I. V. Hist. llUér,^ De l'Inquisition en Languedoc
Bellone, qu'il faut bien se garder de confondre avec iMinerve, — il en résultait que les longues et lointaines expéditions devenaient, pour ainsi dire, impraticables. Plus les renforts exigibles étaient, en effet, considérables, plus, en certains cas, ils se refusaient impunément; plus le prince allié était puissant, moins on pouvait compter sur ses hommes ; plus le système du bon plaisir et l'esprit d'aventure dominaient dans les conseils du souverain, moins le souverain était assuré d'être entendu de ses pairs qui l'avaient élu. Frédéric, pour en arriver à former des corps de troupes présentant quelque consistance et gardant un peu la discipline , pour ne point se trouver désarmé à l'improviste le jour de la fête de Noël ou de la Saint-Jean, Frédéric fut donc contraint de recourir, nouvel Annibal, aux mercenaires, et il lui fallut bien, bon gré, mal gré, compter avec eux. Sar.rasins pour la plupart, ces lansquenets du Midi n'étaient point faciles à commander, suscitaient mille embarras et attiraient régulièrement sur leur maître les malédictions des évêques, lesquels pensaient voir passer l'Antéchrist escorté de Maugrabins, quand, entouré de ses infidèles ceints du turban, l'empereur franchissait les Calabres ou traversait le Milanais. Que si l'on prend en considération le génie tracassier, routinier et revêche des institutions féodales, la rentrée toujours laborieuse des prestations,
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des redevances presque toujours en nature, rarement en argent, on se convaincra aisément des obstacles contre lesquels il lui a fallu lutter pour entretenir sur un pied respectable des armées permanentes et faire face tout à la fois, — en Italie, aux révoltes de la Ligue lombarde, aux empiétements des républiques de Gênes ou de Venise, ouvertement ralliées à la politique pontificale, — en Allemagne, aux électeurs partisans du saint -siège. Dès qu'un souverain prenait des guerriers à sa solde au moyen âge, en vue d'une guerre éventuelle, s'il se décidait à la paix, c'était la ruine; s'il revenait vainqueur- après l'expédition rêvée, pour en acquitter la note, il se voyait contraint , financièrement parlant , de se lancer dans de nouveaux hasards et d'opérer ses recouvrements les armes à la main*. Frédéric releva la marine, un instant, on le sait de reste, mise en si grand relief et si brillant état par les Normands. Sa flotte comptait , paraît -il , du vivant du moins de l'illustre amiral Spinola, dix gros navires de ligne et soixante-dix de taille moyenne. Un de ces vaisseaux, réputé le plus magnifique qu'ait jamais porté la mer, contenait jusqu'à mille hommes d'équipage. Le roi des Romains employait sans doute ces forces maritimes à
i. V. Petrus de Vineis, t. II. — A'^izenzio, t. I, p. 439.
L'EMPIRE ET LA PAPAaiÉ. 331
favoriser, à protéger le commerce , dont les transactions prirent effectivement, sous son règne, une importance merveilleuse et subite, et depuis lors toujours croissante; mais sa flotte lui fut aussi d'un grand secours pour porter ses courriers et resserrer chaque jour plus étroitement les relations d'amitié qu'il lui convenait d'entretenir avec ses frères du Levant, les sultans et les émirs ^ On la voyait souvent stationner, cette flotte , objet de la stupéfaction universelle, racontent les historiens du temps, dans les ports de Messine, de Salerne ou de Brindes, et sur un signe de Frédéric tout s'ébranlait ^ Trop vif admirateur des Romains pour ne point tenir en grand honneur la truelle, les constructions monumentales et les travaux de voirie , apte à diriger par lui-même l'exécution des plans les plus hardis, il fortifia, embellit, restaura quantité de villes à demi ruinées de la Sicile et de l'Italie méridionale : Alcamo, par exemple, Agopa, Héraclée en Sicile ; Gaëte et Capoue en Italie ^ A quelque époque, du reste, de son existence acci-
1 . Fredericus II erat omnibus Soldanis Orientis particeps in mercimonîis et amicissimus, ita ut usque ad Indos currebant ad commodum suum, tarn per mare quam per terras, institutores. — Matth. Paris, 544.