‹ Albert Grisar: étude artistiqueChapitre 7 sur 11 · I ^ I I I I I II II · texte numérisé non relu

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succès? Je ne sais quelle fut sa pensée à cet égard, mais je constate que le nocturne à deux voix qui porte pour titre : Les Deux Mariniers^ n'est autre chose que la mélodie : AdieUy beau rivage de France, transposée un ton plus haut et à laquelle une seconde partie a été ajoutée.

L'Arrivée du régiment a eu aussi son quart-d'heure de vogue et de célébrité. C'est une romance qui rappelle un peu le tour particulier de Frédéric Bérat, qui a le ton ému et ferme qu'on rencontre dans la plupart des jolies productions de cet ingénieux musicien-poëte. Mais l'idée est de seconde main et manque d'originalité.

En dernier lieu^ je citerai Jacqueline^ une gentille petite chanson, simplette et naïve, dont la mélancolie douce est tout à fait pénétrante.

Maintenant, il me faut signaler, outre les cinquante et quelques morceaux compris dans la liste citée plus haut (liste qui, je l'ai dit, n'a nullement la prétention d'être complète), quelques mélodies qui — jusqu'ici du moins — n'ont pas été publiées, et que j'ai

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eues récemment entre les mains. Ces mélodies ont toutes été écrites en Italie, à Tépoque du long séjour que Grisar fit dans ce pays.

En voici les titres :

1* — La Chèvre de Jeanne^ romance, paroles de Mme Adam-Boisgontier.

2^ — Sorrente^ paroles de (datée de

Rome^ 7 Novembre 1849).

3** — Le Lai de la Châtelaine^ paroles de.... (Rome, Octobre 1845).

4^ — La Fête de la Vierge^ paroles de

(Rome, 8 Novembre 1845).

5" — Le Conscrit romain, paroles d'Emile Grisar (Palerme, 23 Août i847),

6* — L'Ange gardien^ mélodie, paroles de (Palerme, 21 Novembre 1848).

^^ — Chanson de Roland (i), sur les pa-

(i)— Le 14 Pluviôse an XII (3 Février 1 804)^, Alexandre Duval faisait représenter au Théâtre-Français un drame en cinq actes intitulé : Guillaume le Conquérant, qui fut défendu administrativement après cette unique représentation, et dans lequel se trouvait une « Chanson de Roland, » dont la musique avait été écrite par Méhul. Ce sont les vers de cette chanson que Grisar a de nouveau mis en musique.

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rôles d'Alexandre Duval (Palerme, 20 Novembre 1848).

8" — Te sola, sérénade avec accompagnement de violon en sourdine, pour imiter la mandoline, paroles de.... (Palerme, i5 Avril 1848).

Quelques-uns de ces morceaux sont d'une inspiration remarquable. Les deux premiers, la Chèvre de Jeanne et Sorrente^ ne forment qu'une seule et même mélodie, pleine de grâce, de charme et de fraîcheur, écrite sur des paroles différentes. — L'Ange gardien est une sorte de prière pleine d'onction, d'un charme extrême et d'un dessin fort élégant.

— La Chanson de Roland, d'un grand caractère, d'une saveur puissante, est empreinte d'une énergie mâle; le refrain en est à deux parties, et peut-être, dans l'idée de Fauteur, était-il destiné à former un chœur. — Te sola est une inspiration vive, alerte, et qui ne manque point d'originalité. — La Fête de la Vierge est une espèce de nocturne à deux voix, ténor et soprano.

De ces huit morceaux — qui, en réalité,

n'en font que sept, puisque les deux premiers

se répètent complètement — il en est trois dans lesquels l'accompagnement de piano, resté en blanc, n*est pas écrit. Ces trois morceaux sont le Lai de la Châtelaine, la Fête de la Vierge et VAnge gardien.

J'ai encore à parler d*une composition importante, restée aussi inédite, et dont j'ai trouvé l'unique trace dans la correspondance de Grisar. Cette composition, intitulée la Mort du Cosaque^ est une sorte de grande scène dramatique, à laquelle il semble avoir donné les développements d*ùn acte de grand opéra, et dont il avait trouvé le sujet dans une romance portant le même titre, et précédemment écrite par lui (i). Voici comment il en parlait dans une lettre adressée à son frère Félix, le 20 Novenibre i858 :

Je ne t'ai pas dit que j'avais intercalé la romance de Van Hasselt, ia Mort du Cosaque^ dans une scène faite ad hoc par Michel Carré, et que je viens de chercher et de retrouver dans mes

(i) — Je ne crois pas que cette romance ait été publiée. Je ne saurais pourtant l'asàurcr.

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papiers.— Cette scène (c'est presque un acte d'opéra) se compose d'un chant de pâtre russe, d'un duo, d'un chant et d'un air de ténor, le tout pour amener la romance et pour préparer son efFet — •et j'ose affirmer que l'effet sera immense, énorme. — Je n'ose pas en parler pour ne pas ébruiter le titre de la romance^ mais Carré me disait hier que ce serait un fameux cadeau à faire à Carvalho et à un éditeur de musique. Le fait est que cela nous rapporterait diablement d'argent, car cela serait joué dans toutes les villes de France

Pour compléter ces quelques renseignements relatifs aux œuvres inédites laissées par Grîsar en dehors du théâtre, je rappellerai qu.'il a composé, pendant son long séjour en Italie, un certain nombre de morceaux de musique religieuse. Nous l'avons vu par une des lettres qu'il adressait alors à son collaborateur, M. Sauvage, et dans laquelle il s'exprimait ainsi : — « Je m*en trouve bien (du travail auquel il se livrait), et l'on verra bientôt^ — non pas maintenant, mais plus tard, quand je livrerai à la publicité de la musique d'église, ' — on verra alors, dis-je, à quoi, j'ai paî=sé mcn temps. »

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Cette lettre cependant ne fournit aucun détail, ne spécifie particulièrement aucune composition; il est donc impossible d'être fixé sur le nombre et l'importance des œuvres religieuses écrites par Grisar ; je n'ai trouvé de renseignements précis que sur un Salve Re* gina, composé par lui à Naples^ et dont il parlait plus tard à son frère Félix dans une longue lettre (lo Décembre i858), oîi il appuyait sur les embarras^ les difficultés matérielles qui venaient suspendre sa marche et l'entraver dans son travail :

. . . J'ai de si belles choses, disait-il, sur le tapis, et dire que si je venais à mourir de ces ennuis-là, ou d'une cheminée qui me tomberait sur la tête, ou d'autre accident, tout cek serait perdu! — Avant-hier soir, à POpéra-Comique, Pasdeloup m'a demandé quelque chose pour ses concerts ; on y joue Beethoven, Mozart et les grands maîtres» il a un orchestre excellent et les chœurs du Conservatoire (i). — Je lui ai parlé d'un Salve Regina

(i) — M. Pasdeloup n'avait pas encore fondé les Concerts populaires, mais il était alors à la tête de la Société des jeunes artistes, qui donnait ses séances à la salle Herz, et dont le personnel devint plus tard le noyau de son orchestre du Cirque-Napoléon.

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(dont je vous ai écrit de Naples), il a bondi de joie et doit venir me voir ces jours -ci pour en causer.— Mon cher Félix, je n* hésite pas à te dire que ce Salve Regina est sublime ! (Toujours modeste, ce pauvre Grisar ! ) C'est hardi, mais je crois que cela est, et que cela sera si je puis avoir le recueillement nécessaire pour Porchestrer comme il faut. Je suis sûr que dans toute l'Allemagne et dans toute Pltalie ce morceau serait exécuté dans les festivals. Et j'en ai bien d'autres comme ça dans mes tiroirs, et si l'arrangement avec K... pouvait se faire d'un manière équitable, quel bonheur de pouvoir être tout entier à mon art ! et quelles bonnes choses j'ai dans le ventre, et quels progrès j'ai faits dans mon art pendant ma maladie !

Enfin, espérons que tout cela aura une fin ; j'ac* cepte mes ennuis comme une épreuve, mais elle ne devrait cependant pas se prolonger outre mesure... (i).

(i)— J'ai déjà fait remarquer la bonne opinion que Grisar avait de lui-même et de ses oeuvres, et la lettre citée ici en donne une preuve nouvelle. Néanmoins, on voit — et c'est là la pierre de touche des grands artistes, ou tout au moins des intelligences distinguées —qu'il ne se tenait pas pour entièrement satisfait, et

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En somme^ on voit que Grisar^ tout paresseux qu'il était — ou qu'on le disait — n'a pas plus flâné que de raison dans le cours de sa carrière artistique. De i833, année de l'apparition de son premier opéra, le Mariage impossible, à 1869, époque de sa mort, il n'a pas fait représenter moins de dix-neuf ouvrages plus ou moins importants, et formant un ensemble de trente-six actes d'opéra-comique, et il a publié au moins une soixantaine de morceaux détachés. Si l'on ajoute à ce bagage^ déjà raisonnable^ les dix opéras qu'il a laissés en portefeuille et dont quelques-uns, on l'a vu, sont presque complètement terminés, plus les mélodies qui sont restées inédites et dont je n'ai pu citer qu'une faible partie; si, enfin, Ton joint à tout cela les diverses com-

cherchait sans cesse à faire mieux qu'il n'avait fait jusqu'alors. N'y a-t il pas quelque chose de noble et de touchant à voir un homme de cinquante ans, un artiste de cette trempe et de cette originalité, s'exprimer ainsi : « Quels progrès j'ai faits dans mon art pendant ma maladie! » Pour moi, je l'avoue, je ne sache rien qui m'émeuve davantage, et fasse mieux naître en moi l'esiime et la sympathie.

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positions religieuses écrites par lui en Italie et dont sa correspondance nous a révélé l'existence^ on acquerra cette conviction que si Grisar a mal aménagé sa vie, que s'il n'a pas su toujours mettre à profit les circonstances favorables dans lesquelles il s*est trouvé, non plus que la position que son talent lui avait acquise, que si, malheureusement et par sa faute, le public n'a pas été mis à même d'entendre et d'apprécier des œuvres que luimême tenait en une singulière estime, du moins il a employé son temps et n'a fait preuve que d'une paresse fort relative (i).

(i) — Dans une lettre de Grisar à son frère Gustave (27 Juin 1860), je trouve encore la mention de trois morceaux» restés, je crois, inédits : « . . .Depuis quelque temps, j'ai été fort occupé à orchester une polkamazourke et une valse, qui doivent être exécutées au bal de la Porte Saint-Martm. Je crois que ces deux morceaux sont bien réussis, et je te les enverrai. Si je ne t'ai pas encore envoyé ma sérénade, c'est que je n'ai vraiment pu le faire j je t'enverrai le tout ensemble.., f

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