XX VIII
Questivnes
naturales.
Manuscrit.
Est-ce bien d'Alain ?
Questiones naturales {1).
D. Pitra a publié dans une glose sur la Clef de Méliton un fragment de cet ouvrage d'Alain , d’après un manuscrit tout-àfait inédit de la Bibliothèque impériale (2).
Mais est il bien d'Alain ? Comment se fait-il qu'aucun des contemporains, ni même Trithème, n'attribuent au Docteur universel d'ouvrage sous ce titre. Il n'y a absolument pour le lui décerner que la mention du ütre, et qui n’ajoute aucune désignation au nom d'Alain.
M. Haureau pense que c’est là le De naturis animalium et qu'Oudin nele connaissant pas, mais voyant attribué à Alain un ouvrage sous ce litre, lui a donné celui dont nous avons parlé ci-dessus , qu’on attribuait aussi à Hugues Follioth ou Hugues de Saint-Victor (3).
D. Pitra est d'un avis différent et fait remarquer que ces Questiones ne sont nullement un traité sur la nature des animaux, C'est en effet un recueil de questions physiologiques , physiques , tératologiques et philosophiques même car la
(4) Zncipiunt questiones Alani. Manuscrit in-40 de Ja bibliothèque impériale. Fonds Notre-Dame, n0 201, écriture du XIIIe siècle. (Questiv quare nitinur in vetitum, Responsio natura semper laborat...)Ces Questiones ne font qu’une partie du manuscrit renfermant de toutes autres matières de divers auteurs.
Dans ce manuscrit entre autres choses se trouvent beaucoup de questions naturelles à la fin desquelles est écrit : Expliciunt questiones magistri Adelardi, puis immédiatement au-dessous, de la même main : /ncipiunt questiones Alani. Faut-il supposer qu’Alsin ait continué le célèbre ouvrage d'Adclard de Bath : Perdifficiles questiones naturales, qu'il a dü certainement connaître, Ce n'est point impossible, mais nous disons ce qui nous fait douter qu'il s'agisse ici de notre Alain.
(2) Spicilegium solesmense publié par Dom J. P, Pitra,t. 1, p. 70 ct t. I, p. LXXHIet 55. Le fragment reproduit est : Quot modis cervus dicitur, proprie dicitur animal silvestre.
(3) Article de l’ftheneum, 1853, p. 683.—Oudin, L. c. Voyez ci-dessus ce que nous avons dit du Pe naturis, page précédente,
De lapide philosophico.
Editions.
Authenticité.
première est ainsi conçue : quare nilimur în velitum, ce à quoi l’auteur donne une réponse presque matérialiste, tirée de la chaleur de l'appétit et de l'imagination. Parmi les autres questions , il en est d’une extrême indécence , sur certaines voluptés par exemple. Il en est encore de tout-à-fait étrangères à la nature des animaux , comme celle-ci : pourquoi un vase d'argent placé sur le feu laisse bouillir l'eau qu'il contient sans s'échauffer extérieurement.
Le savant Bénédictin semble plutôt voir dans ce livre le De rerum natura des catalogues, mais ce n’est pas plus exact , car ce dernier n'est, comme nous l'avons dit, que le De Planctu nature. |
En somme cet ouvrage nous paraît fort peu authentique , hors des habitudes honnêtes et du style d'Alain.
De lapide philosophico (1).
À été imprimé à Leyde et non à Lyon , comme on l'a dit ; puis reproduit dans le T'heatrum chemicum (2).
Cet ouvrage d'alchimie n’est pas susceptible d'analyse , il faut même pour l'entendre être au courant de ces matières.
Rien ne prouve que ce livre, qui, du reste, n'est pas mentionné par les contemporains , pas même par Trithème , soit de notre Docteur ; mais il n y a pas non plus de raison sérieuse pour contester la tradition qui le lui attribue. .On a voulu in-
(1) Dicta de lapide philosophico mentionné par Fabricius et J. J. Mangetus ; bibliotheca chemica curiosa seu rerum ad alchemiam pertinentium thesaurus. Genève, 1702. 2 vol. in-fol,
(2) Dicta Alani philosophi de lapide philosophico e germanico idiomate in latinum reddita per Justum a Balbian, alostanum (ad deum, mi fili, et cor et mentem), Lugduni Batarvorum, typis Raphelengii, 1600 (1599 dit Fabricius), una cum secreto Jodoci Greneri, in-80. — Theatrum Chemicum, t. I}, p. 761 (anonyme). Argentorali, 1659, G vol. in-80.
Arithmomachia.
duire de ce qu'il est traduit de l'allemand que l'auteur était quelque Alain , né en ce pays (1). Mais le traducteur a soin deprévenir dans sa préface que s'il l'a traduit de l'allemand, c’est qu'il avait sous les yeux un exemplaire écrit en cette langue , sans que rien lui indiquât dans quel idiome l'ouvrage avait été originairement écrit.
N'est-ce pas à ce livre qu'un Alain a pu devoir le surnom d'Hermès Trismégiste (2). La chose est possible, mais le pseudo-Hermès passait pour aussi grand philosophe que grand alchimiste. Ce surnom a donc pu étre donné à un théologien comme à un savant.
Arithmomachia ou Rhythmomachia ou Rhythmarchia.
Sous l'un comme sous l'autre titre , il s'agit ici d’un traité de calcul ; il faut se garder de voir dans Rhytmomachia, comme on en serait tenté, un traité de prosodie.
Cet ouvage est mentionné sans aucune observation dans le Discours général sur l'état des lettres au XIIe siècle, qui est inséré dans l'Histoire littéraire de France. Mais la notice spéciale de D. Brial sur Alain au même recueil n’en fait plus mention (3) Plusieurs manuscrits des grandes bibliothèques , à Paris notamment, portent ce litre ; on les à attribués à Gerbert parfois, parfois aussi avec plus de vraisemblance à Hermann Contract qui, au rapport de Trithème, a bien composé un livre sous ce nom , mais on ne voit nulle part qu'on l'ait attribué à Alain.
(1) Voir ci-dessus, page 41 ce que Demster et Trithème ont dit d’un Alain mort en Allemagne.
(?) Conf. ce que nous avons dit d'Alain Porret, page 59.
(3) Histoire littéraire de France, tome XIII, page 113. et tome XIV, page 308. |
XXX. De accusationibus, inquisitionibus et denuntiationi- De bus (1).
accusativ-
nibus.
‘ . Cet ouvrage est inconnu. D. Brial , égaré par le système que FE nous avons fait connaître, a voulu voir ici une narration des cet écrit. attaques et des dénonciations auxquelles Alain, abbé de Tewkesbury, avait été en butte. Mais tous ceux qui se sont occupés de jurisprudence ÿ reconnaîtroñt une matière souvent traitée. Il y a dans tous les ouvrages de droit canon , et notamment dans les Décrétales, un chapitre sous ce même titre qui a pour objet l'introduction de la procédure criminelle , les divers modes de mettre en jugement. On sait que l'étude du droit canon prit un grand développement après l'apparition du décret de Gratien (1151). Un homme aussi universel qu'Alain devait naturellement s'en être occupé (2). Cependant il y eut un Alain, jurisconsulte à Bologne au XIIL° siècle, auquel on
donna aussi le nom de Docteur universel (3).
XX XI. De simonia , de hæresi et matrimonio !4). De simonia. Nous n'avons eu aucune occasion de voir ce manuscrit , et Manuscrit.
(1) De accusationibus, inquisitionibus et denontiationibus. Sanderus, 1, c.
Certains vers de l’Anticlaudien le prouvent :
Jus nostrum pax surripiet quod tempore tante Defendens nobis prescriptio vindicat, usus Confert et justo titulo collata tuetur.
Peut-on mieux employer les terimes propres ?
(3) Voyez Biogranhie universelle de Michaud.
(4) Alan (de Insulis)tractatus de simonia, de hærest et matrimonio (groniam ut ait Jeronimus, pour le prologue), divisé en quatre parties. Manuscrit in-8o sur parchemin, du X1116 siècle, provenant de la bibliothèque de Bouhier, aujourd’hui dans celle de Troyes, n0 1930, relié avec un traité anonyme (incerli de criminibus ecclesiasticis et alits liber), qui parait avoir de grands rapports avec le précédent et le même /ncipit notamment. Catal, des manuse. des biblioth. des départements, t. 1], p. 795.
Quodlibeta
Dialogi.
Epistolæ.
d'examiner s'il est bien du Docteur universel. Aucun auteur jusqu'à présent ne le lui a attribué.
Dans le Liber penitentialis, Alain a traité en quelques mots cette matière (1) .Peut-être n'est-ce aussi qu'un extrait de différents ouvrages du Docteur universel.
Quodlibela (2).
Ce genre d'ouvrages dont on a tant abusé dans les deux siècles qui ont suivi l'époque d'Alain de Lille, était bien moins usité de son temps. On sait qu'on traitait sous ce titre des questions particulières, des sortes de thèses, le plus souvent relatives à la théologie. |
L'Histoire littéraire de France , sans grande raison , ÿ croit retrouver le Dictionarium theologicum.
Dialogi (3).
Epistole (4).
Ces ouvrages sont perdus et il est impossible de détenniner à quelles matières ils s’appliquaient particulièrement.
Oudin cite des épîtres manuscriles qui se trouvaient à la bibliothèque de Cambridge(Cantabrigeæ ) sous le nom d’Alain; mais il ne savait si elles appartenaient au nôtre on à Alain de Tewkesbury. Elles sont de ce dernier et ont été publiées par M. Gilles (5). Il est singulier que D. Brial ne les ait pas men-
(1) Edition De Visch, page 190.
(2) Quodlibeta cité par Trithème. I. c.
(3) Dialogi aliquot, mentionnés par Sander, L. c. (4) Epistolæ ad diversos, lib. {, mentionné par Trithème, L. ce.
(5) À la suite des épitres de saint Thomas de Cantorbéry. Voyez ci-dessus, page 58, note 2.
— All —
tionnées , lui qui prétend confondre cet Alain avec le Docteur universel. |
Nous arrivons enfin aux poésies, l’une des plus grandes préoccupations d'Alain. Nous trouvons d’abord un traité didactique :
XXXV De ratione metrorum et syllabarum (1).
De ratione
metrorum. Ceci est évidemment une sorte d'art poétique , mais ce livre ne nous est pas connu.
Viennent ensuite les grands poèmes , d’abord :
XXXVI. L'Anticlaudianus seu de officio viri bont et perfecti seu Anticlau- Encyclopedia (2).
dianus.
Les manuscrits en sont répandus en foule dans toute l'Europe. La Bibliothèque impériale à elle seule en compte sept , ce qui n'a rien d'étonnant puisque ce poème était classique aux XII et XII siècles.
Editions, Il a été imprimé séparément un grand nombre de fois. Oudin, Fabricius , l'Histoire littéraire ont prétendu donner la suite des éditions, mais leurs recherches n’ont point amené un résultat précis ni concordant. N'espérant pas faire mieux , nous reproduirons leurs indications. |
Bâle , plusieurs fois ; celle de 1536, H. Petrus, citée par l'Histoire littéraire comme la première ne la serait pas , si l’on en croit Fabricius. |
Venise, 1582. Combeis sumptibus, in-1 2.
Anvers. 1611. in-8°, mauvaise édition très confuse.— 1621. J. Trognaesius, celles-ci rapportées par Fabricius, qui ne donne
(14) De ratione retrorum et syllabarum, mentionné par Barthius. Commentaria in Guil. Britonis Philippid, p. 200. 1 l'avait vu manuscrit à la bibliothèque de Bâle, où il paraît n'être plus aujourd’hui d'après les renseignements que nous avons pris.
(2) Anticlaudianus, cité par Othon de S. Blaise, Albéric de trois Fontaines, Henri de Gand, Trithème, 1. c., Eberhard de Béthune, dans son célébre Græcismus, le vante aussi. Voyez plus haut, page 45, note 3.
Date.
= Mo
pas celle de 1625 , marquée par l'Histoire littéraire. Enfin, 1654, citée par Legrand d'Aussy à peu près seul {1).
De Visch avait rectifié ces dernières éditions d’après quelques manuscrits. La Patrologie l'a suivi. Leyser a donné les variantes du premier chant et montré combien heureusement, on pouvait encore corriger le texte de De Visch (2). Fabricius rapporte que Ritterhusius avait annoté tout ce poème , mais ce travail paraît perdu.
Ce poème a été traduit et commenté plus d'une fois, comme nous aurons occasion de le dire plus loin.
On croit trouver dans quelques vers une critique dirigée contre Gauthier de Châtillon, auteur de l'Alexandréïde, qui serait ici désigné sous le nom de Mævius. L’Anticlaudianus aurait donc été écrit postérieurement à 1175 {3). Mais ces vers que voici :
| ; . Illic Mævius in cœlos audens os ponere mutum, ‘Gesta ducis Macedum tenebrosi carminis umbra Pingere dum tentat , in primo limine fessus Hæret et ignavam queritur torpescere musam.
peuvent s’appliquer à bien d'autres auteurs de cette période toute remplie des souvenirs macédoniens.
LS
(4; Legrand d'Aussy. Notices des manuscrits, vol, V. Les éditions les plus connues sont celles de Bâle, 14536, Venise, 1582, Anvers, 4611. Ces deux dernières sont à la bibliothèque impériale. Catalogue des livres imprimés de la bibliothèque du roi. Paris, 4750, AV, p. 397.
(2) Leyser. ist, poet. et poemat. medit ævi, Voici le titre donné par De Visch : Anticlaudianus sire de officio viri, boni et perfecti YUX).0ruudeLXY universam et cunctas res humanas et divinas complectens (cum fulminis impetu et après le prologue en prose : Authoris mendico stylum et enfin après le prologue en vers. : ut sibi juncta magis). Anticlaudiani libri IX complectentes xv#}0740exY universam, dit l'édition de Venise. — Cryclopediæ Anticlaudiani seu de officio viri boni, lib, TX, dit celle d'Anvers.
© (8) Gauthier dit de Châtillon, parce qu'il y avait enseigné, était né à Lille comme Alain. Ïl dédia son poème à Guillaume, archevêque de Reims, qui occupa ce siège de 1175 à 1202. |
Nature de l'ouvrage.
Apprécia-
tions.
== joe
On prétend que Gauthier répondit par ces autres vers :
Mævius immerito, te judice, dicor, Alane, Judice me, Bavius diceris et merito.
Il semble d'abord bizarre qu'un poème puisse contenir une réponse à une critique dont il aurait été l'objet. Mais cela prouverait tout au plus que cet ouvrage a été publié en deux fois, ce quesemblent du reste indiquer ces mots d'Alain : In primo limine fessushæret, tandis que l'Alexandréïde est pour nous un ouvrage achevé. Ce qui prouve que la réponse est postérieure au poème, c'est qu'elle est sous forme de distique , ce qui ne peut entrer dans une suite d'alexandrins.
Lamonnoye pense que c'est le neveu de Gauthier qui revit son poème et y ajouta ces vers ; mais il n’en donne aucune rai: son sérieuse (1).
L'anticlaudien est écrit en hexamètres ( carmine heroïco A divisé en neuf livres ou chants partagés eux-mêmes en chapitres.
Nous en avons donné ci-dessus une analyse suffisante. Ceux qui voudraient en voir une exposition plus complète la trouveront dans Legrand d'Aussy et dans Jourdain (2).
Cet ouvrage a été apprécié très diversement. Barthius a généralement rendu justice à sa correction et à son imagination. (3)
(4) Lamonnoye. Jugements des savants, t. IV, p. 261. C'est la révision qu’il fit de l'ouvrage de Baillet.
(2) Legrand d’Aussy. Notices sur les manuse, de la biblioth. Roy. tome V. Voyez ci-après, page 121. — Jourdain. Recherches sur l’âge des traduc . latines d'Aristote.
(3) Adversariorum, lib. VII, cap. II.--Notes sur Guillaume-le-Breton.— Animadvers. ad Pappirit Statii T'hebaïd, page 401, — Les appréciations d'Alain dans ces derniers ouvrages sont presque contralictoires ; cependant elles sont souvent très-favorables: 4lcnus ab Insulis,dit-ildansle premier, homo ingenit admirandi et poeticis etiam litteris eo tempore nulli comparabilis. |
Duboulay reprend Giraldus qui avait accusé l'Anticlaudien d'incorrection {1}. Baillet a porté deux jugements sur le même poème (2). Dans le premier il parle « du galimatias double, » du chaos presqu'impénétrable de cet ouvrage où l'on voit ce- » pendant assez clair pour y reconnaître un sophiste qui a » voulu faire usage de toutes les subtilités scholastiques. Ce » sont de grands vers enveloppés dans des obscurités recher- » chées au travers desquelles on aperçoit qu'il a voulu parler » dela Providence contre Claudien , qui a fait semblant d'en » douter. »
Baillet reconnaît cependant « de l'énergie , de l'imagination, » qui eussent fait merveille avec un peu de cette critique dont + les deux derniers siècles ont été éclairés. » Voilà le mot de ce jugement. Alain est de cette barbarie antérieure aux deux siècles qui savent seuls ce que c'est que le goût. C'est souvent ainsi que juge le XVIII' siècle, c'est toujours ainsi que juge Baillet. 11 faut vraiment ou n’avoir pas lu ce poème ou n'avoir pas le plus simple élément d’études sérieuses pour trouver la moindre obscurité dans cet ouvrage. Aussi, l'ayant parcouru plus tard , bien rapidement'sans doute , puisqu'il dit qu'on y parle de morale , de mathématiques et surtout de théologie, sans remarquer l’enchaînement de ces sciences, mais l'ayant au moins parcouru, Baillet est revenu de son opinion et a cru devoir se disculper de ce changement en disant « qu'Alain avait » traité son sujet d'une manière scholastique qui l'a fait quel- » quefois considérer par quelques critiques comme un adroit » sophiste. »
Leyser, ainsi que Christ. Heindrich en avaient parléen meilleurs termes (3). Legrand d’Aussy juge l'auteur latin , qu'il ne
(1) Bulœus. Hist, universit. parisiens, — Giraldus : Dialog. de poetis. (2) Jugements des savants, t. 1v, et Satires personnelles : anti. t. VII.
(3) Chr. Heindric. Pandecta Brandeburgiæ-Leyser. Hist. poet. et
poem. meduii œvi. :
Lo 115 épram
connaissait que d'après une traduction française , et dit que ce poème ne serait plus goûté aujourd’hui , mais que pour son temps il étonne (1).
L'Histoire littéraire de France s'est elle-même laissée aller au dédain de tout ce qui précède le grand siècle (2). Jourdain a plus sainement apprécié Alain , parce que comme Barthius , il l'avait étudié (3).
Ceux donc qui ont parlé d'Alain avec dédain ont eu le grand tort de le comparer aux écrivains du siècle d'Auguste. En quelque chose, il est vrai, il suit les traces de l’épopée antique, mais c'est plutôt de l'épopée des dernières époques de la littérature latine. Le conseil que tient la Nature , le discours des divinités , le portrait détaillé de chacune d'elles , la description du palais de la Nature , celle des cieux et de l'empyrée, le dénombrement de la milice infernale, le tableau du combat , enfin la description du monde sous le règne de la Paix sont des imitations flagrantes des poèmes latins surtout de la Pharsale et du Contra Rufinum , où les divinités allégoriques jouent déjà un rôle considérable. Mais Alain va plus loin encore , et semble plutôt avoir pris pour maître Martianu$s Capella ; les hommes s'effacent tout à fait chez lui et les divinités allégoriques occu pent seules la scène el en excluent les personnages réels (4).
(14) Legrand d’Aussy. Notices sur les manusc, de Ja bibl. du roy, t. V, p. 5846. Au même vol., p. 419$. Legrand conclut d'un passage de la bataille des sept arts qu’Alain était enseigné comme poète dans les écoles. Les raisons sont peu solides, mais Îe fait paraît vrai. La bataille des sept arts est, comme on sait, un poème cousacré à représent:r allégoriquenient la lutte de la Logique, seule maîtresse à Paris, et de la Rhétorique qui régnait eucore à
Orléans.
(2) Hist. lit. de France, 1. c. D Brial.
(3) Recherches critiques sur l’âge des traductions d'Aristote, I. e.
(4) Conf. les Nuptie Mercurii et Philologiæ de cet auteur, si célèbre au moxen-âge.
fmitation
d'Adam |
de
La Bassée.
de
cet auteur.
Nature ‘de cette nnitation
Nous avons parlé des imitations dont ce poème avait été l'objet. La plus importante est celle d'Adam de La Bassée.
Sander et De Visch sont les seuls historiens qui nous donnent quelques renseignements sur cet auteur (1). C'était suivant eux un chanoine du chapitre de Saint-Pierre, de Lille, né à La Bassée (commune voisine de cette ville). Il y a dans Fabricius trois pages consacrées aux écrivains du nom d'Adam, mais celui-ci n'y est pas compris.
Cette imitation est très peu connue, très rare, car ni la bibliothèque impériale, ni la bibliothèque des ducs de Bourgogne, niles autres grandes bibliothèques d'Europe n’en possèdent d'exemplaires. Elle mérite donc d’être appréciée avec soin. Elle est écrite sous cette forme qu'on appelait prose au moyenâge, en vers de douze syllabes , rimés au milieu et à la fin, qui semblent comporter un accent, mais ne sont nullement scandés. Elle est avec raison intitulée Ludus, Délassement, car c’est une œuvre de pur caprice (2). L'auteur nous apprend que l'ennui, l’absence de toute distraction l'ont porté à glaner dans le champ si riche d'Alain , espérant y trouver le bonheur comme Ruth dans celui de Booz; mais ce n'est pas là glaner , c’est imiter textuellement. Même sujet, même cadre , mêmes développements , mêmes expressions souvent transportées de vers hexamètres en prose rimée , voilà l'œuvre d'Adam. Nous n avons remarqué de modifications que les suivantes : Ce n'est pas la
théologie , mais l'intelligence {noys) qui conduit l'âme à Dieu.
mens
(1) Sanderus. Descriptio Flandriæ et bibliotheca Belgica.—De Visch,
bibliotheca ordinis cisterciensis. — Fabricius. Biblioth. mediæ et infimæ latinitatis.
(2) Ludus Adæ de Basseya canonici insulensis super Anticlaudianum (solet dici quia). La bibliothèque de Lille en possède un magnifique exemplaire sur vélin, in-folio, écriture du XIV® siècle, à deux colonnes, provenant du chapitre de St-Pierre de Lille.
Alain n'avait pas nommé la Théologie, mais il était facile de la reconnaître , et De Visch ne s'y était pas trompé (1). Doit-on croire qu'une vue philosophique ait conduit Adam à ce changement? Rien dans le texte de l'ouvrage ne l'indique et nous croirions volontiers que le nom seul a effrayé le poète. Nous avons remarqué en second lieu que la Pauvreté n'est plus comptée au nombre des milices infernales ; tout l'ouvrage est d’ailleurs d'une touche morale plus épurée. C'est l'Anticlaudianus réduità l'usage des gens du monde, expurgé dans sa morale et son appareil scientifique, car ce qui y concerne les études scholastiques y est presque nul.Quant aux additions elles sont peu nombreuses: une plus ample description de l'extérieur et des vêtements de la Nature puisée dans le De Planctu, un dialogue assez piquant cutre la Chair et l'Esprit au sujet du rôle de la Raison , une chaude diatribe contre les vices des moines , une sorte de méditation ‘sur les revers de la fortune, enfin, pour terminer l'ouvrage, l'éloge de la vie religieuse"à laquelle se voue le héros, principalement des cantiques notés sur des airs populaires de ce
temps et semés partout où ils pouvaient trouver place , voilà
ce qu'Adam a cru pouvoir ajouter à l'œuvre d'Alain. Le style
est bien moins poétique , bien moins vivant que celui du mo dèle. C’est en un mot une œuvre secondaire.
Date. Sander, Leyser et d'autres fixent la date de cette imitation au XVe siècle, vers 1400; nous crovons qu'elle doit être reportée plus d'un siècle auparavar!.
Nous venons de citer parmi les additions d'Alain, un dialogue sur les revers de la fortune. En effet, quand la Noblesse vient réclamer en faveur de l’homme nouveau les dons de sa mère la Fortune , elle la trouve occupée à écouter ct à tourner en dérision les plaintes de Pierre de la Brosse ( Petrus de
(1} Indications marginales de son édition.
Clepsedra), précipité de sa haute position au pied du gibet. Là sont énumérés divers jeux de la fortune, les revers d'un Bertrand qui visa au pouvoir duns les Flandres, dont il se prétendait seigneur, d'un Simon qui recherchait le pouvoir supréme en Angleterre.
Ce Bertramus (1) doit être Bertrand de Rains, le faux Baudouin qui fut exécuté en 1235 , et Simo doit être Simon de Montfort, comte de Leicester , défait et tué sous Henry III en 1265. La condamnation de Pierre de La Brosse est de 1278, et vraisemblablement ces événements étaient assez présents pour occuper les esprits lorsqu'Adam crut devoir en parler de préférence à tous autres. Il écrivait donc vers la fin du XII siècle , tout au plus vers le commencement du XIV®, et les sentiments tristes et recueillis du prologue nous portent à penser qu'il n’était plus jeune lorsqu'il l’a composé.
M. Le Gilay, conservateur des archives du département du Nord, a trouvé dans le dépôt qu'il administre un document qui confirme ces inductions tirées par nous du contenu même du livre (2). |
L'Histoire littéraire de France indique un autre commentaire ou une autre imitation de l'Anticlaudien composée par un religieux anglais du nom de Raoul de Longchamp (3).
(4j Sic ruit flandrentium cupidus honorum Bertramus se dominum simulans illorum Symon que dominium ambiens anglorum.
(2) Mémoire sur les archives du chapitre de St-Pierre de Lille, par M. le docteur Le Glay, Lille, Danel, 1856, extrait des mémoires de la Société des sciences de Lille, deuxième série, vol. IT, p. 153. Un titre de 1305 parle du canone (chanoine) Adam de la Bassée comme mort récemment, p. 18. M. l'abbé Carnel, auteur d'un remarquable travail sur les morceaux de musique contenus en cet ouvrage, a complété ces recherches d'aprés des titres également trouvés aux archives de la collégiale de St-Pierre et fixé la mort d'Adam à 1280. Voyez chants liturgiques d'Ad:m de la Bassée , chinoine de la collégiale de St.-Pierre, à Lille, au XU siècle, publiés par l'abbé D. Carnel, Gand. 1858 , in-8.°
(8) D. Brial, |. c.
Glose de Raoul
Cette glose assez répandue porte en effet le nom de Radul. phus de Longo-Campo, Alano olim familiaris {4). On sait
Lies peu de choses de la vie de ce religieux, moine de l'ordre de
Biographie de
Cîteaux , connu surtout par son goût pour l'instruction qui lui fit entreprendre de longs voyages (2). On ne savait vers quelle
cet auteur. époque fixer sa vie, mais cette circonstance qu'il avait été
Aperçu de cette glose.
ami d'Alain {olim familiaris) peut maintenant apaiser sur ce point. | |
Ce commentaire a en effet un caractère très-scientifique et paraît bien émaner d'un hgmme aussi curieux et aussi avide de counaissances que Raoul de Longchamps. Là où Aldin a retracé en quelques vers l’abrégé du Trivium et du Quadrivium, le glosateur entre dans de longues explications au niveau du savoir de son temps.
Quand donc Montfaucon cite un ouvrage de cet auteur dont le titre manque, mais qui, dit-il, parle de toutes les choses, tant corporelles qu'incorporelles , il est permis de penser que c'est le commentaire de l'Encyclopédie d'Alain ({ cunctas res divinas et humanas continens, dit une édition } (3).
(4) Elle se trouve à Oxford (biblioth. du collége de Bailleul) d'après
- Montfaucon et à la biblioth. de l'Escurial d’après Haenel. Elle est deux fois à
la biblioth. impériale de Paris, anonyme, dans un très beau manuscrit sur parchemin, du fonds Colbert, sous le no vitr MCCCI. Compendium Anticlaudiani ad modum khistoriæ translatum sequitur (Magister Alanus peritus quidem in multis scientiis), puis dans un manuscrit du XIIIe siècle, sur parchemin, sans origine indiquée, sous le n0 vu MLXXXIII, en tête la mention : Alanide Insulis Anticlaudianus, accedit Radulphi de Longo Campo, Alano olim familiaris, commentarius, Le commencement en est illisible, vient ensuite une sorte de préface : Licet equidem hujus libri qui Anticlaudianus inscribitur altitudinem, puis une seconde : Zn principio hujus voluminis primo videndum est.
(2) Conf. Pisteus in appendic., cap. 69. — Balæus. Centur. XII, 13. — De Visch. Biblioth. ordinis cistercens, p.283. — Fabricius. Biblio. mediæ et infimæ latinitatis.
(3) Montfaucon. Bibliothec. bibliothecarum, t, 1], p. 1259, - C'est un manuscrit Ju monastère de Lyra (diocèse d'Evreux).
Confisions dont elle a été l'objet
Glose de Gilbert
d'Auxerre.
N est singulier cependant que Leyser et l'Histoire littéraire de France donnent pour éncipit à ce commentaire de Raoul de Longchamps des mots qui ne s'y trouvent justement pas, mais qui figurent dans les commentaires d'autres auteurs dont nous allons parler (1). Ce même incipit se trouve dans l'édition de De Visch en tête d'un sommaire anonvme de l’Anticlaudien. D. Brial ne l’a pas remarqué.
Ce sommaire n’a du reste rien d'intéressant. L'analyse du poème y est très-incomplète , et l'esprit n’en est guères indiqué.
On cite encore une glose de Gilbert d'Auxerre, auteur fort peu connu (2). Fille embrasse tout l'ouvrage, mais est peu importante , se bornant à quelques mots sur les passages jugés difficiles ou remarquables (3). En tête se trouve deux fois répété le sommaire de l'édition De Visch (4).
(4) Leyser, Hist. poetar. et poemat. medii œri. Histoire litt. de France, l. c. Cet Zncipit est : Quia in hoc opere. Dans cet ouvrage, dit-il, il y a neuf chants, parce que les quatre artisans de l’homme : Dieu, la nature, la fortune, le vice, contribuent en neuf manières à sa création, en esprit, en matière, etc., etc.
(2) On ne trouve qu'un Gilbert, anglais, chanoine d'Auxerre, puis évèque de Londres, surnommé l'Uriversel, célèbre glossateur, mais il mourut en 1134, ce qui ne laisse pas croire qu'il ait pu connaître un livre d'Alain. Pas un autre Gilbert ne porte le titre d'Auxerre, mais il est un Jeoffroy (Galfridus) qui, élève d’Abeilard, quitta son maître pour suivre St.-Bernard à Clairvaux et qui vécut Jusqu'en 1215. Il est plusieurs Guillaume , un professeur à Paris, deux évêques de la même capitale, un archidiacre de Beauvais, qui tous portaient le nom d'Auxerre, et auxquels, grâce à leur savoir, on serait tenté d'attribuer cette glose, les confusions de noms étaient si fréquentes à cette epoque,
(3) Manuscrit de la biblioth. impériale, no vus MCCXCIX, dont la provenance n'est pas indiquée : /{lani de Insulis anticlaudianus. Accedunt Gilberti Allissidiorensis glosæ, XVe siècle. Ce m:nuscrit comprend d'autres ouvrages de divers auteurs.
(&) Quia in hoc opere agitur. Voir la nute 1 ei-dessus,
Glose de Robert
Sorbon.
Imitation en francais.
On en attribue encore une au célèbre Robert Sorbon (1). Les gloses sont interlinéaires et marginales , plus courte; encore que les précédentes , surtout vers la fin de l'ouvrage et ne donnent que de simples indications.
La vie de Sorbon est trop connue pour qu'il en soit parlé ici; aucun bibliographe, que nous sachions, ne lui attribue ce livre.
Il existe encore sans doute d'autres commentaires d'après les indications de divers catalogues , mais ils ne sont pas venus à notre connaissance.
Legrand d'Aussy a signalé une traduction ou plutôt une imitation en vers français de ce poème (2). Il en donne une ample analyse et vante beaucoup la facilité de la versification qui ne manque pas d'une certaine élégance.
Nous y trouvons bien des rapports avec le Ludus d'Adam de La Bassée. 11 y a aussi beaucoup de chansons , un portrait de la nature tiré du De Planctu. Noys ou Sophia y prend aussi la place de Prudentia. Il semble enfin que l'un des imitateurs ait
(4) Manuscrit de la bibliothèque impériale, no wir MCCC sur papier, écriture du XVe siècle, acquisition nouvelle : Zncipit glosa magistri Robert: de Sorbona. On y trouve encore en tête le sommaire de l'édition De Visch (quia in hoc opere). A la fin se liseut ces vers qui sont aussi dans le manuscrit de Gilbert d'Auxerre :
Ut rosa flos florum : sic est liber iste librorum Metra modernorum superans et metra priorurm ; Vernat enim florum specie cultuque colorum , Plenus sanctorun doctrinis philosophorum.
(2) Labbe , dans sa Bibliothera manuscripta , 1. c. et De Visch dans sa bibliothèque de Citeaux, 1. c., en avaient déjà fait mention, La note de Legrand d'Aussy se trouve daus les notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque nationale, publiée par l'Institut, t. V(an VI), p. 546 : Notice sur un poème intitulé l'Anticlaudien , n° 7632, velin , f.° p.e qui parait avoir fait partie de la bibliothèque de Charles V ou de son fils Charles VT.
eu connaissance du travail de l'autre; maislequel est le premier, c'est ce que nous ne pouvons savoir , Legrand d'Aussy n'ayant pas pris soin de préciser la date de l'ouvrage qu'il avait sous les yeux.
À la fin de ce livre, contrairement à l'ouvrage d'Alain, le héros se retire dans un monastère nommé Conscience. Cette observation et quelques autres aussi légères font penser à Legrand d'Aussy que l'auteur de cette traduction est un moine franciscain.
XXXVU. De planctu seu de conquestu naturæ seu Enchiridion de
DePlanctu naturis rerum seu contra vitium Sodomie (1). naluræe.
Éditions. On croyait universellement cet ouvrage inédit, à tel point
que De Visch lui-même s'est servi de manuscrits pour sa reproduction ; pourtant, Hain en avait eu une édition sous les yeux-(2). La Patrologie a suivi De Visch, cependant Leyser avait reproduit avec d'heureuses corrections quelques poésies extraites de ce livre (3).
Ana'se. Ce poème en prose mêlé de vers de différents rhythmes a eu quelque célébrité (4). Nous en avons donné dans l'introduction
nn dm
(4) De planctu naturæ, cité par Henri de Gand et Trithème, 1. c.. De Conquestu ou même De Conquestione naturæ, divers manuscrits, De natura et virtutibus necnon de complanctu naturæ. Manusc. de l1 biblioth. de l’école de médecine de Montpellier. 7'ractatus contra vitium Sodomiæ, D’autres manuscrits. Enchiridion de naturis rerum, D'autres encore, (Zn lacrymas risus). |
(2) Hain. Repertorium bibliographicum, il cite : De planctu naturæ Lyptzik (sic) per ÆArnoldum Coloniensem. Anno gratiæ ; 1498, in-40. Sentfleb, dans son excellente édition des Paraboles d'Alain (voir ci-après, page 131, la mentionnait déjà,
(3) Leyser. ist. poet, med, ævi, p. 1045.
(&) Robert Helkot, auteur estimé du XIVe siècle, cite dans ses Lectiones in sapientiam, cap. X, ce poème avec grands éloges.
une analyse suffisante, d'autant plus que l’auteur n'a pas été: toujours fidèle à sa promesse d'embaumer dans le miel des paroles l'indignité des idées. {(Vitiosum fœtorem imbalsamare mellifluo) (1).
Léon Allatius , au témoignage de De Visch et de Leyser, se proposait de commenter cet ouvrage. Son travail n'a pas vu le jour. Il en est de même de celui d'Henri Muhlphort , dont parle Sentfleb (2). |
Simler ne pensait pas que ce livre fût de notre Alain , mais il ne donne aucune raison qui puisse infirmer les nombreux manuscrits et le témoignage de Trithème (3).
xxxvuxL /n Apocalypsim (4).
In Apoca- Un manuscrit de la Bibliothèque impériale attribue à Alain
lypsim. des vers sous ce titre qui sont en effet dans son goût et sa maee nière. On y retrouve son vaste savoir, ses allusions relatives à de tous les arts, ses appréciations sagaces de divers philosophes, ce livre, et enfin un sujet analogue à celui du De Planctu, puisqu'il s’agit encore d'une apparition de la Nature au poète. Quant à l'interprétation de l'Apocalypse , elle tient peu de place , les
vices du temps en occupent beaucoup plus.
D'autres manuscrits attribuent ces mêmes vers à Gauthier
(1) Voir plus haut, page 12, notre analyse.
(2) De Visch, Leyser, Sentfleb, 1. ce.
(3) ÆEpitom. biblioth. Conrad. Gessneri.
(&) In Apocalypsim (a tauro torrida lampade cinthii), Il n'est cité nulle part, Nous l'avons trouvé manuscrit à la bibliothèque impériale sous le no 111 MCCLX VIII, faisaut partie d'un volume sur papier qui conlieut divers ouvrages et provient du fonds Colbert, écriture du X Ve siècle.
Oculus
moralis.
Map, et ils se trouvent en effet dans les recueils de ce célèbre auteur. On les a même imprimés sous son nom (1).
C'est ce qui paraît en cffet le plus vraisemblable. Aucun des contemporains d'Alain de Lille ne lui attribue un pareil ouvrage. Trithème lui-même ne cite rien qui ait le moindre rapport avec ce livre , et bien qu'on trouve quelques caractères qui ont pu tromper les collecteurs de manuscrits, cette indignation contre lo clergé en général, ces invectives excessives ne sont nullement dans les habitudes ni dans l'esprit du docteur universel. Nous ne citons donc ces vers qu'à titre de renseignement.
Oculus moralis (2).
” Ce poème est resté tout à fait inconnu. Il existe un ouvrage en prose portant le même titre qui réside en manuscrit dans quelques bibliothèques, mais qui tout aussi érudit que les ouvrages d'Alain, paraît postérieur à l'âge de ce philosophe. Généralement, dans les livres qui portent ce titre, l'âme est comparée à l'œil, l'intelligence à la vision.
L'Histoire littéraire de France pense que c'est le Liber parabolarum ci-après , mais ne donne pas de raison péremptoire à l'appui de son opinion ; Sander et Fabricius au contraire, distinguent les deux ouvrages.
(1) Notamment dans les : De corrupto ecclesiæ statu poemata, publiés par Math. Flaccius. Basileæ , 1556. Ils y figurent sous ce titre : Apocalypsin Goliæ pontificis super corrupto ecclesiæ statu. Ce Golias est le pseudonyme favori de Gauthier Map. Lls figurent de même dans les Lectiones memorabiles de Joh. Wolf, 1600. On croit aussi que cette poésie a été imprimée séparé ment dès 1540 et 1623. Nous puisons ces détails dans Leyser, hist. poet. med. œvi, qui attribue également cet écrit à Map. On l’a aussi attribué à Gauthier de Châtillon.
(2) L'Incipit manque. Ce poème est cité par Fabricius, 1. c. — Sandeus, 1. c. |