‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 25 sur 163 · D’ALBERT DURER LE PÈRE · texte numérisé non relu

D’ALBERT DURER LE PÈRE

Brilisli Muséum.

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authentique est précieusement conservé à l’Albertine de Vienne. L’inquiète vigilance de la bête, la mobilité brillante de l'œil aux aguets, le dressement des oreilles au moindre bruit alarmant, le hérissement des poils, souples cependant et moelleux, le pelotonnement de tout le corps qui se ramasse pour un saut vigoureux, en un mot les attitudes épeurées du craintif animal n’ont jamais été rendues avec tant d'observation, de verve et de science à la fois. Et cela sans effort, sans travail pénible, sans les longues retouches d’un pinceau trop minutieux; mais d’un seul coup, d'un seul jet, avec la puissance créatrice du génie qui ne se reprend pas et ne se corrige pas.

Ce qu’il y a de plus curieux dans ces reproductions, c’est la conception si moderne de la nature végétale et animale. Dürer voit les objets avec une vérité originale d’autant plus frappante qu'autour de lui l’étrange parti pris du temps avait de tout autres façons d’envisager la nature. Cette qualité dominante se retrouve dans les portraits de l’artiste qui, loin de chercher à embellir son modèle par une préoccupation d’idéal ou de flatterie altérant toujours la vérité, s’attache au caractère intime et accuse les côtés saillants de la personne morale. La race, la nationalité, se révèlent de prime abord ; la pensée qui animait le modèle au moment précis où il a été dessiné est traduite avec l’instantanéité du premier coup d’œil; on sent que la main n’a pas hésité, qu’elle a promptement, immédiatement saisi et fixé le sentiment vrai du modèle. De là, à côté d’une extrême délicatesse, ces traits vifs, sommaires, précis, et comme à l’emporte-pièce ; de là cet oubli volontaire des détails toujours sacrifiés à l’effet d’ensemble.

Les années qui nous occupent sont fécondes en œuvres de cette espèce. Citons le très intéressant portrait en buste du père de Dürer, au fusain (British Muséum), qui rappelle de loin celui des

Offices ; le vieux Dürer est revêtu de la houppelande de tous les

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jours et coiffé du bonnet fourré; la tête vigoureuse1, aux yeux largement ouverts regardant vers le haut avec un sentiment de grande douceur, aux cheveux flottants, est librement traitée et d’une facture plus franche que le portrait peint de Florence, exécuté peut-être de souvenir ; — une tête d’homme coiffé d’un bonnet, vue de profil à droite, le cou nu, la barbe rare, les yeux profondément retirés dans l’orbite, la bouche forte, les lèvres épaisses; c’est à tort, croyons-nous, qu’on a voulu voir dans ce saisissant portrait un homme bâillant ; l’expression est celle d’une angoisse poignante, entrouvrant la bouche en un cri de souffrance ; à la pierre d’Italie, monogramme et la date 1 5o3 (British Muséum) ; — un buste d’homme âgé, de profil à gauche, coiffé d’un bonnet qui laisse échapper quelques cheveux frisés, vêtu d’un pourpoint galonné, le menton appuyé sur la main gauche, la paupière baissée, les traits respirant une expression de grande fatigue; dans le haut une main droite tenant un petit vase dont le couvercle est orné d’un bouton; esquisse à la plume, d’un grand caractère, sur fond rougeâtre (collection de M. Blasius) ; — le portrait de Pirkheimer2 de profil à gauche, coiffé d’une résille, d’une expression sensuelle et bourrue, les traits gros et communs, éclairés cependant par l’œil qui est intelligent et vif ; enlevé avec une rare maestria en peu de traits de pointe d’argent, sur papier préparé (collection de M. Blasius); —un autre por-

1. Ce portrait a dû précéder de très peu de temps la mort du vieux Durer. — Voy. aux Pièces justificatives, n° 2, un fragment de Durer sur la mort de son père.

2. Reproduit par M. Thausing, p. 242. Pirkheimer est coiffé d’un bonnet qu’on portait alors à Nuremberg et à Augsbourg. Nous retrouvons cette coiffure dans le portrait de Jacob Fugger par Hans Burgkmair, et sur la tête de Jacob Scheurl, dans la gravure sur bois de Durer (Heller, 2014). En haut du portrait de Pirkheimer on lit ces mots grecs que nous ne pouvons traduire : àpos'vo; rfi tpoXvi i; toy t7J6«tov, empruntés sans doute, comme le remarque M. Brandis, de Bonn (notes manuscrites sur le catalogue Hausmann), à quelque comédie d’Aristophane, un des auteurs favoris de Pirkheimer et de certains membres de sa famille. Deux de ses neveux, les Geuders, sous la direction du Grec Iryphon, expliquaient spécialement Lucien et Aristophane, en compagnie d’Ulrich de Hutten. (Voy. Strauss, Ulrich von Hutten, I, 168.)

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