‹ Albert le GrandChapitre 4 sur 83 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

Il est de notre devoir, nonobstant, à nous chrétiens et fils de 89, puisqu'en réalité Rome s'émeut, de nous émouvoir aussi. La sentence pontificale doit tomber du haut d'une chaire qui n'admet point la réplique et dont les arrêts s'imposent à des millions de consciences. Soit. Mais avant que le jugement solennel et fatal, si ce n'est infaillible, ne tombe des hauteurs du Vatican, évoquons, nous autres, à l'ombre de ce second Gapitole, les temps anciens qui lui sont chers, et rendons un instant à César ce qui n'appartient plus à César. A la façon dont la Papauté voulut jadis exercer l'empire, tant qu'elle garda le pouvoir de lier et de délier dans l'univers, on jugera de sa modération dans la victoire : selon qu'elle aura magnifiquement usé du droit de commander et de défendre, prérogative qu'elle entend bien conserver , selon qu'elle aura bien mérité de nos deux patries, la terre et le ciel, patries au nom desquelles le prêtre nous trace sur le front, dès que ce front médite, s'illumine ou s'élève, une croix de cendre, on proportionnera l'abandon et l'on mesurera le respect.

AVANT-PROPOS. vu

Le dessein de l'œuvre que l'on a tentée, pour être hardi et vaste, ne saurait, ce semble, beaucoup déplaire aux honnêtes gens. Notre vue embrasse une immense époque et se reporte tour à tour sur les trois pays qui soutinrent jadis la Chrétienté comme un trépied, la France, l'Allemagne, et l'Italie; notre critique la résume, cette époque , dans un personnage éminent aux pieds duquel gravitent ses diverses sphères d'activité; notre impartialité reconnaît à ce temps certaines grandeurs qui nous fuient et signale simultanément à l'attention des fidèles certains ferments de corruption qu'un ordre de choses moralement détruit nous a légués. Séparez l'ivraie du bon grain, jetez au feu le figuier desséché, vous dont la lassitude, l'impuissance ou la molle habitude de porter le joug n'ont point lié les membres.

(( // faut mettre le vin nouveau en des vaisseaux neufs, » telle sera notre conclusion dernière. — (( Cette vie est courte, troublée; réunissons-nous en Dieu ^ )) telle est la pensée qui nous est sou-

I . Vie de madame de Lafayelle, par iM">« de Lasieyrie, p. 446.

Mil AVANT-PROPOS.

vent venue au cœur, taudis que. fidèle à quelques vertus dont nous n'avons point été chercher loin les exemples, nous avons consacré notre jeunesse et nos forces au service du Vrai et du Bien, et avons cru de notre devoir de négliger les conseils de la prudence Aulgaire. C'est peutêtre à cette heure, où les deux réactions en sens inverse — le mouvement antireligieux du xvni^ siècle, le mouvement religieux vague, illibéral, absolutiste de la première moitié du xix^ siècle — ont fourni leur carrière, c'est peutêtre à cette heure qu'il s'agit, non point de tomber dans l'indifférence, mais d'essayer de mettre à profit, au contraire, tant d'enseignements épars. Dieu veuille qu'il nous ait été donné çà et là d'atteindre ce point juste qui doit désormais fixer sur le fort et le faible d'un gouvernement spirituel et temporel absolu, sur les causes finales de sa politique, sur le bien et le mal, en un mot, qui se sont produits sous son égide, le sentiment du chrétien et l'opinion du philosophe.

Paris, 46 mars 1870.

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