LARIVIÈRE, ODIER, BLONDEL, SCHNETZ
| Ils sont quatre; ils ont fait chacun leur bataille; ils tiennent les beaux coins du salon carré, et vous barrent l'horizon: et cependant, ou je me trompe fort, ou deux au moins de ces tableaux vous sont inconnus ; on Îles voit, mais on ne les regarde pas. Cela est grand et banal comme un champ
de ble.
Quand je dis bataille, peu s’en faut. Une levée de siége, ou une proces-
sion autour de la ville rendue, sont aussi bien des batailles que la prome- | nade plus ou moins jonchée de raccourcis, de deux ou trois chefs suivis de
deux ou trois soldats. Nous sommes bourgeois très-paisible de notre nature, |
et puisqu'on nous assure que quelques personnages qui se bousculent con- | stituent une bataille, nous en sommes bien aise. Nous avions imaginé que | la chose était plus terrible, et cela nous remet un peu le cœur de voir que ces soudards se comportent si doucement.
Aussi nous devenons tout à fait brave; et, par exemple, la Bataille de ons en Puelle, par M. Larivière, ne nous fait pas la moindre peur. On s’y livre à un écartement général, à un écartement prodigieux , à un écarte-
ment qui ferait honte au saltimbanque le plus disloqué. Lei, c'est Philippe le Bel qui écarte les bras sur un cheval qui écarte les jambes. Le roi est en— touré de soldats qui ne se livrent pas à de moindres écarts. Un surtout se
permet une enjambée beaucoup trop aventurée. Comme il résulte de ce que nous venons de dire, il y a dans ce tableau du mouvement et une certaine
énergie.
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La Levée du siége de Rhodes, par M Odier, est beaucoup plus calme; mais voyez le caprice : nous eussions préféré que les personnages s y montrassent animés par une passion quelconque, füt-ce celle du carnage, car leur visage n'exprime rien, ou s'il faut, comme Figaro, dire la vérité la plus vraie , ils expriment quelque chose que je tiens pour être la gaucherie. Il n’est pas jusqu'à Pierre d Aubusson , le grand maître, dont la bénédiction maladroite ne rappelle les pères vertueux du mélodrame. Puis la procession, qui est le sujet du tableau, est bien modeste de se contenter d'un coin de la toile, et de laisser la plus belle place à l'épisode du blessé qu'on panse. Cette toile, vide, froide, décolorée, se distingue pourtant par des qualités louables qu'il faut s'empresser de reconnaître pour n'en plus parler.
La Reddition de Ptolémais à Philippe-Auguste et à Richard Cœur de Lion, par M. Blondel, est, ce nous semble, le meilleur de ces quatre tableaux ju meaux, dont l'air de famille est la vulgarité. Il y a certainement de l'énergie dans l'attitude et l'expression des Sarrasins vaincus, qui passent désarmés devant les croisés rangés en bataille ; mais pas de perspective, et quant à la chaleur, douze degrés centigrades au plus. La chose pourrait se passer sous les murs bastionnés de Paris, quand il y en aura, par une journée d'abricotiers en fleurs.
Enfin, la Procession des croisés autour de Jérusalem est de M. Schnetz. Comparativement aux trois autres, moins de couleur, moins d'expression, moins d'harmonie, voilà ce tableau, dont la composition manque d’adresse. Nous préférons à cette grande toile le Jeune Grec, qui ajuste son fusil; il y a du courage et du sentiment sur cette Jeune et belle tête ; elle est de cette vérité élégante et populaire à la fois, qui distingue ce que fait M. Schnetz quand il reste dans les conditions de son talent.