‹ Albert Samain, sa vie, son œuvre; avec un portrait et un autographeChapitre 1 sur 14 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le front d'Albert Samain se ridait comme se ride celai de ma mère : de bas en haut. Le bras avait ce geste élégant d'une cigogne qui ramène en arrière sa patte. Il avait le corps et la face minces. Le regard bleu^sous un binocle^ devenait par* fois céleste^ c'est-à-dire remontait et blanchissait. Dans ces moments y sa tête se renversait et ce regard s'élevait encore jusqu'à disparaître sous les pau-pièreSf qui se fermaient un court instant. De noa^ veauy le geste élégant de la cigogne, qui ramène en arrière sapât te, reprenait. Les doigts semblaient accrocher de l'invisible. Puis, à la table devant laquelle il était assis, Samain s'accoudait. Etj tandis qu'il lançait une épaisse bouffée de cigare, la paupière battant encore, la tête de plus en plus renversée, il me regardait attentivement.

Albert Samain était un cygne. Je ne m! exprime presque pasj iciy au figuré. Du cygne^ il avait F harmonieuse roideur et le regard. Ce n^est point le regard acérée furieux^ blessé^ de 1 oiseau de proie j mais l'impassible regard de la bête sacrée qui se détacha et s'envola de la frise du temple, le regard qui ne reflète que V apparence des choses qui s'écoule, sous lui, dans les eaux du fleuve. Du cygne, il avait la glaciale et triste attitude née peut-être de cet orgueil d'avoir un jour couvert Léda. Cygne ami de l'ombre ! Je l'aperçus voguant^ épanoui, sur l'étang du Jardin de rinfante.

L'eau s'enfonçait, indéfiniment verte, dans des bleus infinis. Des belles, attardées et renversées sur la mousse parmi des tulipes et des cristaux, offraient en gémissant les fruits ronds de leurs robes-à-paniers à des Lindors exaspérés :

Les gondoles sont là, fragiles et cambrées, Sur Teau dormeuse et sourde aux enlacis mourants; Les gondoles qui font, de roses encombrées, Pleurer leurs rames d'or sur les flots odorants.

(^Au Jardin de l'Infante.)

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