‹ Albert de Mun et le Parti Catholique: Thèse Complémentaire Présentée Pour le Doctorat ès LettresChapitre 43 sur 54 · LES RÉACTIONS · texte numérisé non relu

LES RÉACTIONS

On peut discerner dans le désistement d'Albert de Mun trois réactions caractérisées : la soumission, le sacrifice, la confiance dans l’idée du parti catholique. Après son désistement, il tint à exprimer sa soumission par une lettre au Cardinal Parocchi, destinée à être mise sous les yeux de Léon XIII. Nous n’en connaissons pas les termes, mais ceux de la réponse du Cardinal ne laissent aucun doute sur ’élévation d’esprit avec laquelle de Mun avait exprimé au Pape son absolue obéissance. Léon XIII en fut « consolé, édifié, ému »?2. Le Cardinal Guibert, archevêque de Paris, — dont c’est la seule intervention connue dans cette circonstance — envoya aussi sa bénédiction à de Mun.

Pour immédiate et totale qu’elle fût, la soumission n’en fut pas moins douloureuse à de Mun, d’autant plus douloureuse même que rien dans la lettre du Nonce n’avait blämé l’idée.

À Mackau il écrit dès le 9 :

4. Copie de la lettre figure au dossier Grandmaison. 2. P. V., 9 décembre 1885. Lettre du Cardinal Parocchi lue en séance :

« Monsieur le Comte,

« Sa Sainteté me charge de vous envoyer ses plus cordiales bénédictions et pour la générosité de votre sacrifice et pour la très belle lettre que vous venez de m'écrire, lettre que j’ai présentée ce soir au Saint-Père pour sa consolation.

Vraiment, il en fut comme moi consolé, édifié, ému, et moi comme le digne successeur de Saint-Pierre, je désire que croisse tous les jours dans cette noble France la génération des héros «per quos salus fiat in Israel»,

412 ALBERT DE MUN El LE PARTI CATHOLIQUE

Mon cher Ami,

Le sacrifice est consommé sans réserve. Dans cette grande douleur, c’est une immense consolation de sentir plus fortement que jamais la présence de l’unité catholique garantie par l’obéissance au Pape. 1

Et le 20 novembre il redit à Geoffroy de Grandmaison sa confiance dans l’idée :

Oh certes, mon cher ami, je n’ai pas douté de vos sentiments et de votre affectueuse sympathie. Mais l’idée n’est pas tombée. Non, elle reste et fera son chemin... Le pape n’a blâmé ni l’idée ni le programme... l’opportunité seule a été contestée. Vous verrez qu’on y reviendra. Les hommes ne sont rien : Dieu n’en a pas besoin et il importe peu que je sois ou non le chef du Parti Catholique : l’idée même, le groupement des forces catholiques sur le terrain politique au-dessus de tous les partis, cette idée-là répond à une nécessité. Il fallait qu’elle fût lancée et que quelqu'un se dévouât pour recevoir les premiers coups. C’est fait. Je ne regrette rien. Ayons courage et confiance : soyons humbles et fermes, détachés de nousmêmes, obéissant au Pape jusqu’au dernier sacrifice et travaillons uniquement pour Dieu et pour l'Eglise. Pour le moment, je reste ici ? ne croyant pas que j’aye rien de mieux à faire après cette secousse.

Officiellement le silence se fit sur le parti mort-né. Cependant à travers quelques documents conservés par de Mun lui-même, nous pouvons discerner trois sentiments qui s’exprimèrent durant les semaines qui suivirent le désistement.

C’est d’abord l’admiration que souleva un peu partout le geste d’obéissance immédiate. « Loin d’être amoindri, écrivait Maurice Maignen, vous n’en serez que plus respecté de tous » #, L’évêque de Pamiers assura de Mun qu'il avait suivi avec « admiration » ses vaillantes luttes.

«M. de Mun est maintenant sacré chef incontestable du

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