothèque de Cîtcaux, 1. c. en avnient déjà fait mention. La note de Legrand d'Aussy se trouve dans les notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque nationale, publiée par l'Institut, t. V(an Vil), p. 546 : Notice sur un poème intitulé TAnticlaudien , n® 7632 , velin , f." p.» qui paraît avoir fait partie de la bibliothèque de Charles V ou de son fils Charles VI.

•u connaissance du travail de l* autre; mais lequel est le premier, c'est ce que nous ne pouvons savoir , Legrand d*Aussy n'ayant pas pris soin de préciser la date de Touvrage qu'il avait sous les yeux.

 la fin de ce livre , contrairement à l'ouvrage d'Alain , le héros se retire dans un monastère nommé Conscience. Cette observation et quelques autres aussi légères font penser à Legrand d'Aussy que l'auteur de cette traduction est un moine franciscain.

XXAVIT. Deplanctu ieu ^e conquestu naturœ seu Enchiridion de DePlanctu f^aturis rerum seu contra vitium Sodomiœ (I).

naturœ,

iidjtions. Qj.^ croyait universellement cet ouvrage inédit , à tel point que De Visch lui-même s'est servi de manuscrits pour sa reproduction ; pourtant, Hain en avait eu une édition sous les yeux (2). La Patrologie a suivi De Visch, cependant Leyser avait reproduit avec d'heureuses corrections quelques poésies extraites de ce livre (3).

Ana'vsc. Ce poème en prose mêlé de vers de différents rhythmes a eu quelque célébrité (4). Nous en avons donné dans l'introduction

(1) De planctu naturœ y cilé par Henri de Gand et Trithème,!. c De Conquestu ou même De Conquestione naturœ, divers manuscrits. De natura et virtufibus necnon de compîanctu naturœ, Manusc. de l.i biblioth. de Técole de médecine de Montpellier. Tractatus contra vitium Sodomiœ y D'autres manuscrits. Enchiridion de naturis rerum ^ D'autres encore, {In lacrymas risus).

(2) Hain. Jtepertorium bibliographicum^ il cite : De planctu naturœ Lyptzik (sic) per yirnoldum Coloniensem. j4nno ^rafi<7ç; 1494, in-4o. Senifleb, dans son excellente édition des Paraboles d'Alain (voir ci-après, page 131, la mentionnait déjà.

(3) Leyser. Hist. poet. med. œvi^ p. 1045.

(i) Bobert Holkot, auteur estimé du XlVe siècle, cite daus ses Lettiones in sapientiam^ cap, 7i , te poème avec grandi éloges.

une analyse suffisante , d* autant plus que Tauteur n a pas été toujours Gdèle à sa promesse d*embaumer dans le miel des paroles Tindignité des idées. (Vitiosum fœtorem imbalsamare mellifluo) (4).

Léon AUatius , au témoignage de De Yisch et de Leyser , se proposait de commenter cet ouvrage. Son travail n*a pas vu le jour. 11 en est de même de celui d*Henri Huhlphort , dont parle Sentfleb (Si).

Simler ne pensait pas que ce livre fût de notre Alain , mais il ne donne aucune raison qui puisse infirmer les nombreux manuscrits et le témoignage de Tritbème (3).

XXXVm. i^ Àpocalypsim (4).

In

Jpoca- Un manuscrit de la Bibliothèque impériale attribue à ^Alain

fypsim. des vers sous ce litre qui sont en effet dans son goût et sa ma-

Discussion jjjère. On y retrouve son vaste savoir, ses allusions relatives à

j^ tous les arts , ses appréciations sagaces de divers philosophes ,

ce lîTre. et enfin un sujet analogue à celui du De Planctu , puisqu*il

s'agit encore d'une apparition de la Nature au poète. Quant à

l'interprétation de l'Apocalypse , elle tient peu de place , les

vices du temps en occupent beaucoup plus.

D'autres manuscrits attribuent ces mêmes vers à Gauthier

(1) Voir plus haut, page 1 2, notre analvsf .

(2) De Viscb, Leyser, Seutfleb, 1. c.

(3) Epitom. hihlioth, Conrad. Gessneri.

(4) 7/1 Apocalypsim (a tauro torrîda lampade cinihii). Il n'est cité nulle pari . Nous Tavons trouvé manuscrit à la bibliothèque impériale tous le no III MCCLXVllI, faisant pajrlie d'un volume sur papier qui contieut divers euvragei et provient du fonds Colbeit, écriture du XV« siècle.

Map, et ils se trouvent en effet dans les recueils de ce célèbre auteur. On les a même imprimés sous son nom (4).

C'est ce qui parait en effet le plus vraisemblable. Aucun des contemporains d'Alain de Lille ne lui attribue un pareil ouvrage. Trifhème lui-même ne cite rien qui ait le moindre rapport avec ce livre , et bien qu'on trouve quelques caractères qui ont pu tromper les collecteurs de manuscrits , cette indignation contre le clergé en général , ces invectives excessives ne sont nullement dans les habitudes ni dans l'esprit du docteur universel. Nous ne citons donc ces vers qu à titre de renseignement.

Page 1