V. Kington, Hist. Fred., t. I, p
marques extrêmement fines sur les migrations et les affections périodiques de la gent ailée, de minutieuses dissertations sur les qualités, les défauts, les infirmités, les penchants déclarés ou secrets, les plumes, les yeux, les mœurs et les habitudes de différentes espèces d'oiseaux de proie. Quelques passages de ce petit livre, non moins sérieux par le ton qui y règne d'un bout à l'autre que léger par son titre, indiquent de la part de l'auteur des intentions presque scientifiques, et ne laissent point que de révéler chez lui des copnaissances assez étendues en histoire naturelle. Albert le Grand a, du reste, commenté tout au long le Traité de fauconnerie; le docteur s'en est approprié la substance; il a même pris la peine de nous avertir, en toutes lettres, qu'il a mis à profit les notes de Frédéric, car il inscrit en tête d'un de ses chapitres : Secundum experta Frederici imperatoris ^ . N'est-ce point à la fois témoigner combien il en appréciait la valeur et inviter à en tourner les feuillets? Sans donner tout à fait suite au dessein qui nous avait d'abord tenté, sans y renoncer tout à fait non plus, on se contentera de présenter ici quelques fragments de ce fameux Traité, non pas recueillis dans le texte origi-
4. Deregimineaccipitrumetinfirmitatibus, secundum exper la Frederici imperaloris, Albeuti Magni Opéra, édit. Jammy, infolio. De Animalibîts, t. VI, lib. 23.
nal, mais dérobés à la version du fils de Dominique. A cette sorte de compromis nous trouvons, en effet, ce double avantage et de ne point prendre congé trop brusquement de Tintelligence ouverte du roi des Romains, et de revenir nous abriter, sans détours, sous la tutélaire égide d'Albert. Pourquoi d'ailleurs ne point saisir la première occasion qui s'offre d'elle-même de nous familiariser avec le style du maître dans une de ses dissertations profanes? Peut-être parviendronsnous aussi, grâce à cette sorte de fugue en plein air et comme qui dirait d'innocentes variations dans l'espace, à effacer ou tout au moins à atténuer l'impression défavorable qu'ont pu produire sur quelques imaginations inquiètes les tableaux un peu libres qui viennent de passer sous les yeux * .
La place que tient aujourd'hui, dans les cervelles, les conversations, les disputes, les rêves, enfin sur les tablettes des sportsmen, le cheval de course de pur sang , le noble faucon l'occupait au moyen âgé. L'animation, quelquefois réelle, quelquefois fac-
1. La latinité du Traité de faucojinerie de l'empereur Frédéric n'a point la prétention de rivaliser avec les modèles de la littérature antique. L'empereur a adopté le langage de la conversation courante, et il a bien fait. Peut-être, s'il eût cherché à imiter Pline ou Sénèque, Frédéric n'eût-il point été compris, surtout du chasseur rustique, — De diversis manieribus volatuum, tel est Ven-téte d'un de ses livres. Horresco referons !
tice, cette sorte d'excitation agréable et élégante, que donne aux réunions de printemps ou d'automne, aux conversations , aux gageures du public joueur, riche, ennuyé ou simplement désœuvré, la présence sur la piste du favori^ nos pères en ont joui. Font recherchée, Font savourée à longs traits. Aujourd'hui l'on court : jadis on volait. Aujourd'hui les regards suivent les péripéties d'une lutte de vitesse sur une prairie : jadis la lutte était sanglante et la victoire se poursuivait sous les nuages. Au lieu d'exposer de grosses sommes sur le galop plus ou moins rapide d'un quadrupède, on les risquait autrefois sur les ailes d'un oiseau : entre les deux divertissements voilà toute la différence. « Qu'importe le flacon pourvu qu'il ait l'ivresse, » a dit le poëte. Les différents genres de sparty au moyen âge , ne furent point sans doute les mêmes que les nôtres, mais les rudes amateurs de cette lointaine époque se Hvraient à leur goût pour la chasse avec non moins de zèle et de conviction que nos plus fougueux disciples de saint Hubert. On se tromperait fort si l'on croyait qu'on attacha moins d'importance , au xuf siècle, à la possession d'un parfait, loyal et irréprochable lévrier des airs^qae les éleveurs de France ou d'Angleterre n'en attachent, au XIX* siècle, à la propriété d'un poulain dont la performance ou les moyens promettent une nouvelle
Éclipse OU bien un second Gladiateur. Les égards quasi consulaires dont se voit entouré le vainqueur probable du Derby, le faucon sans peur, sans tare et sans reproche, les réclamait , de son temps , à grands cris. Son entraînement, à lui aussi, son entrainemefU, car on VentratnçLit, était une affaire non moins qu'un plaisir. L'habileté, le jargon, la sagacité, la mode, la tradition, un peu de science, s'en mêlaient : on va, du reste, bientôt en juger d'après quelques phrases détachées du chapitre de eegim ime falconcm , secundum ex^ perta Frederiçi imperatoris, de notre universel Albert. a II importe avant tout que le varlet n'accoutume point le faucon à manger dans sa main... Le faucon contracterait de la sorte une détestable habitude. Man-ger dans la main de l'homme lui enlève à la longue ses instincts fiers et belliqueux. . . » Mille exercices préliminaires initiaient le faucon, le préparaient, pour ainsi dire, à la cérémonie décisive et solennelle qui consistait à lui enlever le chaperon et à le lancer dans l'espace. Mais avant d'en arriver là, il avait fallu, comme de juste, dresser l'animal à se laisser coiffer, et ce n'était point, paraît-il, chose facile. Tout oiseau de proie , pour bien voler, doit avoir préalablement perdu la notion du jour et de la nuit. «... Or voici comment vous dresserez le faucon à porter le chaperon. Rabattez -lui lé chaperon sur les yeux, dès
l'aube, avant le lever du soleil... N'ayant point encore pu soupçonner les approches de la lumière, incapable de distinguer désormais s'il fait jour ou nuit, le faucon s'imaginera naturellement que la nuit continue , et il supportera moins impatiemment le chaperon. Une fois le faucon coiffé, que le varlet le pose alors avec précaution sur le poing , et qu'il le promène en plein air jusqu'à la troisième heure, à jeun... Qu'il le débarrasse ensuite de son chaperon : on pourra lui donner à ce moment quelque nourriture. Lorsque le faucon aura mangé, le varlet bien avisé le déposera doucement sur une plate - bande gazonnée, et placera à sa portée un vase d'eau claire, peu profond, à seule fin que l'oiseau puisse se baigner et se rafraîchir, s'il lui en prend fantaisie, et sans se blesser. Après qu'il se sera évertué au soleil , rentrez-le et prenez soin de le confiner dans un lieu obscur jusqu'à la tombée du jour. Grâce à cet expédient, en effet, replongé prématurément dans les ténèbres , ayant déjà perdu la notion du matin, il perdra la notion du soir, et il sera complètement desheuré. A la nuit close, emparez-vous derechef de l'oiseau, mais délicatement, sans brusquerie ; mettez-le sur votre poing, coiffez-le du chaperon et promenez-le sous la feuillée... »
Puisque nous en sommes au chapitre de falconibus, constatons, entre autres curiositez, qu'Albert, non
3t6 ALBERT LE GEIAKD
moins pertinemment que Frédéric, appuie avec une inwstance toute particulière sur cette importante question du régime que tout sérieux amateur de vol ou dp tporl ne saurait, en effet, trop étudier, trop approfondir. Albert le Grand étaUit, entre aai^B, cette loi fondamentale, savoir que, pour que le faaeon se prate h souhait, on devra lui donner, autant qae possible, ra même qualité, en même quantité, lamême sorte de nourriture que celle que le nc^le ammal ee eônqmcst de vive force, en liberté, dans les Ibrête. Que si Y$a veut qu'il se maintienne en état, eaas dmie, il .est nécessaire de ne point contrarier aon i^pétit, il s«rait à désirer toutefois qu'on ne l'eicit&t point non plus : in medio virtus, » L'aliment qui convint le mieux au faucon, déclare le docteur universel, en se retranchant derrière l'autorité de Frédéric, c'est la chair des petits oiseaux , toute saignante et comme respirant un reste de vie... On remarquera encore que le faucon, pour bien voler, ne doit être ni trop maigre ni trop gras. Car, s'il pèche par sécheresse, qu'advient-il? Tout le monde a reconnu qu'en ce cas il montre généralement peu d'audace et d'impétuosité: étique, le faucon s'agite vainement autour du poteau; il tourne au criard. S'il est, au contraire, menacé d'embonpoint et surchargé d'humeurs superflues, qu'arrive-il? Indolent et rechignant, la pa-
resse s'en empare en même temps que l'obésité... On tâchera donc d'obtenir la juste mesure entre l'insuffisance d'aliments et l'excès du boire et du manger. Que le faucon ait toujours la poche de son estomac ni tout à fait vide ni trop pleine; qu'on ne le laisse jamais manquer de rien , mais , lorsqu'il aura goûté de la chair fraîche, qu'il reste sur sa faim... En vous comportant dans cette mesure, vous obtiendrez ce succès de tenir sur votre poing un animal toujours vigoureux, allègre et glorieux... Le bon fauconnier^ lorsqu'il enlève son chaperon au faucon^ quand il le lance, et craint les approches de Vaigle ou du vautour, ne devra jamais négliger de dire : Vicix leo de tribu JuDA, RADix David, alléluia * ! »
Cette formule sacramentelle du bon fauconnier à laquelle fait allusion notre prudent Albert, Frédéric Hohenstaufen l'a-t-il bien souvent répétée, lorsque, s'arrachant aux bras des houris, il s'en allait insoucieusement voler, aux environs de Sorrente ou d'Amalfi? Dans ses expéditions aventureuses, l'inconscient précurseur de Luther a-t-il jamais beaucoup redouté pour lui-même les approches de Vaigle et du vautour? Au milieu des passe-temps frivoles, des sensualités tan-
4. V. Alberti Magni Opéra, édit. Lugd., Jammy. — De Animalibus, t. VI, lib. 23, p. 630-633, passim. — De regimine accipilruro, secundum experla Frederici imperaloris.
tôt gossières, tantôt exquises, des occupations variées qui tour à tour charmaient, ornaient ou déshonoraient son existence païenne et fantasque, se représente4-on Frédéric, même volant , murmurant à l'ombre des chênes un verset des psaumes? J*avoue ne point me le représenter ainsi, et Tauteur du Traité de fauconnerie en chasse, son gerfaut sur le poing, pas plus que l'auteur de V appel au peuple, la Bible ouverte sur ses genoux, — Frédéric n'a, du reste, jamais feuilleté la Bible que pour chercher noise à Grégoire IX, — n'a jamais dû prononcer, ce semble, sans sourire et sans se moquer, la moindre parole tirée des saintes Ecritures. Qui sait? Ce fut peut-être le manque de gravité qui le perdit. Vieil leo de tribu Juda, radix David, alléluia! Et nous sera-t-il permis, à propos de cette vieille et naïve formule du bon fauconnier, d'adresser une dernière remontrance à l'élégant personnage dont il nous u été donné de pouvoir étudier l'étrange figure sous tous ses aspects? L'humble villain qui , craignant l'aigle pour son faucon et Dieu pour le salut de son âme, la répétait dévotement, cette pieuse formule d'exorcisme contre le Malin, prince des ténèbres y le pauvre villain plein d'une foi mal éclairée obéissait évidemment à une religion aveugle : d'accord, le superstitieux varlet avait un chaperon sur les yeux. Mais le grand seigneur de talent qui se
L*EiMPIRE ET LA PAPAUTÉ. 349
mêle de parler des choses divines sans croire à la vie future, dont l'esprit désuni se précipite sans autre but que la poursuite des intérêts du moment, sans aucune élévation, en un mot, sans la foi en ce qui est éternellement le Beau, le Bien, le Vrai, dans les domaines illimités de la pensée, celui-là ne se montret-il pas également frappé de cécité , et, de plus , cet aveuglement volontaire n'est-il point coupable ? Que dis -je? Un chaperon de plomb pèse sur son génie. En face de l'empereur d'Allemagne Frédéric, le fastueux triomphateur de Naples ou de Pouzzoles, qu'on se donne un seul instant le spectacle de saint Louis de France, rendant la justice dans le bois de Vincennes : Vigit leo de tribu Juda, radix David , ALLELUIA ! — Frédéric est vaincu.
Un jour, frère Jourdain de Saxe, le second général de l'Ordre de Saint-Dominique, frère Jourdain l'errant, l'infidèle ami de frère Henri, un jour qu'il venait d'accomplir une de ses pérégrinations souveraines dans quelques-uns des pays soumis à l'adversaire du pape Grégoire, sollicita une audience de l'empereur. Le moine vepait de parcourir à pied une partie de l'Europe, et chaque nuit sans doute il avait dormi sous le toit d'un de ces innombrables monastères soumis à sa loi, w il se retrouvait chez lui. Chemin faisant, il avait entendu énoncer bien des jugements divers sur
au vicaire de Jésus-Christ, au père de tous les chrétiens, à votre maître selon Dieu. Tels sont les discours que Ton tient sur voire compte et que l'on répète en tout lieu , seigneur ; vous n'en êtes assurément point averti ni instruit, et tous ces faits dont on vous accuse, ces faits ne tournent point à votre gloire. » Frère Jourdain de Saxe se retira lentement après avoir prononcé ces paroles , et le roi des Romains , toujours souriant et bénévole, tourna les talons *.
Que si le César germanique ne se fût point senti appuyé dans ses entreprises contre Rome par un puissant parti, ce beau sang-froid, à la longue, ne se fût-il point démenti ? Que s'il n'eût réellement eu à opposer aux observations comme aux blâmes de ceux qu'affligeait et qu'indignait tour à tour son refus persistant d'obtempérer aux volontés pontificales que les 7ion possumus de son orgueil ou de vains prétextes, Frédéric n'eùt-il point perdu, tôt ou tard, cette imperturbable assurance qui ne l'abandonna jamais, et dont son entrevue avec le supérieur général des frères prêcheurs ne nous montre, après tout, qu'un exemple isolé? Mais Vi7idocile se sentait fort; il s'adossait aux piliers de la synagogue et à l'autel de la
1. V. ActaSanclorum, febr. 13, ap. Kington, Hist. Fred., t. I, p. 467. — The Preacher like an Old Testament prophet, goes on wilh liis lecture, afler this courtiy opening. — Kington.
patrie. Jourdain de Saxe, dans Ténumération de ses on dit, n'avait point tout dit : le héraut du pape s'était bien gardé d'appuyer sur un fait de notoriété publique que confirmaient chaque jour les dépêches des envoyés de Frédéric. Ce fait considérable, le voici : une part notable du haut clergé d'Allemagne favorisait ouvertement, ou sous main, la cause de l'excommunié et refusait obéissance au saint -siège. «Semblable AU GRAND DRAGON, coufcsse en se voilant la face le très-catholique Albert de Béham — et cet irrécusable témoignage est, selon nous, de telle conséquence historique que nous ne saurions trop recommander d'en prendre note — semblable au grand
DRAGON , l'empereur A ENTRAÎNÉ A LUI LA MEIL- LEURE PARTIE DES ÉTOILES... UemperouT a rendu les prélats apostats afin d'induire en tentation les bons et les fidèles, pour profaner le temple du Seigneur et les sacrements de l'Eglise. Beaucoup d'entre eux (les prélats d'Allemagne), craignant de se voir privés de leurs dignités et de leurs délices temporelles , sont tombés : ils ont marché sans courage devant
CELUI QUI LES POUSSE EN AVANT *. » Après l'oxposé
du texte, quelques lignes de commentaire : le texte, ce semble, en vaut la peine, car il ne tend à rien moins,
4. Albert de Béham, Concepthuch, ap. Huillard-Bréholles. I. 23
s'il a vraiment toute la portée que nous lui donnons, qu'à modifier profondément les idées généralement reçues sur l'origine et les causes déterminantes de la Réforme. Un peu de mollesse et de paresse, le goût des plaisirs faciles et de la bonne chère, le désir de demeurer en paisible possession de leurs crosses pastorales, leur grossièreté, leur couardise, leur aristocratique indolence, sans compter cette sorte de fascination qu'exerce plus irrésistiblement peut-être sur des imaginations imbues d'avance du principe d'autorité l'appareil imposant du pouvoir civil, peuvent à la rigueur expliquer, mais seulement dans une certaine mesure , la servilité , la défection de quelques membres du haut clergé d'Allemagne, au milieu des circonstances critiques auxquelles nous faisons allusion. Les vices de plusieurs ont dû les faire pencher du côté du GRAND DRAGON, Hous en convenons sans peine ; en se ralliant à l'empereur et en se détachant du pape, ceux-là, les fainéants ou les criminels, n'ont évidemment cédé qu'à des considérations personnelles et vulgaires, et comme telles, elles ne méritent seulement point qu'on s'y arrête. — Passons. Mais là, dans les défaillances de ces évêques que va rudement apostropher tout à l'heure , dans son austère langage, le docteur universel, ne doit point se chercher, selon nous, pas plus que dans les astuces,
L'EMPIRE ET LA PAPAUTÉ. 355 ift
les libéralités, les menaces, les grâces même de Frédéric Hohenstaufen, la raison du schisme éminemment national qui faillit éclater, dès le milieu du XIII® siècle, entre l'Église de Rome et les Églises de Germanie. Cette raison, elle ne paraît ni particulière, ni fortuite : encore une fois , pour parler la langue imagée de l'emphatique Albert de Béham , ce n'est point un simple coup de vent qui a entraîné loin de la ville aux sept collines la meilleure partie des étoiles. Quelque empire, en effet, qu'aient exercé en tout temps sur la direction des affaires humaines la préoccupation des intérêts matériels, la peur, les basses convoitises, les lâches conseils et les sots calculs, on remarquera cependant, — et c'est l'un des enseignements les plus nobles de l'histoire, — que les prostrations de la chair et les imbécillités des courages ne sauraient à aucun moment, en aucune façon, imprimer aucune résolution générale aux esprits; que les faiblesses et les trahisons manquent positivement tie la vertu d'initiative; et qu'enfin les grands mouvements qui décident des évolutions et des destinées des peuples ne se produisent point à la suite du désir stérile de bien vivre ou de la passion négative de reposer en paix. En présence des prétentions à l'indépendance vis-à-vis du saint-siége, déjà sensibles en Allemagne à l'époque à laquelle nous transporte
ce récit, loin qu'il nous convienne de répéter, à propos des indices accusateurs d'une prochaine révolution dans l'Eglise, — on n'a du reste que trop usé de ces banales défaites à propos de cette même révolution accomplie , — vingt formules vagues et consacrées : relâchement des mœurs,... infractions à la discipline,... rébellion de princes inintelligents, orgueilleux et corrompus,... affaissement, égarement passager, fortuit des consciences, nous inclinons à donner le signal , au contraire , à ne voir là que les symptômes d'une sorte de réveil des énergies du peuple, a Beaucoup d'entre les prélats teutons sont tombés , constate en gémissant le vieil auteur ; ils ont marché sans courage devant celui qui les poussait en avant. » Que plusieurs aient marché sans courage, on l'a reconnu déjà ; mais derrière celui qui les poussait en avant, je ne sais quelle irrésistible force, celle qui anéantit les légions de Varus, ne les disposait-elle point par surcroît à se séparer violemment de Rome , à secouer le joug, à repousser, sous toutes les formes, la domination latine? Voilà, ce semble, un sujet de méditation assez neuf et devant lequel toute conscience doit chercher à s'éclairer. A quoi bon çà et là laisser, tantôt par scrupule, tantôt par incurie, tantôt encore par déférence pour la placidité béate de la masse des satisfaits, telles et telles grosses questions pendantes?
Nous tenons peut-être de nos rapports familiers avec le maître de saint Thomas la résolution et le goût d'aborder de front toutes les difficultés, quelles qu'elles soient, sans avoir hérité toutefois de nos pères en la Scolastique cette confiance immodérée en eux-mêmes qui les enorgueillit, les égara trop souvent. Les scolastiques se persuadaient, en eflbt, que l'intelligence humaine est en possession constante et régulière de la vérité; ils estimaient, en un mot, que la vérité s'établit. Hélas ! la vérité, loin d'avoir la moindre tendance à s'établir, la plupart du temps fuit et se dérobe; la vérité ne s'assoit pas : elle passe, sourit et disparaît. Heureux qui la saisit, un jour, une heure, à l'improviste! C'est déjà peut-être la méconnaître, hélas! car elle est ailée de sa nature, que de penser qu'en dehors des mathématiques l'intelligence puisse s'en rendre maîtresse absolument.
L'Allemagne du nord et du centre a- 1- elle été jamais franchement catholique, c'est-à-dire soumise à l'autorité spirituelle des papes aussi bien que convaincue de la validité de leurs prétentions à la souveraineté temporelle? Pour peu qu'il plaise de réfléchir et de procéder à une enquête historique, il est malaisé de pencher pour l'afiirmative, et l'on arrive à cette conclusion singulière : l'Allemagne ,