DUC DE VALENÇAY, A VALENÇAY (INDRE
Le genre de meuble que nous avons sous les yeux n'était pas fait pour être isolé; un bureau le complétait, ce qui explique, en avant, la nudité du corps inférieur.
Tous les ornements sont en bronze ciselé et doré , et l'on ne saurait trop admirer la perfection avec laquelle chacun d'eux a été exécuté. Les pieds en fuseau, les consoles feuillagées des angles inférieurs, et la corniche, composée d'oves et de fers de lance, au-dessous d'une série de postes, constituent autant de chefs-d'œuvre sur lesquels nous serions heureux de pouvoir mettre un nom. Mais, à défaut de signatures et de documents authentiques , la réserve est prudente , et mieux vaut ne hasarder aucune attribution. Quoi qu'il en soit, ces bronzes sont dignes des plus grands artistes, et le meuble en son entier fait honneur à une époque qui vit, en ce genre, éclore tant de chefs-d'œuvre.
Si le bronzier est inconnu, l'ébéniste ne l'est pas; il a gravé son nom en toutes lettres sur la tablette du corps inférieur : P. Garnier. Ce meuble a donc été fabriqué rue Neuve-des-Petits-Champs , à Paris, où, suivant l'almanach de 1772, Pierre Garnier, qui jouissait alors d'une grande réputation, avait son atelier.
L'obligation pour les ébénistes de signer leurs œuvres ne remonte qu'au milieu du xviif siècle. Elle coïncide avec l'établissement de la communauté des « menuisiersébénistes » , émanation de l'ancienne corporation des menuisiers-huchiers. « En vertu de l'article 36 de l'ordonnance de 1751, dit M. de Champeaux, chaque maître ébéniste était tenu d'avoir une marque particulière, la communauté ayant aussi la sienne. Les empreintes de la marque devaient être déposées au bureau, sur une nappe de plomb , et les maîtres ne pouvaient délivrer aucun ouvrage qu'ils ne l'eussent auparavant marqué, à peine de confiscation et de vingt livres d'amende. Cette prescription, assez fidèlement observée par les maîtres ébénistes de la fin du