‹ Albert SamainChapitre 43 sur 123 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

grands tragiques. L’idée profonde du théâtre grec est celle aussi de Polyphème, et la même nécessité qui accable le cyclope pèse sur le Prométhée, sur l'Orestie, sur l’Hippolyte porte-Couronnes.

C’est d’abord la fatalité de la passion. Samain la rendue avec beaucoup de simplicité, et la plainte du cyclope reste aussi pénétrante que celle de Phèdre

A présent, lourdement, je traîne ma journée.

Vers un seul but, mon âme, à toute heure, est tournée. Je marche sans savoir, et, de longs jours ardents,

Je demeure, immobile et des sanglots aux dents,

A regarder mourir le flot sur le rivage ‘.…

C’est aussi, et la lecon est peu commune, l’affirmation du caractère sacré de l’amour. Au-dessus des misères humaines, Samain le fait poursuivre sa marche triomphale, à laquelle nulle force n’a le droit de faire obstacle. Rien n’est plus grand peut-être dans la pièce que le salut résigné de Polyphème à la joie dont il n’a

pu supporter le spectacle :

…J’absous la trahison :

Les dieux avec l’amour leur ont donné raison *.…

Le drame, à vrai dire, n’est pas toujours aussi sombre, et Samain excelle à y introduire quelques

scènes gracieuses de l’Anthologie.

L'offrande promise par les amants aux divinités champêtres

Je veux offrir alors à la source du bois,

Puis aux nymphes, du lait, des figues et des noix, Un agneau nouveau-né, du miel, et des houlettes, Avec un chapelet de sombres violettes.

— Moi, j'offrirai pour toi des fromages, des fruits, Une chèvre à longs poils, et ma flûte de buis”.

est celle que les Epigrammes votives recommandaient de ne pas négliger :.

Et, dans sa cage de jonc, la menue cigale de Galatée * n’est pas entourée de moins d’égards que ne l’étaient celles dont le souvenir survit dans les Epigrammes funéraires ‘.

Quelque plaisir qu'il puisse trouver dans limitation des tragiques et des alexandrins, Samain cependant ne s’y arrête point. Il sait que d’autres ont déjà conté l'infortune amoureuse du cyclope, et il se fait leur débiteur. Pour ne rien garder de commun avec le monstre d’Homère, ou d’'Euripide, son Polyphème ne laisse point de ressembler étrangement parfois au héros de Théocrite, ou d'Ovide.

INPI 02eta0s:

2 Voyez, par exemple, dans l’ANTHOLOGIE PALATINE, l’'Epigramme votive 78.

3 Voyez p. 103.

4 Voyez, par exemple, dans l’'ANTHOLOGIE PALATINE, l’Epigramme funéraire 196.

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