CENTRE DE NOS FOUILLES EN
Vue de la Rue du Marché, d'après une ancienne Photographie avant démolition du Marché Couvert
Fère a été, cette année, le centre de nos Fouilles dans le département de l'Aisne, et c’est de Fère que seront datés nos Procès-Verbaux.
De ce centre d'opérations, nous avons pu, tout en maintenant une certaine activité à Aiguisy, entretenir d’utiles relations avec Caranda, Arcy-Sainte-Restitue et Armentières, Nécropoles qui semblent inépuisables.
Nous avons pu aussi, explorer d’intéressantes Sépultures Gallo-Romaines que nous découvrions non loin de Fère, au village de Nampleuil-sous-Muret, et qui, par droit d'ancienneté et par la beauté de leurs produits, prendront le premier rang dans le Compte rendu que nous allons faire de nos différentes Fouilles en 1885.
Fère est une petite ville du département de l’Aisne, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Château-Thierry; sa population est de deux mille trois cents habitants.
Fère {Fara), d'après Ducange, passait pour être d’origine Gauloise; aujourd’hui, grâce à nos Fouilles, on en est sûr : en effet, elles ont révélé que dès avant l'ère chrétienne, Fère et le Turdenois, qui avait cette ville pour capitale, étaient déjà occupés par des populations Gauloises, dont les Tombes nous ont conservé des Vases de terre de grande
dimension, des Objets de parure, des Armes, jusqu’à des Chars de combat.
Cest à l’obligeance de deux de nos excellents collègues, MM. E. Varin et Delauney
les habiles graveurs bien connus, que nous sommes redevable des charmantes vues de la 8 ;
ville de Fère, dont l’une se trouve en tête de cette Notice; l’autre que nous reproduisons
plis bas, est la vue de la Grande Place de Fère, avec sa vieille Halle, sa Fontaine publique
et sa Promenade; sur lune et l’autre de ces vues, se détache la Tour carrée de l’Église,
surmontée d’un léger campanile (1).
Lo] I
Cest près du Calvaire de cette ville que nous avons découvert importante Nécropole de Sablonnière, et c’est dans ce même canton de Fêre, qu’ont été explorées successivement les Nécropoles de Caranda, de Trugny, d’Aiguisy et autres, dont le Mobilier funéraire si varié a formé la Collection Caranda.
(1) D'après une excellente photographie de M. Masson.
ge —
Les Fouilles de 1885 ont continué à nous donner d’intéressants résultats.
L’Age de la Pierre y est encore représenté par des Silex votifs.
L'Age du Bronze y à fait son apparition, et apportera son modeste contingent dans cette grave question qui est à l'étude en ce moment.
L’Époque Gauloise, dans ses Incinérations, est venu augmenter le nombre des beaux et grands Vases qui sont l'honneur d’une Collection.
L'Époque Gallo-Romaine, nous a fourni de nombreux spécimens de ses jolis Vases en terre rouge.
L'Époque Mérovingienne, dont le Mobilier funéraire varie peu ordinairement, nous réservait cependant des surprises. Près de Boucles tout-à-fait minuscules rencontrées sur de jeunes enfants, on en trouvait d'énormes en fer, à la ceinture de femmes; ce fait, que nous nous faisons un devoir de rappeler de nouveau ici, donne une nouvelle autorité à l'opinion émise par Jules Quicherat, dans son Histoire du Costume en France, à savoir que les femmes portaient aussi le Ceinturon, atteignant même le poids de 5 à 600 grammes. Une des nôtres pèse 775 grammes.
Une Plaque en bronze se fait particulièrement remarquer par une Inscription sur Vardillon, et par des Ornements qu'on croit symboliques, gravés au centre de la pièce ; cette circonstance devra, à notre retour à Paris, nous mettre en rapport avec de savants épigraphistes.
La Poterie Mérovingienne nous a fourni aussi quelques spécimens qui viennent rompre la monotonie ordinaire de ses formes, entre autres, un Vase en terre, fort curieux, qui affecte positivement celle de la Corne d’abondance antique.
Les différentes Monnaies Romaines recueillies à Aiguisy, sauf une de César et de son neveu Auguste, sont presque toutes comprises entre Constantin [er et Théodose, soit de 306 à 376 de l’Ëre chrétienne; ces Monnaies appartiennent donc au IVe siècle, comme la grande majorité de celles que nous avons trouvées dans les autres Nécropoles du canton de Fère.
Queiques Monnaies Gauloises, en plus grand nombre qu'ailleurs, entre autres celle de Criciru, formaient l’'Obole destinée à Caron.
À Nampteuil-sous-Muret, selon le rite observé à l'Époque Gallo-Romaine, les corps étaient orientés la tête au Sud, les pieds au Nord, et inhumés à une profondeur de deux mètres environ, généralement dans des Cercueils en bois, fort épais, comme on peut en juger par la longueur des Clous de 0" 15.
À Aiguisy, au contraire, la plus grande partie des Sépultures étaient en pleine terre, à 0" 50 à peine du sol; les corps orientés la tête regardant le, Levant, quelques-uns placés dans des Cercueils en bois, d’autres recouverts d’une Dalle en pierre, sur laquelle sont
gravés des Ornements en usage à l’Époque Mérovingienne.
SSS
D ge
ES
Voici la reproduction d’une de ces Dalles semblable à celle découverte à Armentières.
Les terrains que nous avons explorés à Aiguisy, offraient les plus grandes difficultés
s, Le sol, formé d’une terre marneuse et glaiseuse, les recouvrait
pour l'enlèvement des Obje se et compacte : non-seulement à la sortie de la fosse, leur extraction
d’une croûte épa du sol imposait les plus grandes précautions, mais les mêmes soins étaient indispensables dans l'atelier, lorsqu'il fallait procéder à leur restauration. Mais nous avions compté sur lintelligent dévouement de notre personnel, qui ne s’est pas démenti.
Nous devons témoigner toute notre reconnaissance à M. Pilloy, qui nous a donné une nouvelle preuve de son amitié et de son remarquable talent dans l'exécution des nouvelles Planches.
Que MM. Parcot, cultivateur à Nampteuil-sous-Muret, et Hirt, meunier audit lieu,
reçoivent nos remerciements pour leur empressement à mettre à notre disposition les
aires.
terrains qui nous étaient néces
Les Fouilles de Nampteuil-sous-Muret nous ont procuré une abondante récolte de Vases Gallo-Romains, remarquables par leur belle conservation, la fraicheur de leur terre, rouge, noire, grise et blanche, et par la variété de leurs formes. Nous y avons recueilli s de verre, très-irisés, et d’une finesse de fabrication
aussi une certaine quantité de Vas qu’on ne dépasserait pas aujourd’hui.
Ne terminons pas cette Notice sans prier MM. Morio-Delisle, et Léon Caillez, maire
de Soissons, d’agréer l'expression de notre gratitude pour l'autorisation spontanée toute
sympathique, qu'ils ont bien voulu nous donner, en leur qualité de propriétaires.
Lre-en-Turdenoïs, le 31 4 yrilre 1885.