DEUXIEME PARTIE
La manière de Samain transparaît dans Aux Flancs du Vase. Se dissimule-t-elle davantage dans Polyphème? La question, sans doute, est délicate.
Et d’abord, quelle est, dans ce drame, la part d’imitation? Il ne faut pas se dissimuler son importance. Samain s’est inspiré non seulement de ceux qu'avant lui le sujet avait tentés, mais encore du théâtre et de Panthologie grecs. Et ce ne sont plus, cette fois, des emprunts superficiels. C’est l’âme antique tout entière qui s’évoque par moments, avec la fraîcheur de ses goûts rustiques, le merveilleux de son panthéisme, la majesté de ses superstitions.
Du vieux fond des légendes hellènes, Samain commence par faire surgir des demi-dieux oubliés, qui, parmi de mystérieux décors, reprennent leur vie sauvage
Sur le bord de la mer, il passait des centaures
Qui couraient au galop, plus vite que le vent.
Sous la lune ”.….
Puis le paysage se fait moins lointain. Ce sont les voix unies des eaux vives, les chemins noirs où les troupeaux s’égarent, les lignes indécises des montagnes dans la nuit, toute la nature simple et grande du théâtre d’Eschyle
N’entends-tu pas flotter en rumeurs incertaines
Le chœur aux voix d’argent des eaux et des fontaines?
Les troupeaux rassemblés descendent des hauteurs N’entends-tu pas sonner la corne des pasteurs?”
1 Polyphème. AUX FLANCS DU VASE, p. 76.