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trouverez le, Puisse- CHAPITRE IER 208, et Je A TRAVERS LA FORET Par une froide soirée d'hiver, un enfant âgé UTEUR d'une douzaine d'années marchait péniblement à
travers une de nos forêts canadiennes. Le vent soufflait avec violence et faisait frémir les arbres dépouillés de leurs ornements ; la neige tombait avec une telle abondance, qu’elle semblait vouloir ensevelir la nature entière.
La nuit commençait à répandre ses ombres, obscurcie encore par de gros nuages à la course rapide, dont la vue augmentait l’horreur de cette scène, Albert, c'était le nom de l'enfant, jetait de temps à autre autour de lui des regards pleins d'anxiété et d'inquiétude ; il interrogeait les lieux, espérant découvrir une habitation où 1l püût trouver un refuge.
Déjà, un certain tremblement de ses membres fait voir la crainte qui commence à s'emparer de
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lui ; aussi se met-il à hâter le pas, à courir même par intervalles. Cependant la forêt est toujours aussi Jongue, aussi déserte, rien que la neige et les arbres qui menacent à chaque instant de céder à la violence du vent, dont le souffle, en se frayant passage à travers leurs branches nues et desséchées, fait entendre comme une plainte et les accents d’un chant lugubre.
La nuit est devenue très sombre ; Albert ne peut plus rien voir, pas même le chemin qu'il a suivi jusqu'ici ; cependant ii avance toujours.
Enfin la peur s'empare de lui, des larmes coulent le long de ses joues rougies par le froid ; le mouvement de ses lèvres indique une prière ; un Ave Maria qu'il répète de temps à autre, semble ranimer ses forces et relever son courage. |
Enfin, épuisé de fatigue et de forces, il tombe :
à genoux et déposant à côté de lui le petit paquet |
qu’il portait, il prend son chapelet ; puis, levant
vers le ciel ses petites mains, il commence à le
r | réciter avec ferveur ; les larmes se joignent à sa | ’ 4 | prière répétée avec le langage naïf de l’enfance. i | Il a froid le pauvre petit, 1l tremble, ses petites j 1
mains engourdies peuvent à peine saisir les grains de son chapelet, ses lèvres n’ont presque plus de À s | mouvement ; le frisson s'empare de tous ses : © membres; puis l’'engouidissement, et 1l perd con-
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naissance ; sa petite tête se penche le côté, puis son corps en tombant se trouve presque enseveli sous la neige qui, comme avide d’une proie, s’en empare et le couvre comme d’un linceul. Quelques minutes plus tard, rien n'indiquait qu'il y eût là un être vivant.
Eléments impitoyables, que faites-vous donc ? Quoi, un être innocent, créé à l’image de votre créateur, va-t-il devenir votre victime ? Suspendez donc votre marche, calmez votre fureur ; telie ne doit pas être votre mission. Mais les éléments insensibles n’en continuent pas moins leur course furibonde, le vent ne diminue point de force et la neige tombe toujours.
Mon Dieu, ayez pitié de cet enfant ; ses membres frêles et délicats ne pourront soutenir tant de rigueurs, et il va mourir si vous ne lui venez en aide. Ah! je vous en supplie, calmez ces éléments qui vous obéissent ou envoyez à l'instant vers lui une âme charitable pour lui porter secours. Vous le savez, Ô mon Dieu, cet enfant est innocent et pur, 1l ne sait pas encore ce qu'est le mal,
Cependant les arbres se tordent, penchent et se replient sur eux-mêmes sous la force du vent qui semble redoubler de fureur, et la neige ne cesse de tomber.
O vous, Vierge Marie, mère des infortunés, intercédez pour ce cher petit ; vous êtes l'asile assuré de ceux qui vous invoquent ; tout à l’heure encore, tenant son chapelet entre ses mains transies par le froid, cet enfant faisait monter vers vous la prière que vous aimez tant, Ave Afaria. Il est là, enseveli sous la neige et privé de connaissance, ce pauvre orphelin qui, élevé par une mère aussi pieuse que tendre, a appris à mettre en vous toute sa confiance. Quelques semaines se sont à peine écoulées que cette mère lui disait : Cher petit, je vais mourir ; le seul soutien que tu avais sur la terre va te quitter ; mais ne te décourage pas, là-haut est une mère toute-puissante qui aura soin de toi si tu t'en rends digne ; n'oublie jamais de l’invoquer dans lä peine comme dans R la joie ; prie-la, prie-la toujours et tü ne seras ja- | mais abandonné ; elle se plaît surtout à protéger | l’orphelin qui l'aime et qui l’invoque. Voici, cher enfant, mon chapelet, je te le donne, garde-le en souvenir de ta mère ; qu’il ne te quitte jamais, il te portera bonheur. Vous le savez, à mére pleine de compassion, cet enfant a bien rempli sa promesse : c'était toujours avec joie et bonheur que | ses doigts déroulaient cette chaîne bénie. Ah!ne | permettez pas qu'il périsse ainsi, montrez que vous êtes sa mère |
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Tout à coup, un son de clochettes se fait entendre, il annonce le passage prochain de la diligence ; un magnifique terre-neuve courait en avant des chevaux comme pour leur indiquer le chemin. Arrivé près de l’endroit où était ensevéli le jeune Albert, 1l arrête sa course et, le museau collé contre terre, se met à gratter la neige ; il découvre le paquet échappé des mains de l’enfant ; le saisissant entre ses dents, il retourne vers la voiture et d’un bond le dépose sur les genoux du conducteur, puis se dirige de nouveau vers l’endroit qu’il venait de quitter. Avec sa tête et ses pattes, 1l fait voler la neige de tous côtés et se met à aboyer de toutes ses forces.
Surpris de la manœuvre de son chien, le conducteur arrête ses chevaux, descend de son siège et se rend en toute hâte vers le noble animal.
— Oh ! quel malheur ! s’écrie-t-il, un enfant enseveli sous la neige, un enfant gelé à mort!
À ce cri, un monsieur sort de la voiture et s'empresse d’accourir. Il est bientôt suivi par son épouse, qui tient par la main une charmante petite fille, et, malgré l'épaisseur de la neige, toutes les deux se hâtent d'arriver au plus vite. Le voyageur, médecin de son état, s’empresse de relever l'enfant; puis ouvrant ses vêtements, il colle l'oreille sur sa poitrine, et constate que le cœur
bat encore ; mais une minute de retard peut lui
être fatale.
Alors tirant un écrin de sa poche, il en sort une fiole avec le contenu de laquelle il frictionne les membres de l'enfant.
La dame, émue jusqu'aux larmes. s’empresse d'aider à son époux.
— Pauvre petit, dit Eva (c'était le nom de la petite fille) ; mais regarde donc, papa, cette belle petite chaîne qu'il tient entre ses mains.
Le docteur jette la vue sur l’objet indiqué et pendant qu’un sourire moqueur erre sur ses lé: vres, 1l saisit un des bouts du chapelet comme pour le lui enlever, mais il est comme rivé entre les doigts de l'enfant.
—C'est un catholique romain, dit-il, et lorsqu'il s’est vu défaillir, il a cru que ce chapelet allait le tirer de ce mauvais pas et le sauver. Quelle superstition ! ajouta t-il avec raiïllerie.
—Mais, papa, n’'es-tu pas ici, toi ? dit Eva ; tu ne le laisseras pas périr.
Le docteur, surpris, regarde sa fille sans répondre, puis il continue à frictionner les bras et la poitrine de l’enfant ; pendant que sa femme lui fait respirer des sels et lui frictionne le front. Quelques minutes plus tard, la rougeur colore peu à peu les joues du petit moribond et indique
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