‹ Albert le Grand: l'ancien monde devant le nouveauChapitre 23 sur 77 · Les anciens, auxquels on peut reprocher, en revanche · texte numérisé non relu

Les anciens, auxquels on peut reprocher, en revanche

Les explications données plus haut sur le monastère de Saint -Nicolas suffisent. Nous savons que Jourdain de Saxe, second supérieur général de l'Ordre des frères prêcheurs, y résidait ; que le couvent était situé hors Bologne , non loin des murs de la cité ; que lorsque Albert vint s'y réfugier, la maison flo- Tissait y pour nous servir d'une expression éminemment ecclésiastique : cela signifie qu'elle était abondamment pourvue de moines ; nous n'ignorons plus enfin que Saint-Nicolas vivait en parfaite intelligence avec la ville , et qu'entre l'université de Bologne et le camp retranché des frères prêcheurs, c'était , en ces temps lointains, un continuel échange de bons procédés. Les religieux s'en allaient révérencieusement entendre les leçons des maîtres laïques , et les maîtres , d'autre part , ne résistaient point toujours aux allocutions des religieux. La communauté de

de n'avoir point été assez spéciaxix, avaient bien plus que nous d'hommes complets, tout à la fois bons capitaines, écrivains, orateurs, administrateurs , philosophes. Rien d'humain n'était étranger à leurs grands hommes. Et quelle est une des causes de notre infériorité vis-à-vis des Grecs et des Romains? Une éducation si murée, si triste, que l'esclave antique n'eût point consenti à se racheter à ce prix de la servitude, si peu propre à former des hommes libres, qu'après sept ou huit années de réclusion, si l'on veut toutefois devenir un homme, il faut secouer ses fers, se recueillir^ ^'affranchir soi-même et se refaire, en un mot, l'âme et l'esprit.

Saint - Nicolas semblait comme illuminée d'ailleurs par les souvenirs tout frais de Dominique, ce qui lui donna pendant de longues années je ne sais quel ascendant , je ne sais quel droit d'aînesse sur les autres communautés dominicaines. La vie qu'on menait en ces parages était pure, austère et studieuse, nous nous le persuadons volontiers. De vieilles histoires confirment le fait : elles y logent toutefois la vertu à de telles enseignes et lui inventent de si bizarres emblèmes qu'on aurait peut-être quelque peine à la reconnaître si Ton n'était prévenu. « Si tu veux le sauver de la tempête, recommande sérieusement un naïf auteur, va au couvent de Saint -Nicolas; tu y trouveras Vétable de la pénitence, la crèche de la continence, r herbe de la doctrine, l'âne de la simplicité, le bœuf de la discrétion *. » La question de domicile a-t-elle, du reste, une réelle importance? Une chose est certaine, les objets, la société qui nous entourent n'exercent sur nous qu'une influence relative, car, sous quelque toit, en quelque compagnie que l'on s'arrête, on n'y trouve presque jamais que ce que l'on y apporte. Dans ce monde, et il faut bien l'accepter tel quel, on ne rencontre guère d'autres ressources que celles que l'on se crée par soi-même, et l'on ne sau-

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