‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 134 sur 163 · Albertine · texte numérisé non relu

Albertine

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tout particulier pour l'étude de ses dessins. La seule année passée en Flandre (juillet i5eo à juillet 1 5 2 1 ) nous fournit autant de matériaux que plusieurs des années les plus fécondes de notre maître. On peut partager ces dessins en deux séries : les uns, au fusain ou à l’encre de Chine, de format in-40 sur fond blanc ou sur papier préparé d'un ton gris violacé, sont, pour la plupart, autant de portraits demandés à Durer par des admirateurs de son génie; les autres, à la pointe d’argent, de moindre dimension, petit in-8°, sur papier préparé, d’un ton légèrement jauni, à forme oblongue1, faisaient partie d’un carnet de voyage que Dürer rapporta à Nuremberg, et dont les précieux feuillets ont été, après sa mort, dispersés un peu partout. On n’en connaît guère aujourd’hui qu’une quinzaine environ. Les œuvres de ces deux séries doivent être comptées parmi les morceaux les plus remarquables de notre maître.

Dürer quitte Nuremberg le jeudi après la Saint-Kilian (12 juillet), pour se rendre à Anvers où il croyait avec raison trouver, en même temps qu’une hospitalité chaleureuse, des acheteurs pour ses œuvres, des sujets d’étude nouveaux et variés, et la société de maîtres renommés. La réputation de la cité flamande était solidement établie, tant par l’illustration des artistes qui l’habitaient que par la richesse de ses monuments et l’abondance des chefs-d’œuvre qui les décoraient. Anvers était à l’apogée de sa prospérité commerciale ; on y faisait, disait-on, plus de négoce en une semaine qu’à Venise en une année, et les armateurs et les marchands employaient volontiers une partie de leurs faciles bénéfices à la satisfaction de leurs goûts artistiques. « A Anvers, écrit Dürer, on n’épargne point les frais pour les choses d'art, car l'argent ne manque pas. »

1. Quelques-uns de ces feuillets portent un numéro de pagination; ainsi la vue des environs de Delft est marquée du chiffre 46, et le dessin des bateaux de pêche du chiffre 48. Le nombre des feuillets de ce carnet était, on le voit, assez considérable.

Les principales étapes de Nuremberg à Anvers furent : Bamberg, où Durer offre à l’évêque Georges III une peinture de Marie, la Vie de la Vierge, une Apocalypse et des gravures sur cuivre « valant un florin », et reçoit en échange un utile laisserpasser de douane et quelques lettres de recommandation; Francfort, où Jacob Heller, pour qui il avait fait le célèbre tableau d’autel, lui présente le vin d’honneur; Mayence, où il est comblé d’hommages et de présents; Cologne, où il est bien accueilli par son cousin Niklas Durer, orfèvre, et par Jérôme Fugger, de la famille des riches banquiers d’Augsbourg. Enfin, le 2 août, il entre à Anvers et son aubergiste Jobst Plankfelt le mène aussitôt chez le bourgmestre dont la maison grande et bien distribuée excite l’admiration de Durer qui déclare n'avoir jamais vu la pareille dans les pays allemands. Le lendemain, les peintres de la ville l’invitent à dîner, avec sa femme et sa servante, dans la salle de la guilde, et Durer se montre ému et quelque peu fier des honneurs qui lui sont rendus par tous les convives : « Ils avaient une vaisselle toute d’argent et beaucoup d’autres choses précieuses. Le dîner était exquis. Toutes leurs femmes étaient présentes et lorsqu’on me mena à table, l’assemblée se tint debout des deux côtés comme si on conduisait un grand seigneur. Il y avait parmi eux des personnages de très haute qualité qui se courbaient devant moi de la plus gracieuse manière et disaient qu’ils voulaient autant que possible faire tout ce qu’ils savaient m’ètre agréable. Et quand je fus assis, arriva le messager du conseil des messieurs d’Anvers (le syndic de la ville), avec deux valets, et il me fit présent, au nom de messieurs les conseillers, de quatre pots de vin, me disant qu’ils voulaient m’honorer par là et me témoigner leur bienveillance. Je leur transmis mes humbles remerciements et leur offris mes humbles services. » Après le festin on le reconduisit aux flambeaux.

Dans la foule qui se pressait autour de lui, Durer rencontre

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