‹ Albert le Grand: l'ancien monde devant le nouveauChapitre 69 sur 77 · DE L'AMOUR AU TEMPS DES COURS D'AMOUR · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR AU TEMPS DES COURS D'AMOUR

Par un contraste inattendu et qui toutefois s'explique, a certainement sa raison d'être, une galanterie pesante prétendait courber sous la règle le seul sentiment qui semble avoir toujours voulu s'en passer, I'amour. Le sang coule : en face des hérésies qui se propagent, — celles des Albigeois, des Manichéens, des Vaudois, — les bûchers se dressent; les mœurs sont rudes, les convoitises effrénées, la force est reine; l'homme s'égare à mille lieues du vrai, du beau et du bien : je ne m'étonne plus qu'au milieu du désordre général l'une de nos facultés les plus élevées, et par cela même des plus indépendantes, devienne hérétique à sa façon et se soumette à la loi. Une

dans V Église, mais de réformer le gouvernement ecclésiastique. » (Mosheim.) — Voir Bergier, Dict. théol,, art. Vaudois; Bossuet, £fû^ des Variations.

tn API'EMDICS.

sorte de junspradeoee immofato iMiie sus toUê de code qui, soiu prétexte de dtfoRtMae,iMiratft il* p» sièretédes Doances et divise It-«tnn'<n «ra^artfasieiti.

afin <f jpfouaw te pmnièeêu.'^i'^pm mii pti ti kifmt'fmiim . dAwntr Vamcmt et ta (mm» ■mmU»-it/im nMnbu -X««ffitable amour ne taorait enitêrmtn.^»nm.« Cm Êuae mm oa ces irrAts, formulés par aidâmes oomenÉMl-,- A* autngarde, comtMae de HailMH)*) tiUaoondfrAwsHM, ta comtesse de Champagne, ont ri^gcnlé quelque tempa Boe société aïeule de la nôtre, et l'ou conçoit à la rigueur . qu'ils aieut pu être acceptés daus un pays où les allées droites tracées par Le Nôtre ont prouieoé l'unifonnitë à travers bois et jardins, pendant plus d'un demi-siècle, et imposé les goflts cérémonieux de Versailles à la nature. Noos avons d'ailleurs toujours eu la manie du système . en Fraoce et ooos traoerions volontiers an itinéraire aux nuages. Ches nous, race plus vive que sentimentale, la passion se montre d'ordinaire l'humble servante de l'esprit. Bien mieux, elle est elle-même affaire de mode. Un coup d'État change la façon de soupirer des galants ; une pièce de théâtre, an roman, le succès d'un gouvernement absolu , peuvent leur persuader de ne plus soupirer tout haut. Agréable prétexte à somptueuses équipées, inépuisable sujet de conversations oiseuses ou ânes, motif â pastorales et à chansons, soit qu'il nous pique, nous ruine ou nous amuse, ce n'est presque jamais l'amour sans fard et sans apprêt, qui passe, règne et s'esquive sous notre ciel à la fois mobile et tempéré; c'est Venfant espiègle et mutin. Le souffle de la Renaissance, un moment, rend ses ailes à l'amour; mais à peine les déploie-t-il que le doigt des mignons s'en empare et dé-

licatement les torture. Devant le tribunal où siège Éléonore de Guienne, on les lui a rognées; on les lui découpera sur les fauteuils de Rambouillet. L'amour nous distrait, nous autres Gaulois, plus qu'il ne nous émeut; il nous séduit plus qu'il ne nous possède. Son inoffensive inconstance baisse pavillon devant nos variations littéraires ou politiques; il écoute très-docilement les oracles tombés des lèvres de nos hommes de plume ou d'État. On dirait qu'un de ses triomphes est de se tenir au covr rant, et qu'il est triste ou gai selon la mode. Que d'autels dressés sous son invocation autour de Paris, en Anjou et en Touraine , sans que jamais les plus magnifiques lui aient sacrifié autre chose que le superflu, quelques rubans ou le bien d' autrui I Aux foyers, l'amour ne s'assoit chez nous qu'à la dérobée, toujours présent à toutes les fêtes : car on l'invite, car il va partout; — on ne saurait, en effet, se divertir sans le prier. N'est -il point, à tout prendre, d* aussi bonne maison que les plus vieilles, et de merveilleuse ressource quand on ne sait que faire? Voilà pourquoi peut-être on cause en France. Chacun abandonne tout juste assez de son cœur à la passion pour que cette flamme légère profite à l'esprit. Bien avant nos voisins, plus graves ou plus naïfs, nous avons trouvé la politesse en tournant le dos à l'idéal, et l'élégance aux dépens du devoir ou du bonheur*.

1. Pierre de Barjac, chevalier et poëte, prend ainsi congé de sa dame qui venait de le remercier : cette strophe ne peut-elle point, à la rigueur, passer pour une formule ?

a Dame, j 3 viens franchement devant vous prendre congé pour toujours. Grand merci que vous avez daigné me permettre d'être heureux de votre amour aussi longtemps qu'il vous a plu. Maintenant, puisqu'il ne vous plait plus, il est juste que vous puissiez prendre un autre ami qui vous soit meilleur que moi, et j'y consens. » (V. Fauriel, t. I, p. 545.)

QUBLtJDBS DÉTAILS A PROPOS DE L'UNIVEBSITÉ DE PARTS.

Les vacances ne duraient qu'un mois, un mois d'été. En revanctie, abondaient les privilèges. Les plus solides paraîtraient aujourd'hui de peu de valeur. Nos étudiants i à l'univereiti! de Paris n'étaient point à l'abri des corre&- , lions corporelles, comme ce [ des universités italiennes, — nous avons constaté ce fait lorsqu'il a 4r'^ queJiÈioii plus i haut de l'université de Boiogn'îv — rtiais ifs ne pouvaiern être excommuniés qu'après plw ie.-Ys admonilions rèilértes'. Quand on se reporte aus sévérités de ces temps lointains, le privilège ne semble point à dédaigner. On nous pei^ mettra d'en citer un autre, qu'apprécierait peut-être en- . core la jeunesse d'aujourd'liui. Un hôteher prétendait-il Ta ire payer à un étudiant de Paris un loyer excessif, deux magislrals et deux bourgeois étaient appelés comme experis, et l'hôtelier convaincu d'irrévérence ou d'impolitesse envers un membre de runiversité n'encourait pas moins qu'une excommunication de cinq ans... Les étudiants échappaient à l'autorité séculière = ils étaient en quelque sorte inviolables. De là des voies de fait, des meurtres, des enlèvements de jeunes Elles, si bien qu'on finit par leur défendre de porter des armes, ordonnance sans cesse éludée*... Travaillait -on beaucoup h l'uni-

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