‹ Album Caranda (volume 5)Chapitre 2 sur 12 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

EULTURE GALLO-HIPPIQUE

LES GRÉVIÈRES DE CIRY-SALSOGNE IN

Dans la partie du département de Aisne comprenant les deux Arrondissements de Soissons et de Château-Thierry, les Gauloises, Femmes et Fillettes portaient généralement le Torque en Collier.

Elles n'étaient pas aussi étrangères qu’on peut le croire à l’art de Équitation.

Nous espérons pouvoir en fournir la preuve.

La série des Harnachements qui nous a tant occupé l'an dernier, et que nous croyions

épuisée, vient de faire une nouvelle apparition dans nos Fouilles de Ciry-Salsogne. À La découverte consiste en un élégant Mors-Brisé, en fer, de Om 30 centimètres de longueur, parfaitement conservé, que nous avons trouvé, associé, dans la Sépulture d’une Gauloise à un remarquable Mobilier funéraire, composé d’Ornements et de Parures de femme. La défunte était entourée de Vases à décors incisés et rehaussés d’une couleur rouge. Nous ne pouvions pas la présenter sous le titre de Sépulture à Char, puisqu'elle ne nous avait pas livré les Cercles de Roues traditionnels, la Case et les Boulons du Char, ni le Casque en cuivre, ni l'Oënochoë, et autres Objets précieux que nos heureux confrères de la Marne, MM. Léon Morel, Auguste Nicaise et Fourdrignier, ont découverts dans les Sépultures à Char de Somme-Bionne, La Gorge-Meillet, Sept-Saulx et la Cheppe.

Il nous était difficile aussi d'y voir la Sépulture d’un chef Gaulois qui, avant de mourir, aurait ordonné que son Cheval de bataille laccompagnât dans sa tombe; circonstance qui s’est déjà présentée dans nos Fouilles de Sublonnière, Trugny et Chassemy. Celle dont nous nous occupons aujourd’hui ne contenait pas d’Armes.

Nous avons donc été amené à penser que la Sépulture de Ciry-Salsogne pouvait être celle d’une importante Gauloise qui, de son vivant, avait pu aimer et cultiver les arts, particulièrement celui de l’'Équitation.

Son Mobilier funéraire semblait nous y autoriser, car il ne contenait pas d'Armes, mais une remarquable réunion d'Objets précieux, un magnifique Torque en bronze, orné de Pendeloques, encore eu cou de la défunte, deux Anneaux aux oreilles, et sur la poitrine, une gracieuse Fibule, de forme col de cygne, des Anneaux en bronze et en ambre; le bras droit portait'encore le Bracelet qui lui avait été confié, et la main gauche tenait des Objets de toilette en fer que malheureusement la rouille n'avait pas épargnés.

Des pieds à la tête le corps de la défunte était entouré de sept Vases à décors incisés, rehaussés d’une couleur rouge, dont l’un portant 0m56 de hauteur, se fait remarquer par l’élégant Cordon de méandres qui l'entoure.

Le Mors-Brisé était placé intentionnellement, à l'extrémité de la tombe, dans la position de ceux rencontrés dans des Sépultures à Char et décrits par nos collègues de la Marne.

Ce Mobilier funéraire venait donc à l’appui de notre interprétation, et semblait justifier le titre d'Écuyère que nous avions donné à Ja Gauloise.

Mais cette proposition, parce qu’elle se présentait pour la première fois, devait bientôt soulever certaine critique : « L’hypothèse d’une écuyère Gauloise n’était pas admise, attendu, » disait-on, que le Mors avait été trouvé à l'extrémité de la Sépulture; qu’il peut fort bien » provenir d’une Sépulture voisine; que rien n'autorise à croire que les Gauloises avaient » monté à cheval; (les historiens n’en savent rien): qu'on peut croire que cet Objet » n'appartient pas à la tombe où il a été exhumé. »

Häâtons-nous de dire qu'il suffit de jeter les yeux sur le Plan des Fouilles, pour

reconnaître qu'aucune confusion n’est possible.

Plan des fouilles aux Grévières de Ciry- Salsogne , (Aisne) de Sépultures Gauloises ,explorées en du «1892

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Rien waulorise, dit-on, à croire que les Gauloises avaient monté à cheval; et on ajoute que les historiens n’en savent rien. Et cependant, au même moment, plusieurs de nos savants confrères, parmi les plus autorisés, nous signalaient des Stèles, des Bas-Reliefs, des Statuettes et des Médailles, qui semblent être en opposition avec les assertions de la critique. Ils ont bien voulu mettre plusieurs spécimens et des reproductions à notre disposition, en les accompagnant de très intéressantes notes, qui peuvent aider à élucider la question. Nous allons les parcourir.

D'abord, nous tenions de l’obligeance de M. Salomon Reïnach, un exemplaire de son savant Catalogue du Musée des Antiquités nationales au château de Saint-Germain-en-Laye. On y lit: Salle XIX, Entresol, Mythologie Gauloise : « Cette Salle est entièrement consacrée aux Monuments de » la Mythologie Gauloise.

» Dans une Niche on a réuni une série de Bas-reliefs en pierre et en terre cuite » (Moulages et Originaux) relatifs à la déesse Epona, protectrice des chevaux. Epona, » assise sur un trône vers lequel s’avancent, de part et d'autre, des Chevaux aux formes » trapues; au-dessous un Char traîné par trois chevaux (Musée de Stuttgard).

» À droite, Bas-reliefs représentant Epona à cheval; elle est assise à droite, tandis que » nos Amazones montent à gauche. — Dans un Bas-relief (Musée d’Autun), la jument que » monte Epona est accompagnée de son poulain. Vis-à-vis, à gauche, autres figures » équestres d’Epona, etc., etc. »

Bientôt, notre obligeant et très savant confrère, M. Héron de Villefosse, voulait bien nous communiquer copie d’ane note sur Epona, qu'il a lue à la Société des Antiquaires, le 10 février dernier, et dont nous extrayons le passage suivant :

Bulletin du 10 février 1892. — « M. Héron de Villefosse présente la photographie » dune Statuette d'Epona, en terre cuite, découverte par notre confrère, M. Paul Ducha- » telier, à la station de la Tourette, sur le sommet du Mont Frugy qui domine la ville de » Quimper. On sait que plusieurs Statuettes en terre cuite ont été déjà découvertes sur » ce point.

» La déesse est assise de côté sur un cheval bridé; elle repose sur le côté droit de » lanimal, vêtue d’une longue robe, serrée à la taille, qui la couvre entièrement; elle tient » de la main droite une Palère à ombilice, et de la main gauche un Vuse à verser, une » sorte d’oënochoé. Ses cheveux sont disposés autour de la tête en bandeaux très épais et » assez élevés, Le cheval, dont les jambes et la queue sont brisées, a l'apparence vigoureuse » des chevaux Gaulois; il porte une crinière qui semble tressée tant elle est régulièrement » disposée.

» Cette terre cuite est analogue à celles qui ont été découvertes en Bourbonnais et » publiées par M. Edm. Tudot.

» En Bourgogne, et notamment dans les environs d’Autun, on a découvert un certain

» nombre de petits Bas-reliefs en pierre, qui représentent la déesse Epona dans la même

» posture. Quelquefois la monture de la déesse est accompagnée d’un jeune poulain.

» Plusieurs de ces Monuments sont reproduits dans un ouvrage récent de MM. Bulliot » et Thiollier.

» Ce sont des images de la Déesse qui étaient placées dans les écuries de la contrée, » pour préserver les animaux de tout danger. Æpona était par excellence la divinité » protectrice des Chevaux, des Anes, des Mulets, et en général de toutes les bêtes de » somme (Jumenta).

» Les dévots d’Epona étaient nombreux dans les trois Gaules où le culte de cette » divinité est attesté par des Inscriptions et d'importants Monuments en pierre, en terre » cuite et en bronze.

» Parmi ces derniers, le plus célèbre est celui qui fut découvert en 1860 à Loisia, dans » le Jura, et donné, la même année, au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale, » par M. Prosper Dupré. En Bretagne, en Helvétie, dans la vallée du Rhin, et dans celle » du Danube, en Germanie, dans le Borique, en Pannonie et en Dacie, on a trouvé des » Autels votifs, portant le nom d'Epona.

» En résumé, c’est en Gaule surtout, et dans les pays occupés par la race celtique, que » les Monuments consacrés à Epona se retrouvent en plus grand nombre. Tout porte à » croire que cette Déesse avail une origine Gauloise et que son culte répandu en Italie, y » était venu de la Gaule cisalpine. Parmi les Monuments italiens qui la représentent, on » peut rappeler une Pierre gravée, conservée à Adria, et sur laquelle on voit la Déesse » assise sur un trône entre deux mulets. »

De son côté, le savant président de la Société Eduenne, M. Bulliot nous offrait un exemplaire de sa remarquable étude sur la mission et le culte de Saint Martin dans les pays Eduens, dans lequel se trouvent trois gravures qui, d’après des Stèles découvertes dans les régions d’Autun, reproduisent la Déesse Epona à cheval.

Au même moment, le très obligeant et savant Conservateur-adjoint des Musées nationaux, professeur à l'Ecole du Louvre, M. Louis Courajod, appelait notre attention sur des Bas-reliefs, conservés dans le Musée d’Épinal et qui représentent également £pona assise à droile sur un cheval.

Bientôt l'habile Conservateur du Musée départemental des Vosges à Épinal, M. Ferd. Vaulot, faisait mouler, à notre intention, trois Bas-reliefs relatifs à la Déesse Epona à cheval, en y ajoutant une note manuscrite.

Puis, sur notre demande, M. Duchatelier, notre savant Confrère, nous adressait une photographie de la Déesse Epona également à cheval, que sa collection possède.

M. Pilloy nous communiquait plusieurs dessins extraits de l’'Alferthümer Unserer heidnischen Vorzeit de Lindenschmit (1er volume 1er cahier, pl. 6), représentant des Plaques d'albâtre et de pierre calcaire grise sur lesquelles figure en relief la Déesse Epona assise

sur son cheval bridé.

Il nous a signalé, en outre, six autres Statucttes en terre cuite d’'Epona, publiées par le même auteur, dans le 3e tome de l'ouvrage sus-indiqué (10e cahier, planche 3), trouvées « dans le pays Rhénan, Rheinpfalz, Castel près Mayence, citadelle de Mayence, Heddernheim » et Bade, et conservées dans les Musées de Darmstadt, Speyer, Mayence, Wiesbaden et » Carlsruhe, ce qui prouve que le culte de la Déesse protectrice des chevaux était aussi en » honneur dans une grande partie de la Germanie. Le style de cesterres cuites est lourd si

» on les compare avec celles qu'ont fournies les ateliers de l'Allier; on est autorisé à penser

» qu'elles ont été fabriquées dans le pays où elles ont été découvertes. »

La Déesse Epona avait aussi ses partisans en Angleterre. Nous en avons la preuve dans le passage suivant qu’on lit dans la Collectanea antiqua (vol. VI, parts I et Il), par’ Charles Roach Smith. — E. S.A.

« Dans la femme représentée à cheval, nous devons, à mon avis, reconnaître Epona, » la déesse des chevaux. — Sur des autels découverts en Ecosse et en Allemagne, on la » voit associée aux divinités des champs. (campestres), et dans une circonstance elle est » qualifiée de Mater. »

Enfin, nous recevions de M. de La Tour, le savant sous-bibliothécaire au Cabinet des Médailles, une remarquable reproduction à la plume, du célèbre bronze Æpona trouvé en 1860 à Loisia en Jura, par M. Prosper Dupré, qui l’a offert la même année, au Cabinet des Médailles.

Que tous ces Messieurs, qui ont bien voulu nous aider de leurs précieuses communications, reçoivent ici l'expression de notre profonde gratitude.

N'oublions pas MM. Delbeke père et fils, Saint-Elme Gauthier et Michel, de Fère-en- Tardenois, pour le précieux concours de leur élégant crayon et gracieuse peinture.

Nous terminerons ces Gtations par la transcription d’un renseignement curieux, sur l'équitation par les femmes, fourni par Antony Rich dans son Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines (page 249), à l’article EQUES.

« ques en général, quiconque est à cheval — Cavalier. Les Grecs et les Romains » montaient sans Étriers, et à poil; les femmes montaient de côté sur un coussinet ou » éphippium, ainsi que le prouvent les expressions: Mulicbriter équitare ou equo insidere. » (Amm. Marc, XXXI, 2, 6, ef. Achill. Tat. Amor. Clitoph. et Leucip., I, 1; Agathias, III).

» Quelquefois, les hommes eux-mêmes suivaient cette mode, ainsi que le montre la » gravure qui termine cet article: elle représente un citoyen aisé de Pompéi qui fait à cheval

» un tour de campagne (d’après un paysage trouvé dans cette ville). »

À la suite des citations que nous venons de faire, il nous a semblé opportun d'exposer ici quelques reproductions des différents Bas-reliefs, Stèles et Statuettes dédiés à la Déesse Epona, qui ont été recueillis dans une partie de la Gaule et sont conservés dans les

Musées de Saint-Germain, d’Autun, d'Épinal, de Pompéi et du Cabinet des Médailles.

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