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XIV. Parabolæ. Sans autre indication

XV. Epistolæ. Bien qu’il paraisse en avoir existé tout un recueil, on n’en connait que deux: l'une adressée à Guillaume , prince d’Afflighem ; l’autre à Lambert, évêque d'Arras. La dernière , publiée par Baluze, dans ses Miscellanea, tome V, p. 345 et 393, est reproduite dans la Patrologie.

Quant à divers traités attribués à Odon , tels que : Deorigine animæ, de corpore et sanguine Christi, ce ne sont-sans doute que des extraits du De Peccato originali, et de l’Expositio missæ. Le De incarnatione, cité par quelques auteurs, est une compilation faite par Herimann de divers docteurs de l'Eglise, Odon ÿ compris.

C'est encore plus légèrement qu'on attribue à notre docteur une Jntroductio in theologiam, contenant des textès hébreux ; une Expositio de numero ternario, des Commentaria in psalmos , dont les auteurs ne sont pas connus , et aussi quelques ouvrages, tels que : le Collationes, le De translatione sancti Martini, quisont d'Odon , abbé de Cluny , personnage tout distinet de celui qui nous occupe.

qu'Odon fait triompher ses idées, Aussi croit-il devoir s'en excuser profondément , car la foi n'a pas besoin de pareils aides. Il n'a voulu par là qu'éclaircir le sujet. Il n’a eu en vue qu'une méthode d'enseignement et non de démonstration (1).

Il examine d'abord comment il se fait que certain mal peut provenir de Dieu, ainsi qu’on le voit par l'écriture sainte et par la réflexion. Il faut distinguer le mal qui provient de l'injustice , celui-là ne peut être l'œuvre de la divinité. Mais le mal qui est une conséquence de la justice, la peine qui frappe le pécheur, par exemple , vient de Dieu luimême. |

Sur le premier point de cette distinction , sur le mal qui provient de l'injustice , l'auteur suit la théorie de St.-Augustin, si brillamment reproduite par Leibnitz, que le mal n'est pasune réalité (2), que ce n'est qu’un caractère du fini, une privation du bien (3). Il combat sur ce point les Manichéens. Quand donc le pécheur est puni , il ne l'est pas à cause de l'injustice , qui n’est rien par elle-même , mais à cause de l'abandon de la justice, qui est une réalité (4).

Il se demande ensuite pourquoi nous sommes punis de la faute d'Adam. C'est que nous avons péché en lui. Comment cela ? Comment étions-nous en lui? En corps ? Il est évident que le nôtre vient du sien , mais ce n'est pas le corps quipèche, car la faute ne peut être que dans la volonté. En esprit ? Notre âme vicndrait-elle de la sienne, de la même manière ?

Odon combat ici cette opinion, qui paraït avoir eu à cette époque des partisans assez sérieux pour que ce traité soit consacré en grande partie à les réfuter. On sait que cette hypothèse sur l'origine de la substance spirituelle venait d’Aristote, qui prétend que l’âme d'Achille provenait de l'âme de Pélée. Elle était opposée à l'hérésie d'Origène, qui croyait, avec Platon, à la préexistence de l'esprit et au dogme catholique qui

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(1) Non feciut muniren , sed ut docerem. De peccato originali. Infine. (2) Nihil est. ibid. | (3) Tantum privatio boni. ibid

{4) Pro justitia deserta. ibid.

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proclame la création. Odon embrasse ce dernier avis que St.-Thomas. doit plus tard développer si complètement. Les partisans de la transmission héréditaire de l'âme (1}s’appuyaient surtout sur cet argument spécieux : Le corps, inerte de sa nature , ne peut engendrer par luimême , si l'âme ne lui donne pas sa force productive (2). Cette puissance donc se sépare de la substance immatérielle, passe dans le corps, et de celui-ci dans la nouvelle créature. Or, en fait d'êtres incorporels. ce qui se dit de la partie se dit évidemment du tout, puisque l'absence de parties distinctes est précisément le caractère de l'incorporel. Donc l'âme tout entière passe dans la nouvelle créature.

Odon répond que la semence répandue par la volupté tient , il est vrai, de l’âme sa force de propagation ; mais cette force n'en réside pas moins dans le corps, rien que dans le corps , seulement elle. y est inerte. Et ce n'est pas la substance même de l'âme qui vient y donner le mouvement , car rien ne peut émaner , se détacher d'une. substance simple (3), mais c’est seulement une action , une influence, un effet.

Ainsi, nous étions en Adam, mais non pas en esprit, comme nous v étions en corps, car Dieu crée une âme pour chaque créature naissante. Nous y étions en tant que nature humaine, car celle-ci se trouvait alors réduite à deux individus, lesquels ayant péché , toute. la nature humaine s’en est trouvée infectée, et naturellement est restée la même depuis lors (4).

Voilà comment on trouvait moyen de baser une théorie du péché originel toute conforme aux dogmes sur des arguments dont nous n'avons pas à apprécier la valeur et dont nous ne voulons que signaler le caractère purement humain. C’est un des plus curieux spécimens que nous connaissions de la méthode de cetemps , telle que nous l'avons. signalée ci-dessus.

(1) Propagatores animæ ex traduce. Id.

(2) Vis vegetativa , vis propagativa. Id.

(3) De simplici natura nihil potest emanare. Id.

(4) Et, quia humana anima tota est in Adam obnoxia peccato , sine peccato non potest ad alias personas transferri. [d.

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La rivalité de l'école de Lille et de l'école de Tournai paraît avoir été assez vive : les élèves se sentaient attirés de part et d'autre par le talent des professeurs. On en peut juger par une anecdote souvent racontée (1), mais qui peint trop bien l'esprit du temps pour être omise ici. Un chanoine de Tournai, du nom de Gualbert , qui fut plus tard religieux du couvent de St.-Martin, puis abbé dans le diocèse de Châlons, fatigué d'entendre tour à tour exalter l'un et l’autre de ces deux maîtres, alla trouver un devin (2), sourd et muet, mais fort estimé en ce pays. Celui-ci, lorsque l’objet de la consultation lui eut été exposé parsignes, montra d'abord l'école réaliste d'Odon et fit avec la main le simulacre d’une charruë qui fend la terre, sans doute pour désigner la fécondité de cette doctrine; puis, se tournant du côté de l'école de Lille, il se contentaæ de souffler sur son doigt, pour en exprimer la vanité.

Le chroniqueur qui nous renseigne ainsi est naturellement de l'avis du devin et exalte Odon , mais il ne nous cache pas quel tort lui causäit le voisinage de Rainbert. D'ailleurs , il ne faut ajouter qu'une demi-confiance à ces moines parlant de l'honneur de leur couvent. Ne voyons-nous pas, à la même époque à peu près, et dans un pays tout voisin, un religieux d'Anchin nous raconter les triomphes que rem porta un de ses abbés, aujourd’ hui presqu'oublié , saint Gossuin, sur l'immortet Abeilard. Il est vrai qu'ayant sous sa discipline, au monastère de St.-Médard de Corbie, le grand philosophe, qui venait d'être condamné au concile de Soissons, Gossuin employa comme dernier moyen de persuasion la menace du fouet ( 3). Il ne faisait en cela qu'appliquer la doctrine d’un autre saint, plus célèbre, saint

(4) Chronique d'Herimann. Buzelin , qui ne l'a pas fidèlement pren Derode et les autres historiens lillois.

-(2) Pythonicum. Chronique d'Herimanu,

(3) Vita sancti Gossuini , écrite par un contémporain , et publiée dans plusieurs recueils.

Bernard, qui ne trouvail pas injuste ce mode de réfufatioa {1 ; à l'égard de ce même Abeilard. |

Au dernier siècle on s'est beaucoup raillé, même à Lille, de la scholastique et de ses discussions. Le chanoine Montlinot (2) s'est fait l'écho de ces reproches.

Un autre religieux, Wartel (3), de l'abbaye de Gvsoing, a répondu à Montlinot que les efforts des philosophes les plus estimés parmi les modernes, n'ont pas été employés à autre chose qu'à chercher la solution de ces mêmes questions qu'agitait Rainbert ; les uns comme les autres se sont préôccupés de l'origine des idées et les travaux de nos contemporains n’ont pas plus mis fin aux discussions que ceux du premier professeur de St.-Pierre.

Wartel citait, à l'appui de ces observations, l'autorité de Gondillac (Essai sur l'origine des connaissances humaines), qui trouve la thèse des nominalistes très-bonne. Il est certainement fort curieux de voir alléguer une pareille autorité pour la défense du moyen-âge.

Du reste, pour réfuter ce que l'on a dit de l'enseignement de cette époque , il suffit d’en constater les résultats. Des deux écoles rivales que nous venons d'étudier, sortirent de grands philosophes (4), des

(4) An non justius os loquens talia fustibus tunderetur , quam rationibus refelleretur, Sancti Bernardi Epistola CXC adInnocent. Pap. dicta tractatus de erroribus Abelardi. Tome 2, p. 1454 de l'édition de Mabillon.

(2) Histoire de Lille, depuis sa fondation jusqu'en 1434, par M. C. D. G. P., etc. (Montlinot, chanoine de St.-Pierre}. Paris. Panckoucke, 1764 , in-42 , chap. 4 de Raïnbert et de l'école de Lille, p. 77. On peut consulter sur Ja vie agitée de Montlinot , une notice de M. Silvy, mentionnée dans le second cahier des séances publiques (1807), de la Société d'amateurs des sciences et des arts de Lille, p. #3, au tome Î des présents mémoires. Et dans les Archives historiques et littéraires du nord de la France, première série, tome 11, p. 133. nouvelle série, tome JE, p. 394.

(3) Etienne Wartel , Observations sur l'histoire de Lille , par M. W.

(4) Ce sont évidemment les collégiales de nos deux villes qui ont formé Simon de Tournai, Alain de Lille, et Gauthier de Châtillon. Pour Alain de Lille, voy. Mém. de la Societé des sciences, tome TL, cahiers des séances publiques, cah. 1 , p. 54, cah. 2, p. 52, cah, &, p. 89, et notre notice, vol. 29 (1819) p. 709, à laquelle

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hommes éminents, et on peut attribuer sans hésiter la quantité consi-

« dérable de prélats(1\, desavants, de poètes et d'artistès distingués que Lille et Tournai produisirent au XIL.® et au XIIL.° siècles à l'élévation de l'enseignement dirigé par les maîtres dont nous venons de parler. Nous avons dit ailleurs quellegrandeur respiraient les caractères de ce temps.

nous nous proposons de faire de considérables additions. Pour Gauthier de Châtillon, voyez l'Histoire littéraire de France , vol. XV, p. 190, et les Archives du nord de la France , série II, vol. 1I, un Mémoire de M. Darimon. Du reste , dans l’une et dans l'autre , sérieusement étudié comme poète , il n’est guère apprécié comme

philosophe,

(4) Voyez dans les ouvrages historiques qui concernent la collégiale : la vie d° Lambert de Guines, évèque d'Arras ; Jean de Warnêton , évêque de Thérouanne ; Foulques Van Hutten-Lhove, qui refusa de prècher la croisade contre les Albigeois ; Jean, fils de Guy , comte de Flandre , évêque de Metz, puis de Liège, où il lutta avec le peuple contre la noblesse, etc., etc.

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