TROISIEME PARTIE
qu'une même consonne d'appui les soutienne, Qu'on en juge par cet Hiver’, où le poète arrive à une surprenante richesse de rimes sans se permettre une seule impropriété de mots
Is sont finis, les soirs tombants Rêvés au bord des cascatelles.
Les Angéliques, où sont-elles,
Et leurs âmes de bagatelles,
Et leurs cœurs noués de rubans ?.…
Autant que de la richesse de ses rimes, Samain prend soin de leur sonorité. Plus consciencieux en cela que les grands romantiques, il hésite à faire rimer des sons longs et des sons brefs, des sons ouverts et des sons fermeés
Mais, difficile sur la sonorité des rimes, Samain l'est beaucoup moins sur leur orthographe, et il rejette les règles surannées qui faisaient de la rime un flatte-l’œil. Jusqu'au milieu du xx° siècle on admettait exclusivement l'assimilation de $s, x, et z, de tet d, de cet g, de metn dans les finales nasales. Samaiïin ne se fait pas scrupule de faire rimer harmonica et muscat”, partout et cou’, passé et danser‘. Faut-il le lui reprocher? Je ne le crois pas. À mon sens, la parité de la consonne d’appui importe plus que celle de la consonne finale. Quoi qu’il en
2 Voyez, pour établir une proportion, l’{le fortunée du 5ARDIN DE L'INFANTE (P. 73). Sur 88 finales, réparties en 33 rimes, il n’est que “eux fautes de sonorité : émeraude et brode ; femmes et âmes.
8 Heures d'Eté, 11. AU JARDIN DE L'INFANTE, p. 15.
A Viole. AU JARDIN DE L’INFANTE, p. 200.
5 Pannyre aux Talons d'Or. AUX FLANCS DU VASE, p. 55.
soit, les plus scrupuleux des poètes du siècle fournissaient des précédents, et Victor Hugo lui-même n’avait
pas craint d'écrire, dans les Contemplations” :
Je ne vois pas pourquoi je ne vous dirais point Ce qu’à d’autres j’ai dit sans leur montrer le poing...
La hardiesse était plus grande, sans doute, de négliger la règle de ls finale. Du moins le poète garde-t-il cette excuse de ne s’être que très rarement permis de faire
rimer un singulier avec un pluriel :
Violes d’or, et pianissim’ amorose.….
Je rêve de vers doux mourant comme des roses *.…
Venez-vous en bercer le vol des libellules Du crépuscule *.…
Peut-être enfin Samain ne prend-il pas un soin constant de la succession de ses rimes. Si la plupart de ses pièces sont régulièrement construites, il est facile de relever, çà et là, des manquements à l’ordre normal de succession. Des tercets d’un Silence du Jardin de l'Infante” sont bâtis l’un après l’autre sur des rimes différentes de même genre : or-encor-bord ; subtil-semblet-il-fil. Dans une Elégie du Chariot d'Or’, on lit à la