ÉGLISE DE LA COUTURE, AU MANS
On sait combien les œuvres authentiques des grands sculpteurs du xvf siècle sont rares; aussi est-ce une bonne fortune de pouvoir, au sujet de la Vierge envoyée par l'église de la Couture, au Mans, produire le document suivant, daté du 2 juin 1570 :
(( Le dit sieur abbé (de la Couture, Nicolas Fumée) a consenti et accordé, consent et accorde que si ledit frère Pierre Vincent, son religieux, alloit de vie à trespas, auparavant que d'avoir paié à honorable Germain Pillon, sculpteur du roy et bourgeois de Paris, la somme de xxxv escus d'or soleil, sur et tant moins de laquelle ledit Pierre Vincent a pu paié et baillé vingt-cinq livres tournois... l'on puisse prendre (sur ses meubles) ce qui sera trouvé estre deu de reste de ladite somme de xxxv escus soleil pour achever de paier le dit Pillon... pour une imaige de Nostre- Danie, de pierre de marbre, qu'il est tenu luy bailler et fournir, lequel imaige de Nostre-Dame ledit religieux a donné et donne de sa part dès à présent pour estre mis sur le grand autel de ladite abbaye de la Coulture, par la permission et au consentement dudit sieur abbé. » (Archives départementales de la Sarthe, H. 1284, fol. 278-279.) ^
Les caractères propres à Germain Pilon se retrouvent, d'ailleurs, ici d'une façon très marquée. On sent dans les figures aussi bien que dans les costumes une tendance au naturalisme, qui ferait presque croire à une œuvre du xvnf siècle. Les draperies ne ressemblent en rien à celles de Jean Goujon ; au lieu de pendre droites et serrées, elles s'étalent avec pompe et forment des plis cassés, comme ceux des belles étoffes de soie. Les doigts sont effilés et démesurément longs. La chevelure de l'enfant Jésus est faite de petites boucles frisottées , au centre de chacune desquelles apparaît un coup de trépan.