‹ Albert Dürer et ses dessinsChapitre 78 sur 163 · Au verso, trois croquis de l’armure du cheval · texte numérisé non relu

Au verso, trois croquis de l’armure du cheval

2. Lettre de Maximilien au Conseil de Nuremberg, Landau, 12 décembre 1 5 1 2 (demande d’exemption de l’impôt communal en faveur de Dürer) ; privilège de l’empereur Maximilien en faveur de Dürer, Inspruck, 6 septembre 1 5 1 5 ; lettre au Conseil de Nuremberg, Augsbourg, 8 septembre 1 5 1 5 (payement de 200 florins à Dürer); ces trois documents ont été donnés par nous, comme pièces justificatives à la fin de notre Étude sur le Triptyque d’Albert Dürer. — Correspondance entre Maximilien et Pirkheimer en 1 5 1 8. (Voy.Thausing,p. 397 et suiv. et du même auteur Dürer's Triumpfwagen und sein Antheil am Triumpfquge Kaiser Maximilians /, dans Mittheilung. der Centralcom. XIII, p. 1 35 ; Die Laurea qum Triumpfquge Kaiser Maximilians T, dans J ahr bûcher fur Kunstrviss . II, 175. — Die beiden Briefe Maximilians an Pirkheimer nach den Originalen neu mitgetheilt, ed. Goldast, Norimb., 1610, p. 172.)

ALBERT DÜ RE R.

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moment où l’œuvre fut interrompue par la mort de l’empereur (janvier 1 5 19 1).

En dehors de cette importante commande, Dürer illustre pour l’empereur un livre d’heures sorti des presses augsbourgeoises.

Ce chef-d’œuvre typographique fut achevé en 1 5 1 4, comme nous l’apprend la note qu’on ht à la fin d’un exemplaire conservé à Vienne :

Joannes Schonsperger Civis Au-

1. Pour ne pas scinder l’examen des diverses parties du Triomphe, nous en parlerons plus loin en un même paragraphe (voy. pages a5 i-256).

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gustanus imprimebat anno salutis mdxiiii, iii Kalendas januarii, et on en envoya aussitôt un exemplaire à Dürer qui dut se mettre à l’œuvre très promptement. Quarante-cinq feuillets sont ornés des dessins de notre maître; ils portent le monogramme et la date i5i5, apocryphes tous deux, mais qui cependant semblent en désigner l’époque exacte1; les huit derniers feuillets, quoique signés du dragon de Lucas Cranach, ne sont pas de lui, mais d’un élève inconnu de Dürer. Ces dessins à la plume, à l’encre verte, rouge ou violette, se répandent autour des marges du texte imprimé. Les sujets correspondant aux prières sont tirés des psaumes, de l’Evangile, des hymnes de l’Église ou des Vies des Saints. Nulle part le génie souple et varié de Dürer ne se dépense avec une plus incroyable profusion; rien de plus capricieux, de plus spirituel, de plus léger que les mille enroulements qui serpentent autour des versets sacrés; ici, des branchages de vigne, d’un sentiment gothique, s’enlacent en un fouillis de sarments, de grappes et de feuilles, qui se termine presque toujours par une sorte d’arabesque très ouvragée, formant cul-de-lampe au bas de la page et prenant les apparences d’un mascaron, prolongé parfois par de capricieux tortis; là, des animaux de toute espèce, souris, lapins, chiens, renards, ânes, chameaux, singes, aigles, pélicans, dans les postures les plus diverses et les plus étranges; ailleurs, des colonnes de style antique ou bien un pêle-mêle d’instruments de musique, de vases aux mille formes, de corbeilles remplies de fruits, de trépieds fantastiques, de masques encastrés dans des troncs d’arbres. Dans ces cadres d’une variété luxuriante sont disposées les figures prin-

i. Les dessins commencent au verso de la page 6 et se continuent jusqu au verso de la page 56; trois sont de moindre importance; les quarante-deux autres couvrent les marges presque en entier; après huit feuillets laissés en blanc, les illustrations reparaissent page 57 , et se continuent jusqu’au verso de la page 62, au nombre de huit, à l’encre rouge, avec la marque de Lucas Cranach au-dessus de la date i5i5, le bas du feuillet 61 présente un paysage à l’encre verte.

cipales, appropriées à la prière du jour et empruntées, selon le caprice de l'auteur, aux livres saints, à la mythologie, aux romans de chevalerie ou aux épisodes de la vie réelle. La plume magique court le long des marges avec une dextérité qui se prête sans effort à toutes les fantaisies de la pensée. On voit le maître s’abandonnant aux hasards heureux de l’inspiration, jetant sur le parchemin ses faciles conceptions : tantôt railleur plein d'une verve humoristique et folâtre, tantôt recueilli, ample et majestueux, grave commentateur de la prose sacrée,

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offrant partout le merveilleux spectacle d’une facilité qui ne se lasse jamais et d’une imagination que n’épuisent point les motifs les plus divers.

Durer suit le texte avec une entière indépendance, sans s’astreindre à un commentaire littéral, mêlant le sérieux au plaisant, le profane au sacré, la gravité religieuse à la bouffonnerie satirique. Ces libertés, assez étranges en un livre de prières, sont cependant dans le goût du temps; soit que la piété d’alors ne s’offensât pas de ces hardiesses, soit que l’esprit de libre censure, qui va triompher avec la Réforme, se fit déjà sentir dans les œuvres de la littérature et de l’art, ce mélange de dévotion croyante et de raillerie sceptique n’est rare ni au moyen âge ni à cette époque, et on le rencontre presque à chaque page du Livre d' Heures de Maximilien.

Durer veut-il commenter le psaume Contra potentes (p. 26), il représente le démon, symbole de la fausse grandeur, chassé du paradis par l’archange saint Michel, tandis que le Christ, image de la grandeur véritable, plane au-dessus dans sa calme omnipotence; au bas de la page, la fragilité de la puissance terrestre est figurée par un empereur couronné, assis sur un char traîné par un bouc que guide un putto chevauchant sur un dada. Veut-il rappeler l'homme au sentiment de ses misères [Propriété snœ fragilitatis cum gratiarum actione in Deum cognitio, p. 9), il nous montre un médecin malade examinant sa propre urine avec une inquiète attention. Ne nos indue as in tentationem (p. 34), dit l’oraison dominicale, et, à ce propos, l'irrévérencieux commentateur dessine un guerrier, debout sur des branchages, regardant de côté un oiseau chantant à plein gosier, et plus bas un renard jouant de la flûte et attirant par ses mélodies de crédules volailles. S’agit-il de célébrer la toute-puissance divine [Cantate Domino canticum novum ; psallite Domino in cythara et voce psalmi, in tubis ductilibus et voce

tubœ conieœ , p. 4g), Dürer rassemble un orchestre villageois, composé de naïfs virtuoses, l’un battant du tambour, les autres soufflant de toutes leurs forces dans de bruyants cornets.

Ailleurs, Dürer interprète les conseils que donne le psalmiste pour les circonstances difficiles de la vie : un séraphin lit patiemment des psaumes pendant qu’à ses pieds des hallebardiers se livrent une furieuse bataille ( Qiiando bellnm adeundum est, duo psalmi dicendi, p. 28); ou bien un chevalier dégaine contre la Mort, qui tient le sablier

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à la main ( Qiiicumque liane orationem dénoté dixerit, eadem oratio in agone mortis suœ sibi in memoriam veniet et adjumentum et consolationem prœstabit , p. 12).

A côté de ces fantaisies libres et railleuses, le Livre d’ Heures contient des figures de saints et de héros qui comptent parmi les plus nobles et les plus élevées qu’ait conçues notre maître. Tels sont saint Sébastien percé de flèches (p. 8); saint Jean écrivant l’Evangile (p. 17); la Trinité (p. 21); saint Maximilien, patron de l’empereur glorifié, tenant la crosse et l’épée, et portant la couronne impériale (p. 25); Hercule combattant les Harpies (p. 39); Marie en prière, couronnée par un ange, charmante de grâce et d’humilité ( Precibus et meritis beatissimœ virginis Mariœ, p. 5o); enfin, un séraphin aux larges ailes, agenouillé sur des nuages, dans l’extase d’une fervente prière ( Deus in adjutorium meum intende, p. 5q).

Le Livre d’ Heures est une œuvre s ni generis, un témoignage étonnant de la prodigieuse facilité de Durer; il porte sa date en lui-même : la Renaissance italienne s’y marie avec le gothique allemand; l’art nouveau, tout brillant de fraîcheur et de jeunesse, avec l’art ancien qui dit son dernier mot avant de s’éteindre. Cette alliance un peu hybride 11e gêne point le maître : les branchages gothiques encadrent naturellement et sans disparate les créations d’un style plus moderne, et cette harmonie dans le contraste donne à l’œuvre une saveur des plus piquantes. Quelque spontanée que soit cette manifestation unique du génie de Dürer, elle trahit certains souvenirs de compositions antérieures : ainsi on y revoit, non sans quelques changements nécessaires, les oiseaux du lac Stymphale de i5oo; la figure de saint Georges (B. 53); les deux anges du Samson de i5io, enfonçant dans un socle une colonne qu’ils soutiennent de leurs petits bras; la Trinité de 1 5 1 1 ; le Char triomphal de Maximilien, une femme endor-

mie sur une chaise , légère esquisse à la plume (cabinet des Estampes de Dresde) ; le Chameau du British Muséum; et le suaire de sainte Véronique dont le dessin (Albertine)1 estime étude pour la gravure, la Face de Jésus-Christ (B. 25).

On a quatre exemplaires du pieux livre imprimé par Hans

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