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Album Caranda

Saint-Audebert, est un hameau dépendant de Presles-et-Boves, village de 335 habitants, du canton de Braine (Aisne).

Il offre à la curiosité du touriste, comme preuve de son ancienneté, des Boves qui furent jadis, dit-on, habitées par les Troglodytes ?

Du reste, l'époque préhistorique y est représentée par des Armes et des Instruments en pierre, dont plusieurs sont reproduits sur la Planche cent quatorzième de notre Album.

On va voir que cette Nécropole, dont nous allons rendre compte, et qui, dans la contrée est sous l’invocation de Saint Audebert, peut également, comme titre d’une haute

antiquité, évoquer son origine qui se perd dans la nuit des temps.

En effet, nous avons reconnu que cet emplacement avait servi de lieu d'inhumation

aux populations qui se sont succédé dans le pays; et nous avons constaté que ces Sépul-

tures appartenaient à trois époques qui doivent être déterminées, comme suit:

10 Époque Gauloise, d'avant la Conquête, — le séjour des Gaulois y est nettement affirmé par le résultat des Fouilles. Nous avons pu y recueillir des Armes en fer, des Lances, des Javelots, au milieu d’une nombreuse Poterie Rudimentaire, d’un travail tout à fait primitif;

20 L’Époque Galio-Romaine, se signale au contraire par un élégant Mobilier funéraire;

30 Époque Mérovingienne. — Dans les nombreuses Tombes en pierre, visitées, les Sépultures étaient en désordre, les Mérovingiens ayant été dépouillés des Armes et des Ornements dont on avait habitude de les entourer à leur mort.

Voici un Plan de la Nécropole de Saint-Audebert, établi d'aprés un croquis communiqué par M. Bouchel, l’intelligent instituteur de Presles-et-Boves. Il comprend une superficie de quatre-vingt-cinq ares, quatre-vingt-onze centiares, pour les terrains explorés en 1890. On pourra y suivre le travail de nos Fouilles, pendant les années 1889 et 1890, dans les trois Cimetières, GAuULoIS, GALLOo-RoMaINs et MÉROVINGIENS, qui étaient réunis sur le même terrain, cultivé par M. Brodin. Ils n'étaient séparés, les uns des autres, que par quelques mètres seulement; et même, sur certains points, les deux modes d’Inhumation

et d'Incinération, se fusionnaient.

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Comme on le voit, Saint-Audebert était un Cimetière mixte, avec ses différents modes dinhumation. Il rappelle positivement, moins l'importance, les remarquables Nécropoles mixtes de Caranda, de Sablonnière et dArcy-Sainte-Restitue, dont nous avons fait antérieurement la description à laquelle on peut se reporter.

Ce fut le 20 avril 4890, qu'on nous prévint que la charrue venait de mettre à découvert à Saint-Audebert, dans un terrain cultivé par M. Brodin, de nombreux fragments de Poterie antique qui provenaient d’incinérations Gauloises et Gallo-Romaiïnes. Les Urnes se trouvaient généralement en pleine terre, et quelques-unes dans des petits caveaux formés de pierres brutes.

Aussitôt que l'autorisation nous fut donnée, nous avons commencé des Fouilles qui ont été poursuivies avec quelque succès. Elles nous ont donné d’intéressants Objets d’antiquité en fer, entre autres un Rasoir datant de la fin de l'Age du bronze et de curieuses Serpes à douille.

Les Bracelets de lignite, très rares en Gaule, ont été nombreux. La Céramique est représentée par plus de trois cents Vases et Urnes cinéraires, de formes et dimensions variées, et de fabrication Gallo-Romaine. On y remarque surtout deux Amphores en terre rouge d’une parfaite conservation et ornées de couronnes de bronze.

Les Fibules en fer, en grand nombre, ont été trouvées dans l'intérieur des Urnes cinéraires mêlées aux ossements. Elles avaient servi à fixer le linceul dont on entourait le défunt avant de le livrer au bûcher. Leur passage dans le feu semble en avoir assuré la conservation.

Nos travaux dans cette nécropole, se sont prolongés pendant quatre mois, toujours facilités par le bon vouloir des propriétaires et locataires, sous le patronage éclairé de M. le comte de Rubelles, maire de Presles-et-Boves.

Le hasard nous ayant fait rencontrer et recueillir dans le cours de ces Fouilles, une Pierre gravée, qui nous apparut comme pouvant être un sceau de Saint Audebert. patron de la Nécropole, nous nous sommes empressé de consulter des personnes compétentes dans ces questions, MM. l'Abbé GayraRp, curé de Saint-Louis-d’Antin, et nos confrères Maxe WerLy et J. PILLoy.

Voici l'opinion de ces savants. — Nous nous y associons entièrement.

Sur la figure, représentée ci-dessus, apparaît l’image d’un sceau ogival du XVe siècle, qu'une main peu exercée dans ce genre de travail, a essayé de reproduire sur la pierre. On croit reconnaître dans l’exécution de cette œuvre, quoique grossière, l'intention de produire le sceau de Saint Audebert.

En effet, selon la description que notre savant collègue, M. Maxe Werly, en a faite: « On remarque comme sujet principal, debout sous un dais de forme gothique, un Évêque, » la miître sur la tête, tenant une crosse de la main gauche et élevant la main droite pour

» bénir.

ares

S'HATENTEE

» A ses pieds et couvrant la partie inférieure de son vêtement, est placé un écusson » chargé à droite d’une fasce et à gauche d’une étoile à cinq raies? »

Voici l'opinion que M. J. Pilloy a formulée à cet égard :

« Un sceau en bronze aurait pu être importé! mais ce sceau est en pierre calcaire » lacustre du pays, et n’a pu être fait que là où il a été trouvé. Ce qui le prouve péremp- » toirement, cest précisément la rudesse de sa taille, lincorrection du dessin. Ce n’est pas » un praticien qui l’a fait, mais un amateur, et tout indique qu'il a voulu représenter Saint » Audebert. En résumé, ce sceau est pour moi une pièce très intéressante, et je joins à ce » renseignement un dessin, de l’'Original-Caillou, avec toute l'exactitude possible, pour que » les paléographes puissent mieux l’étudier. »

Ce qui semble confirmer lauthenticité du sceau de Saint Audebert, c'est que cet éminent personnage a passé pour ainsi dire, une partie de sa vie dans la région, ainsi ‘que cela résulte des intéressants détails, que nous tenons de l’obligeance du savant Abbé Gayrard, et que nous allons citer in-extenso (1).

« Saint Audebert naquit à Senlis, eut une enfance très vertueuse, toute livrée aux fortes » études. Pour vaquer plus librement aux choses du ciel, au travail et à la pénitence, il se » retira d’abord à Villemétrie, puis lÉvêque de Senlis Agmare, lui conféra le sacerdoce.

» A la mort d'Agmare, il fut demandé par le peuple et le clergé pour Évêque. La reine » Sainte Bathilde ayant confirmé cette élection, il fut sacré par le B. Lambert, de Lyon.

» Il fut un prélat très exemplaire. Entre autres monastères, il fonda celui de Crépy en » Phonneur de Sainte Agathe. Dans sa vicillesse, il fut persécuté par Ébroin, maire du » Palais, et il fut exilé jusqu’à la mort d’Ébroin.

» Après un épiscopat de cinquante ans environ, il mourut vers lan 700, à l’âge de » quatre-vingt-dix ans, et fut enseveli dans l’église de Saint-Rieul. »

Tels sont les documents authentiques que nous avons recueillis concernant Saint Audebert, sous le patronage duquel est placée l'antique Nécropole que nous venons d'explorer.

En quittant Saint-Audebert, nous avons reporté nos Ateliers aux grévières de Ciry- Salsogne. Cette localité nous avait été signalée, comme renfermant des Sépultures antiques. L'accueil le plus sympathique nous y attendait, et MM. Cheval, Leloutre et Michel, propriétaires ou exploitants des grévières, s’'empressaient de mettre à notre disposition leurs terres dans cette localité. Il fallait nous hâter, car le mois d'octobre était déjà en partie écoulé.

Ces grévières avaient donné asile à une population assez nombreuse de Gaulois d'avant la conquête, dont le Mobilier funéraire nous a offert une réunion remarquable de Torques et Bracelets en bronze ainsi que de Vases en terre.

Dans une partie de ce Cimetière, nous nous sommes positivement trouvé dans le

(4) Résumé extrait du livre des Bollandistes.

quartier affecté aux femmes; car, en quelques jours seulement, nous y avons recueilli trente Bracelets et quinze Torques en bronze, des Colliers en ambre et des Pendeloques en bronze et pâte de verre.

Le Mobilier funéraire des hommes consistait en Armes de fer, des Poignards de grande dimension, des Lances, des Javelots et des Flèches; nous n'avons rencontré qu’une seule Épée en fer.

Mais, dans notre Collection, ce sera lArme la plus remarquable, qui nous ait encore été fournie par PÉpoque Gauloise d'avant la Conquête. Le Fourreau en fer, dans lequel repose la Lame, porte dans toute sa longueur une cote médiane très saillante: la Poignée, de onze centimètres de long, est terminée par un Bouton en fer formant pommeau, et Pextrémité du Fourreau s’engage dans une Bouterolle en bronze, d’une certaine élégance.

Cette Épée, des mieux conservées, se singularise par ses dimensions de : soixante-treize centimètres de longueur, et de cinq centimètres au plus large de la Lame.

Toutes les Sépultures Gauloises des grévières de Ciry-Salsogne, se sont présentées exactement dans les mêmes conditions que celles observées à Caranda, Sablonnière, Arcy, Trugny et Armentières. Toutes étaient en pleine terre, à une profondeur de Om 60 du sol, et orientées, les pieds vers le levant. Il n’y restait presque aucun débris humain : les Vases en terre étaient placés à la tête; très détériorés, ils ont dû subir, en général, une restauration aussi difficile que réussie.

Tel est Paperçu de nos travaux à Saint-Audebert et aux grévières de Ciry-Salsogne, pendant lexercice 1890. Ils portent sur un ensemble de deux cent dix Sépultures explorées, dont cent vingt en Incinérations et quatre-vingt-dix en Inhumations.

Nos Procès-Verbaux, qui vont suivre, en donneront le détail.

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