LUXEMBOURG
Der Proletarier (P. Krier) :
Le Bureau international du Travail est l’œuvre de son premier directeur qui durant douze ans, et depuis son origine, lui a consacré
le meilleur de ses efforts. Les progrès qu’on peut enregistrer dans le domaine de la législation internationale du travail pendant ces derniers temps sont dus en grande partie à son inlassable activité.
Tout en ne cessant pas de poursuivre ses efforts pour obtenir la consécration générale de la semaine de quarante-huit heures, il a usé pendant ces derniers mois de toute son influence pour gagner de nouvelles adhésions à l’idée de la semaine de quarante heures et pour vaincre les résistances qui s’opposent à cette réforme.
Le formidable problème du chômage et le problème connexe de la création de possibilités d’emplois occupaient particulièrement cet esprit pénétrant et réfléchi. Le Luxembourg et sa classe ouvrière avaient en Albert Thomas un bon ami qui suivait avec intérêt le mouvement social et économique de notre pays. En ce moment, nous nous sentons plus que jamais unis avec le prolétariat international qui pleure aujourd’hui un de ses plus grands et un de ses meilleurs représentants.
Escher Tageblaii (R. P.) :
Albert Thomas était non seulement le créateur mais encore l’animateur de cette grande œuvre : le Bureau international du Travail. On peut dire que si cet organisme a pu (plus que les autres institutions de la Société des Nations) affirmer sa vitalité, cela était dû au fait que sa direction fut confiée à une forte personnalité. Albert Thomas sut, avec une ardeur réfléchie, en faire un instrument conforme à sa volonté, conforme à sa foi, instrument avec lequel il pouvait s’identifier sans craindre les contradictions. Mais son œuvre n’était pas facile. Car le Bureau international du Travail n’est nullement un organe de la classe ouvrière. Il repose, tout comme la Société des Nations, sur des conventions des Etats capitalistes. Tout ce que l’on se proposait de réaliser, il fallait le conquérir de haute lutte. Sans les dons diplomatiques et politiques d’une personnalité comme celle d’Albert Thomas, on n’aurait pu enregistrer dans la plupart des cas que des essais.
Luxemburger Zeilung , (I. Bessling) :
Rappeler son action à la tête de l’institution qu’il a créée, formée, orientée, ce serait faire l’histoire même de l’Organisation internationale du Travail. Il suffit d’en marquer ici le sens et les étapes. Tant que la marche de l’économie semblait normale et ascendante, il s’attacha à faire bénéficier la classe ouvrière d’une protection sociale toujours plus étendue, d’un niveau de vie toujours plus élevé... On peut dire que, grâce à l’effort tenace, continu, progressif du Directeur, le sort des salariés de chacun des pays Membres de l’Organisation internationale du Travail s’est trouvé amélioré et la structure de notre société consolidée. Mais cet homme est trop averti des faiblesses mêmes de cette structure, trop conscient du fait que « le social » est subordonné à « l’économique », trop intimement convaincu que la politique générale, entendue dans le sens le plus large, commande la politique sociale, pour qu’il ait pu ou voulu s’en tenir à cette œuvre de prévoyance et de protection sociale... D’ailleurs, cet esprit toujours en éveil, qui préjuge l’avenir avec la prévoyance que donne la connaissance exacte du passé, se rend compte que, pour importante et urgente que soit la solution des grands problèmes de l’heure, seules des réformes permanentes et organiques du statut même de nos sociétés industrielles pourraient prévenir les ébranlements futurs. Et, dans cet effort de réorganisation économique « d’économie organisée», — effort qui se dessinait à peine dans son dernier Rapport mais qui occu-
pait toute sa pensée — il s’inspire, conformément à sa méthode, non pas d’idées préconçues, de doctrines toutes faites, d’un souci de partisan, mais uniquement de la science et de l’expérience.