‹ Albert le Grand et Saint Thomas d'AquinChapitre 25 sur 118 · BUZA. — BUCERUS · texte numérisé non relu

BUZA. — BUCERUS

rendre l'honneur qu'elle mérite : d'autant plus que la philosophie scolastique a en sa faveur et un long usage et le jugement d'hommes éminents, et, ce qui est capital, le suffrage de l'Eglise. A la place de la doctrine ancienne, une façon de nouvelle méthode de philosophie s'est introduite çà et là, laquelle n'a point porté les fruits désirables

et salutaires que l'Eglise et la société civile ellemême eussent souhaités. Sous l'impulsion des novateurs du xvi^ siècle, on se prit à philosopher sans aucun égard pour la foi, avec pleine licence de part et d'autre de laisser aller sa pensée selon son caprice et son génie. Il en résulta tout naturellement que les systèmes de philosophie se multiplièrent outre mesure, et que des opinions diverses, contradictoires, se firent jour, même sur les objets les plus importants des connaissances humaines. De la multitude des opinions on arrive facilement aux hésitations et au doute : du doute à l'erreur, il n'est personne qui ne le voie, la distance est courte et le chemin facile.

Les hommes se laissent volontiers entraîner par l'exemple. Cette passion de la nouveauté parut avoir envahi, en certains pays, l'esprit dephilosophes catholiques eux-mêmes ; lesquels , '

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dédaiirnant le patrimoine de la sagesse antique, aimèrent mieux éditier à neuf qu'accroître et perfectionner le vieil édifice : projet certes peu prudent, et qui ne s'exécuta qu'au détriment des sciences. En effet, ces systèmes multiples, appuyés uniquement sur l'autorité et l'arbitraire de chaque maître particulier, n'ont qu'une base mobile, et par conséquent, au lieu de cette science sûre, stable et robuste, comme était l'ancienne, ne peuvent produire qu'une philosophie branlante eÉ" sans consistance. Si donc il arrive parfois à une philosophie de cette sorte de se trouver à peine en force pour résister aux assauts de l'ennemi, elle ne doit imputer qu'à elle-même la cause et la faute de sa faiblesse.

Ce que disant. Nous n'entendons certes pas improuver ces savants ingénieux qui emploient à la culture de la philosophie leur industrie, leur érudition, ainsi que les richesses des inventions nouvelles. Nous comprenons parfaitement que tous ces éléments concourent au progrès de la science. Mais il faut se garder, avec le plus grand soin, de faire de c^te industrie et de cette érudition le seul ou même le principal objet de son apphcation. — On doit en juger de même pour

la théologie : il est bon de lui apporter le secours et la lumière d'une érudition variée ; mais il est absolument nécessaire de la traiter à la manière grave des scolastiques , afin que , grâce aux forces réunies de la révélation et de la raison, elle ne cesse d'être le houlevEtrcl inexpugnable (le la foi \

C'est donc par une heureuse inspiration que des amis, en certain nombre, des sciences philosophiques, désirant, dans ces dernières années, en entreprendre la restauration d'une manière efficace, se sont appliqués et s'appliquent encore à remettre en vigueur l'admirable doctrine de Thomas d'Aquin, et à lui rendre son ancien lustre. Animés du même esprit, plusieurs membres de votre ordre. Vénérables Frères, sont entrés avec ardeur dans la même voie. Nous l'avons appris dans la plus grande joie de Notre âme. Tout en les louant avec effusion, Nous les exhortons à persévérer dans cette noble entreprise ; quant aux autres, Nous les avertissons tous que rien ne Nous est plus à cœur et que Nous ne souhaitons rien tant que de les voir fournir largement et copieusement à la jeunesse studieuse

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