‹ Albert le Grand: l'ancien monde devant le nouveauChapitre 41 sur 77 · Manche Welt^eistliche beklagten sich dariiber beim edlen · texte numérisé non relu

Manche Welt^eistliche beklagten sich dariiber beim edlen

Henri n'eut point de peine à réfuter, rien qu'en se montrant, les basses calomnies, et^sans répondre directement aux attaques, il entreprit contre la rudesse des mœurs allemandes, assez générale à cette époque, et contre les sacrilèges journaliers du langage, en particulier, une de ces croisades pacifiques qui convenaient à sa délicatesse extrême non moins qu'à l'ardeur de son zèle.

Dès qu'il s'était trouvé eh contact avec les gens de Cologne, en l'année 122/i, quf -e ans seulement avant la venue d'Albert, un ou deuxlTnois après avoir dit adieu à l'objet de toutes ses tendresses, le moine envoyé au loin s'était tout d'abord êfenti quelque peu dépaysé en cette ville où il arrivait inconnu, sans appuis, ayant perdu son soutien, avec des nuages de malveillance à l'horizon. Mais, dès qu'il eut échangé quelques paroles avec ceux qu'il était chargé d'évangéliser, hasardé quelt|uos pas en dehors du monastère, et entendu comment on parlait dans les rues, frère Henri éprouva un saisissement inexprimable. Il fut tout surpris et désolé de la grossière habitude qu'avait conservée, ou contractée depuis sa conversion, cette population des bords du Rhin :

Ërzbischofe Engelbert, dass die Ordensmânner das fremde Aerntefeld betrâten... sie wurden die Geistlichen in Gefahr, die Stadt in Bedrangniss bringen...— Sighart, Albertus Magnus,

les gens de Cologne n'ouvraient la bouche que pour jurer ou blasphémer*. «Près de quelles sources impures laissez-vous donc paître vos brebis? » eût-il pu reprocher aux séculiers. Surmontant ses dégoûts et ne prenant conseil que de la loi qui commande d'oublier les injures , notre inoffensif apôtre tenta de rétrécir, en y versant du miel, la plaie qu'un de nos rois prétendit cautériser en y appliquant le fer rouge, et que ses négligents adversaires ne pensaient point seulement à guérir. Le mal diminua peu à peu, constatent les chroniques, et s'il ne disparut point tout à fait, si tous ceux qui juraient et blasphémaient ne retinrent point leur langue après les exhortations de frère Henri, c'est apparemment, comme l'insinue l'ancien auteur qui se plaît à narrer ces faits, c'est que jurer et blasphémer, aux bords du Rhin, ne fut point seulement un défaut coutumier, ce fut une sorte de vice national \ Mais à cet élégant et salutaire exploit ne se bornèrent point les succès de frère Henri : il était dit qu'il joncherait de palmes le terrain sur lequel devait peser, par la suite, la lourde sandale d'Albert le Grand. « Rien qu'à son souvenir, tout Co-

1 . Les jurements fréquents, les imprécations, les blasphèmes, étaient alors le vice de la nation. — V. P. Touron, Disciples de saint Dominiqiœ, p. 725.

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