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donner en outre, en cas de danger, notre vie et notre sang pour la très glorieuse, très haute maison d’Autriche.

Toutefois l’affaire se trouve, comme vous le savez, dans la condition suivante : feu mon cher père a stipulé par testament que madame ma mère fût investie, sa vie durant, de tout bien et avoir. D’ou il ne faut pas conclure que les tableaux y soient compris. Quoi qu’il en soit, il ne nous sied pas à nous, enfants obéissants, de nous opposer à nos parents et à notre mère. Aussi me semble-t-il bon que M. Joachim Kœnig écrive à madame ma mère et négocie avec elle son consentement et la cession des tableaux. Je ne doute pas qu’elle ne consente; il me semble qu’elle n’attend que pour avoir l’honneur d’être sollicitée. (Les vieillards sont si singuliers!) Je suppose même que mon frère Philippe veut céder, lui aussi, sa part à Sa Maj. Imp. Rom.

Veuillez donc informer madame notre mère, par la même lettre, que nous deux, mon frère et moi, avons d’ores et déjà concédé nos parts à Sa Maj. Imp. Rom.

Si vous vouliez bien nous prêter votre concours pour que le domaine Petschau nous soit acquis, vous nous rendriez un service particulier. Veuillez essayer la chose; quant à moi, je suis toujours disposé à vous servir.

Sur ce, soyez recommandé à Dieu tout-puissant !

Datum Nuremberg, le 5 oct. A. i 588.

Votre dévoué,

WlLLIBALD ImHOF.

REPONSE DE LA VEUVE WlLLIBALD IMHOF A SA MAJESTÉ IMPÉRIALE'

Sérénissime, très puissant et très invincible Empereur Romain!

Très gracieux Seigneur!

Que Votre Majesté lmp. Rom. daigne tout d’abord agréer ma pauvre, mais ardente prière que j’adresse à Dieu pour son heureux et long règne, ainsi que mon humble obéissance.

C’est avec humble révérence et obéissance que j’ai reçu, ces jours-ci, par mon fils Philippe Imhof, la très gracieuse lettre de Votre Maj. Imp. Rom., datée du 21 décembre et que j’ai pris connaissance de sa teneur, comme il

i. Il ressort de cette réponse que, selon la demande de Willibald Imhof fils, une lettre impériale avait été adressée à la veuve Imhof.

PIECES JUSTIFICATIVES

convenait, lettre dans laquelle Votre Maj. Imp. demande très gracieusement que je consente, comme mes fils, à l’envoi à Votre Maj. Imp. Rom. des sept objets d’art peints, tableaux désignés dans ladite lettre de Votre Maj. Imp.

Ensuite, vis-à-vis de Votre Majesté, je la remercie avec soumission et humilité de la très haute grâce impériale qu’elle m’a témoignée en me faisant écrire personnellement, alors qu’il eût suffi que ce marché fût conclu verbalement par mon fils susnommé. Je laisse encore à penser à Votre gracieuse Maj. Imp. que, pour ce qui concerne ma seule personne et à mon âge, je n’ai point à me soucier beaucoup de pareils objets auxquels, d’ailleurs, je ne comprends rien, mais qu’ici d’autres raisons s’imposent à moi, vu que ces œuvres d’art ont été, pendant de longues années et à grands frais, avec beaucoup de travail et de peines, amassées par feu mon cher maître. Il aurait pu vraiment, à plusieurs reprises, obtenir, comme prix de ces tableaux, de grandes sommes et des faveurs de la part des électeurs et des princes, voire des potentats étrangers; mais à tout cela il a toujours préféré l’art et considéré ces morceaux comme son plus cher trésor. En outre, dans sa dernière volonté, il a ordonné qu’ils devaient, pour l’honneur de la famille Inthof, rester pour toujours dans la maison et qu’ils ne devaient jamais en être séparés; ce qu’ont dû promettre d’observer, en jurant fidélité, quelques-uns de mes fils qui étaient alors auprès de lui.

Malgré tout cela, comme moi et les miens susnommés avons remarqué le gracieux désir et penchant de Votre Maj. Imp. pour ces morceaux déjà mentionnés, nous ne voulons aucunement de notre côté en priver Votre Maj. Imp., notre très clément seigneur, et nous nous sommes entendus entre nous à l’amiable pour les lui envoyer sans retard. Nous avons donc aussitôt remis le livre d’art entre les mains du porteur de la présente, notre bon et intime ami, l’honorable Joachim Kœnig, déjà prêt à partir, afin qu’il l’emporte avec lui et le remette très humblement à Votre Maj. Imp. elle-même. De même, nous avons fait très soigneusement emballer et serrer les autres tableaux, et comme lui, Kœnig, n’avait ni la place ni l’occasion d’en charger sa voiture, nous les avons remis à un voiturier qui doit être à la date d’aujourd’hui en route, et celui-ci devra les remettre, dès son arrivée à Prague, à ce Kœnig, des mains duquel Votre Maj. Imp. daignera enfin les recevoir.

Datum Nuremberg, lundi 3o déc. A. 88.

De Votre Maj. Imp. Rom., la très humble et très obéissante,

Anna, veuve Willibald Imhof,

née H ARSDŒRFERTN.

Suivent les numéros que nous possédons :

r. Un tableau de madone d’Albrecht Dürer, regardé comme le meilleur ouvrage qu’il ait jamais produit, et pour lequel on a pu avoir d’un cardinal, il y a beaucoup d’années, 5oo ducats.

2. Un Salvator, le dernier morceau qu’il ait fait; n’est pas complètement achevé.

3. La Descente de croix, grand panneau, et la Résurrection du Christ, à l’huile.

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