M. BORDES, A BORDEAUX
Le livre d'heures exposé par M. Bordes est, en réalité, un composé de deux manuscrits d'origine très difPérente et de valeur très inégale.
Le calendrier, en douze feuillets, qui en constitue la première partie a été exécuté dans le nord de la France, probablement entre Saint -Wandrille et Saint- Riquier, dans le département de la Seine - Inférieure ou celui de la Somme. Les miniatures , d'un dessin très fin et de couleurs très fraîches , en sont des plus remarquables. Chaque page porte, en haut, un médaillon et, en bas, une grande scène. Les médaillons des rectos sont consacrés aux travaux des mois, et ceux des versos aux signes du Zodiaque; les grandes scènes, aux fêtes, aux occupations, aux plaisirs, etc., de chaque période : — Janvier. Visite d'une reine à l'église le jour du premier de l'an. Conversion de saint Paul sur le chemin de Damas. — Février. Procession de la Chandeleur. Le jeu du mail (la même scène se retrouve dans le manuscrit de la Cité de Dieu , à la bibliothèque de Nantes). — Mars. L'émondage de la vigne. La prédication du carême par un franciscain; prédication qui se fait en plein air (voir la planche). — Avril. La fête de Pâques (confession, communion, messe). Un seigneur et sa suite se rendant à l'église le jour de Pâques. — Mai. Promenades dans les prés. Paysans et paysannes allant vendre des fruits au marché. — Juin. La fenaison. Le jeu de la quintaine, représentation rare (voir la planche) : le coureur de quintaine , à demi nu , debout dans un bateau , s'apprête à percer d'une lance un écusson que tient un autre personnage, également en bateau; sur les deux rives, des spectateurs. — Juillet. La moisson. Le jeu de boule. — Août. Le battage des blés. La cueillette des fruits. — Septembre. La vendange. Une sorte de jeu de mail, difficile à définir. Une vue du mont Saint-Michel. — Octobre. Les semailles. La chasse au cerf. — Novembre. La glandée. La chasse au sanglier. — Décembre. La salaison du porc. Le jeu des boules de neige.
MINIATURES
La seconde partie du manuscrit est très probablement d'origine poitevine , et émane de plusieurs mains. On y compte trente-huit grandes miniatures, dont dixhuit à pleine page, et huit cent dix -neuf petites, à raison do trois par page, une en haut, une en bas, et la troisième à droite ou à gauche, selon que l'on a affaire au recto ou au verso, les sujets du recto étant répétés au verso en sens inverse. C'est donc une série de quatre cent trente sujets que nous offre cette seconde partie ; mais ils sont loin d'avoir la même valeur artistique que les vingt-quatre feuillets du début. Le dessin en est incorrect et la couleur mauvaise, les ors sont mal appliqués, le relief et la profondeur manquent. En somme, une œuvre médiocre.
Nous nous bornerons à signaler : la propriétaire, à genoux, assistée de sa patronne , — saint Martin à cheval , partageant son manteau , et , dans le fond , une vue de la basilique Saint-Martin de Tours, — le jeu de la balançoire, — l'annonce aux bergers.
Ce manuscrit , qui est passé par les bibliothèques Chédeau et Tufton , appartient à M. Bordes depuis 1875. Il en existe une description détaillée par Leroux de Lincj.
MINIATURES
1° Miniature : la Mort du juste, seconde moitié du xv" siècle. — Hauteur : 0,15; largeur : 0,11. — M. Houeau de Maulaville, château du Grand-Perret (Sarthe).
Une note mutilée, qui se lit au bas de la première page : « ... que l'escrit Philippe de Comines , qui estoit très familier avec . . . communiquoit les plus importantes affaires de son » pourrait porter à croire qu'avant d'appartenir à la Chartreuse du Liget, ce manuscrit ait fait partie de la bibliothèque de Philippe de Commines. Les moines du Liget le vendirent, ainsi qu'un certain nombre d'autres, à Philippe de Béthune , qui le fit revêtir d'une reliure en veau rouge , avec ses armes sur les plats et, au dos, son monogramme : P*B', surmonté d'une couronne.
Les Heures de la Vierge, les Heures de la Croix, les Vêpres des morts, en latin, les quinze joyes Nostre-Dame et les cinq plaies Nostre- Seigneur, en français, qui composent ce beau manuscrit, sont ornées, à chaque page, d'une bordure élégante et délicate, mais dont la perpétuelle répétition donne à l'œuvre une monotonie regrettable.
Les quatorze grandes miniatures , remarquables notamment par le brillant et la bonne application des ors, représentent : — 1° L'Annonciation. La Vierge et l'ange sont tous deux à genoux. La Vierge porte une ceinture d'orfèvrerie; les ailes de l'ange sont œillées. — 2° La Visitation. La Vierge porte, à nouveau, une ceinture d'orfèvrerie, avec pierre rouge au centre et pendants par -devant; un ange soutient la queue de la robe. Dans le fond, sur une hauteur, un paysage avec moulin à vent, et grand château avec toiture pointue couverte de tuiles. — 3° La Nativité. Jésus, à terre, est adoré par Marie et Joseph. — 4" L'Annonce aux bergers, avec le moulin à vent et le grand château à toiture en tuiles. — 5° L'Adoration des Mages. — 6° La Présentation au Temple. Le vieillard Siméon porte une véritable mitre d'évêque, à fond blanc, avec titre, cercle et broderies d'or. — 1° La Fuite en Egypte. Nouvelle édition du moulin à vent. — 8° Le Couronnement de la Vierge. Dieu et Marie sont assis sur une espèce de grand canapé, recouvert d'une housse verte, à fond quadrillé rouge, bleu et or. Des anges jouent de divers instru-
MINIATURES
ments. — 9" L'Inspirai ion de David. Le Psalmiste, à genoux, sa harpe devant lui, semble écouter la voix de Dieu, qui apparaît dans le ciel. — 10° La Crucifixion. — {[" La Pentecôte. — 12° La Mort du juste (voir la planche). Le juste est étendu sur un linceul, qui recouvre une espèce de sarcophage. Un diable noir tire par les pieds la figurine représentant l'àme du mort, qu'un ange tire par les bras. Saint Michel transperce le démon. Un autre ange porte un bouclier écussonné de gueules à la croix d'argent. La scène se passe dans un cimetière, sous les yeux de Dieu le Père, — !3" La Vierc/e à l'Enfant. Elle est assise sur un siège en X, sous un dais rouge. Un ange adore l'enfant Jésus. Deux autres anges jouent de différents instruments de musique. — 14" La Résurrection. Le Christ, sur un arc-en-ciel, le sang découlant de ses plaies, bénit à deux doigts. Des anges sonnent de l'olifant. Les morts ressuscitent.
2° Miniature : l Annonciation , première moitié du xvi" siècle. — Hauteur : 0,12; largeur : 0.087. — M»"*^ de Chavigny, à Chinon.
Les heures , en latin . appartenant à M'"*^ de Chavigny sont surtout remarquables par les encadrements, qui offrent des fleurs variées : marguei^ites , roses, pensées, iris, œillets, ancolies, lis, myosotis, impériales, bleuets, etc., des fraises, des églantines. des chardons, des papillons, des libellules, une sirène tenant un miroir et portant son petit dans une hotte, des paons, des perroquets, des représentations de bijoux et de monnaies, des verreries, aiguières, vases, etc. Nous avons vu récemment, à la bibliothèque de Douai, un manuscrit dont les encadrements sont absolument semblables.
Les vingt grandes miniatures représentent : 1° l'Arrestation de Jésus- Christ au Jardin des Oliviers, — 2° la Flagellation , — 3° le Couronnement d'épines, — 4" l'Annonciation , avec un encadrement où un personnage roule une brouette, un siècle au moins avant l'invention de Pascal (voir la planche), — 5° la Nativité, — ()° l'Annonce aux bergers, — 7° la Présentation au Temple, — 8° le Couronnement de la Vierge. — 9" la Messe, — 10" la Résurrection de Lazare, — 11° la Mise au tomhciu. — 12" saint Jérôme, — 13° la Messe de saint Grégoire, — 14° saint Dominique , — 15° le Martyre de saint Sébastien, — 16° saint Nicolas, — 17° les Stigmates de saint François, — 18° le Martyre de sainte Agathe, — 19° sainte Apolline, — 20° saint Athanase.
Dans une miniature de saint Antoine ermite, le saint emploie, pour grimper à son arbre, une échelle tout à fait semblable au pitey dont se servent les résiniers des Landes.
Le goût de la partie décorative et la mention plusieurs fois répétée de la propriétaire Dona Isahel permettent de croire que ce beau et précieux manuscrit a été exécuté dans les Flandres, peut-être à Bruges, pour une grande dame espagnole.