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peintres genevois sont de ce nombre) voient trop bien; — oui, ils ont de trop bons yeux. Pas un brin d'herbe, pas une dentelure de feuilles ne leur échappe ; aussi leurs paysages ont toujours deux parties comme les paysages | | de théâtre; le premier plan qui est découpé, et le second plan qui est peint sur toile. D'autres ne voient pas assez bien; ils saisissent les grandes lignes
harmonieuses ; mais, si ce bouleau fait briller au soleil comme les pendeloques d'un lustre ses feuilles sonores doublées d'argent, si cette pelouse verte est de luzerne ou de gazon, ils n'en savent rien, ou du moins ils n’en disent rien.
Se tenir sagement entre ces deux extrêmes est plus difficile peut-être que de passer ce pont formidable promis par Mahomet à ses croyants, et qui | se compose du tranchant d'une lame.
| | — Cabat, qui avait été séduit par l’école sévère du Poussin jusqu’à lui sa- | crifier son libre arbitre, a voulu, cette année, être vrai à ses risques et périls. Ce jour-là il se trouvait en Normandie. Si nous étions en pleine mythologie,
j'imaginerais que les amadryades du lieu, venant à lui au moment où il pre-
| | uait son pinceau, lui auraient tenu ce langage : « O peintre! n’employez pas || pour nous de ces tons roux que vous employez si bien. Nos campagnes à nous | | | sont toujours vertes, toujours vertes jusqu'à ce qu'elles soient blanches. | Nos feuilles ne sont pas brülées par le soleil; elles sont noyées par la pluie.» | | Si bien que M. Cabat a fait ce paysage de Normandie tel qu'il l’a vu, une
masure zébrée de poutres, une mare et des canards, un moulin à eau , des
| peupliers et de gras pâturages ; c'est bien modeste. Mais voilà ce que j'ap— | pelle un paysage vrai et historique.
| Le second tableau est un intérieur de forêt : des bûcherons abattent un | | arbre. Au milieu d'un sombre massif s'enfonce un chemin lumineux dans | | l'éloignement, tout rayé de soleil, et d’une profondeur admirable : seule ment les arbres semblent être tous de la même espèce.
— Le paysage des Bergers de Virgile, par Aligny, est d'un ton chaud et
| lumineux ; mais l'on s'étonne que dans un pays où le soleil a tant de force. | ces hommes nus soient restés si roses et la végétation si fade. Comment vous | dire que cette peinture, qui se distingue par un arrangement exquis , | et par un soin si extrême , a cependant un peu la naïveté d'aspect des sujets qu'on peignait autrefois sur les papiers de tenture? Nous préférons à ce paysage la Vue prise à Tivol!, un chemin inondé de soleil, une procession,
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un prêtre avec une bannière et quatre enfants qui tiennent les cordons ; ou bien encore ces maisons italiennes blotties dans un paravent de roches blanches, fermant leurs stores au soleil avec calinerie, comme les chats ferment leurs yeux, et, sur le devant, cette source fraîche où de brunes jeunes filles viennent remplir leurs amphores; et surtout la Villa italienne, de beaux arbres qui profilent leurs branches sveltes et flexibles et penchées sur un ciel lumineux ; sur le côté, la Villa que le soleil inonde : sur le premier plan, dans l'ombre tiède et transparente, à l'abri de l'indiscrétion des regards, et — pudeur charmante — de l'indiscrétion des rayons, une femme qui se baigne.
— L'heureux homme que ce Démocrite qui riait tant de la misère et des vices des Abdéritains.. Oh! oui, si la vie ne faisait pas pleurer, elle ferait bien rire. Mais pour l'élève de Leucipe, vivre aujourd'hui, ce serait métier trop rude ; son rire deviendrait un véritable râle par ce temps où les grands mots sont les échasses des petits penseurs et les grands vices les échasses des petites nullités.
Donc le rire ne le quittait pas : cet homme était fou de sagesse. Les Abdéritains, qui ne se soupçonnaient pas si comiques, envoyèrent chercher Hippocrate. Quand le médecin arriva, Démocrite était
Sous un ombrage épais assis près d’un ruisseau.
C’est ce moment que M. Corot a choisi : le maître d'Épicure est à l'ombre Le second plan est traversé par le soleil. Le paysage est calme. La chaude silhouette des arbres se détache avec mille fourmillements sur le fond lumineux.
Au philosophe qui rit succèdent les philosophes qui dansent. Le golfe napolitain ouvre ses bras caressants à la mer tiède et azurée. Quelle est l'heure du jour, le soleil! n’en dit rien. Quoi qu'il en soit, un jeune homme et quelques contadines dansent ensemble une saltarella, qui n'a pour spec- Latrices que les fraîches fleurs d’alentour, des dames tout aussi parfumées que les nôtres, je vous assure. Cette danse est encore une manière de philosophie , d'autant plus que le paysage, un peu terne, inspire plutôt la tristesse que la gaîté. Ces deux tableaux sont pensés, vus avec la simplicité rare de l'homme qui aime la nature et qui la voit belle. Tant pis pour ceux qui cherchent dans ses paysages les qualités banales qui font le succès d'au
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tres paysagistes : ils ne comprennent pas l'élévation du talent de M. Corot. | — M. Paul Flandrin est un de nos grands paysagistes, ou du moins peu | s’en faut. Ce gazon, pour être vrai, est encore d’un tissu trop serré et trop ras; ces arbres, d’un si heureux effet, semblent encore, de près, comme des lustres d'église, enveloppés de serge verte. Mais comme style,c'est admirable. Quand on est si près de la perfection, on ne peut pas ne pas l’atteindre. Puis où trouver plus d'harmonie, une atmosphère plus rayonnante, | | des ombres plus lumineuses que dans ces paysages? Comme vous suivez bien l’histoire du moindre rayon qui, d'aventure, frappe ce tableau; ses scintillements, sa dégradation douce, et dans l'obscurité où il se meurt,
ses derniers soupirs, c'est-à-dire ses derniers reflets! Ces tableaux-là sont la tragédie du paysage ; tout y est sévère , grandiose, compassé, cependant la vérité n'est pas si noble que cela.
Celui des paysages de M. Flandrin que nous préférons, est son Saint Jérôme. Le saint est sans doute retiré dans cette solitude de Bethléem où il écrivit contre les hérétiques, et surtout contre les origénistes. Une humble croix faite avec deux bâtons s'élève près de lui. L’horizon est sévèrement arrêté par une ligne de rochers jaunâtres qui, dans l'ombre, semblent tout | couverts d'améthystes. Aux pieds du saint, bruit une source profonde dont l’eau limpide semble être doublée d’une feuille d'or. |
Le Paysage et la Vallée sont aussi d’admirables tableaux; mais, si nous aimons les rochers , quand il y a lieu, nous ne voulons pas, à propos d'herbe, | |
des rochers planes, et à propos d'arbres, des rochers sculptés
| — Avec M. de la Berge nous allons tomber dans l'excès contraire ; s’il | | vous prend fantaisie de dépouiller cet arbre feuille à feuille, vous pouvez
vous contenter. Cet artiste-là a deux loupes pour prunelles. Combien peut- | il entrer de brins de paille dans une couverture de chaume, ou de cheveux | dans une chevelure? Pour peu que vous soyez curieux de ce détail statisti- | | que, je ne vous demande qu'un peu de patience, il ne s’agit que de comp- | ter. Et pourtant que de chaleur dans ce paysage! Voyez ce pan de chaumière plongé dans l'ombre, cette porte ouverte sur cette chambre profonde , et ce vieillard sur le seuil du logis Cela est vrai, coloré, plein d'animation. ||
Nous ne voulons certes pas de mal à M. de la Berge, mais, si sa vue s'af- |
faiblissait, il deviendrait un bien grand peintre. —M. Diday est genevois par excellence, c est-à-dire qu'après avoir jeté un
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rapide coup d'œil à l'ensemble d'un paysage, il se prend à ramper dans les herbes pour y observer les moindres filaments de ces humbles graminées. Cette expédition botanique achevée , de branche en branche il grimpe jusqu'à la cime des pins alpestres, et emporte, dans je ne sais quel magique étui, toutes ces longues aiguilles vertes et pointues dont l'arbre se hérisse. Puis il se souvient vaguement de l'aspect général, et fait son paysage. C’est
| surtout à lui que s'applique ce que nous disions du plan en relief et du plan peint sur toile. Du reste, à l'en croire, la Suisse est bien le plus monotone || de tous les pays : quelques pins froids et sombres. des terrains sombres, un | torrent froid et un ciel sombre et froid ; vous savez, de ces ciels qui ressemblent à du papier écrit sur lequel il a plu.
— M. Calame, élève, ce nous semble, de M. Diday, a quelques défauts de || son maître et beaucoup de qualités qui sont à lui. D'abord il comprend le | soleil. Sa vue prise dans la vallée d'ÆAusasca a de la chaleur et une grande
fermeté de touche. Ce massif d'arbres roussis, ces terrains gras et fourmillants | | sur lesquels de splendides rayons jettent encore une gaze diaphane et dorée, vous réjouissent le cœur ; et, pour faire tant que de contempler ces éternels pins, cet éternel torrent et ces éternels nuages noirs, nous nous arrêterons plus volontiers, en dépit des premiers plans toujours filandreux, devant cette Vue des Hautes-Alpes prise après un orage Hélas! ô peintre genevois!
où est donc cette Suisse que l'Opéra-Comique nous a promise? Serait-ce chimère que ces chalets, ces Kettlys et ces Bettlys dans la foi desquels nous vivons ? Non, dans ce paysage, il y a un chalet; mais il est brisé! les pins sont hachés par la tempête ; et le nuage dont je vous ai parlé — grand Dieu ! qui nous délivrera de ce nuage — rase la terre avec ses deux grandes | ailes sombres. Mais il n’y a donc pas de soleil, de maisons entières et d'a- | moureux dans ce pays? |
ÉMILE LAFON, CH. HUGOT, MONDAN, JOURCY, BONNEGRACE, COURT, | | | CABASSON, SIMON, GUÉRIN, THÉVENIN, MAUZAISSE, | | SAVINIEN PETIT, CAMINADE, PÉRIGNON, BOUTERWECK, RIBERA, ||
CORNU, HAUSSOULIER, PERLET, FRANCHET, | GIGOUX, DARONDEAU, M" DE SENEVAS DE CROIX - MESNIL.
Dans ce siècle où nous sommes arrivés à un morcellement infini de la propriété territoriale, on pourrait dire que le génie se morcelle aussi et se
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=> 39 divise en une foule de petits talents. Le bien est maintenant tout à fait vulgaire ; il n’y a que le sublime et le mauvais qui se fassent rares.
Toutefois, nous voulons être juste. Si nous parlons de celui-ci, pourquoi ne pas parler de celui-là. Nous citerons done beaucoup de noms, bien que la phrase bouillonne et murmure à toutes ces syllabes rocailleuses qui ne se prêtent que fort mal à l'arrondissement des périodes.
Figurez-vous donc un voyage en bateau à vapeur, mais, au lieu des sau— les et des prairies de la rive, des scènes d'histoire, des tableaux religieux , des portraits, etc.
M. Emile Lafon a mis de la grâce et une certaine coquetterie dans son tableau d’un Ange présentant à l'Enfant Jésus la couronne d’épines ; mais comme nous n’avons pas de renseignements sur la façon dont sont faits les anges, ni sur la lumière qui les environne, nous lui conseillerons fort de faire ces célestes envoyés en chair et en os, au lieu de les tailler dans l’alhâtre, et de renoncer à cette atmosphère violette, du moins jusqu’à nouvelle instruction.
La Sainte Rosalie, de Charles Hugot, est belle mais peu exaltée. Sa foi est trop tranquille, ce nous semble, et sa robe est d'un rose bien coquet. Mais quand ce ne serait pas sainte Rosalie, le grand malheur! c’est une femme charmante à genoux, cela ne suffit-il pas pour nous toucher ? Le paysage est admirable.
Citons la Madeleine, de Mondan, et la femme qui met ses boucles d'oreille, de Jourdy ; le dessin du tableau de ce dernier est correct et chaste comme la statuaire antique , d un modèle souple et gras, et d’une belle exécution.
La Nuit chassée par l' Aurore, cela ne prête-t-il pas plus à la poésie qu’à la peinture? Une belle femme , la tête couronnée d'étoiles, plongée toute nue dans l’ombre bleue et touchée légèrement par le dos d’une teinte rose, est-ce bien la nuit? La Mythologie , qui s'entendait assez bien à ces sortes de rêveries, avait donné à sa déesse une tunique toute ruisselante d’astres. C'était un peu plus chaud; car le métier est rude de courir dans l'ombre froide des nuits, poursuivi par les doigts de rose de l’Aurore, qui vous secouent sur l’épaule des gouttes de rosée. Ce tableau de M. Bonnegrâce est une jolie étude.
Il était dit que Saint Louis, le pieux monarque, ferait du bien après sa mort. Le Saint Louis de Court rachète le Paysan Russe du même peintre.
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Il fallait une aussi grande intercession à un aussi gros péché. Oui, cette tête de Saint Louis est belle et expressive; et, de même que les croisades endurcissaient les hommes et les arrachaient à une molle et perfide existence, de même ce tableau, croisade dans un genre vraiment sérieux, a arraché M. Court à cette molle et perfide facilité où son talent se corrompait. Ce Saint Louis est un pas vers l’art; mais M. Court avait marché à reculons. Ah! le Paysan Russe! Chut! la rémission est accordée. Et le Saint Isuac? A faut le comprendre dans l’amnistie. Nous retrouverons M. Court aux portraits.
Quant au Saint Louis de M. Cabasson, nous avons à deux fois consulté le livret; nous ne pouvions en croire nos yeux. Saint Louis rouge de cheveux, saint Louis laid, saint Louis vieux en 1248! comme les historiens sont trompeurs!
M. Simon Guérin, dans son épisode de la destruction d'Herculanum , a éclairé cette scène de lueurs rougeûtres, et il a eu raison. Sans cela, le tableau était impossible. Mais ce qu'il dut y avoir de plus effrayant dans cette catastrophe, c’est que, selon Pline, l'obscurité fut presque constamment profonde. Les malheureux, comme l’a dit Delphine Gay,
Recevaient à la fois et la tombe et la mort, une pierre sépulcrale qui leur venait en poudre. Il y a du mouvement dans ce tableau, une certaine énergie de désespoir, une couleur harmonieuse , mais une exécution lâchée.
Rarement la Madeleine a été plus belle que dans le tableau /e Christ apparaissant à Marie-Maueleine sous la forme d’un jardinier. M. Thévenin a compris que Madeleine doit être le type le plus parfait de la beauté, parce qu'elle réunit l’amour et la chasteté. Une sainte vierge et martyre est toujours un peu vieille fille. Quant au Christ, ilest jardinier parce quil tient une bêche. J'imagine que les jardiniers du pays auraient été fort embarrassés de cette majestueuse draperie qui le couvre.
Un mot seulement du Philippe- Auguste de Mauzaisse : des murailles de papier et des personnages de carton.
Si M. Savinien Petit a fait le pari de gâter un beau et élégant dessin par | la couleur la plus ridicule qui se puisse trouver, il a gagné. Le paradis terrestre qu'il a fait à son Éve est un véritable enfer, si Ève a du goût; c'est un enfer vert.
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©; Clotilde Jrad ( Mme P Juflerars )
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Sainte Élisabeth Reine de Hongrie .
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La Mort de la Vierge par Caminade, est un tableau froid. Toutes les têtesse ressemblent et sentent le modèle. Les personnages sont rangés avec symétrie, l'un ne pouvant cacher l’autre, comme des cartes qu’on dispose dans sa main. Ce tableau à un aspect beaucoup trop prix de Rome.
—Le Jésus au jardin des Oliviers, de M. Férignon, est un peu trop vieux. L'ange est beau, à cela près qu'il ferait un gentil hussard. Quant à Roger et Angélique, du même peintre, un pareil sujet était bien hardi; on trouve bien des bippogriffes qui s'élancent dans les airs et galopent à travers ciel; mais l'imagination est une monture beaucoup plus rétive et qui vous laisse parfois en route.
— Vous vous rappelez le Désert de Biard, avec ce ciel qui du rouge arrivait au bleu, en passant par toutes les dégradations des nuances orangées ; M. Bouterweck a placé dans ce même désert la Rencontre d'Isaac et de Rébecca. Ce tableau a de belles qualités. La tête d'Isaac est belle et expressive.
— Ribera, quel nom lourd à porter! Ce peintre a donné une Assomption La Vierge est une femme de théâtre, et les anges feraient des coryphees d'Opéra.
—La Reddiion d'Ascalon à Baudouin HE, roi de Jérusalem, est un tableau sagement médiocre. Que M. Cornu se rappelle le portrait qu'il a fait de luimême , et qui est d'une peinture vraie et supérieure. Nous qui nous le rappelons, nous sommes sévère pour le tableau de cette année.
— Voilà donc un Bacchus antique, un Bacchus jeune et chaste, un Bacchus indien ! Quel pli voluptueux dans ces lèvres! quelle ivresse douce et reposée dans ce regard ! quelle virginité dans ces chairs! quelle dégustation intelligente ! Silène était l'esclave du vin, mais Bacchus en était le Dieu. Il le savourait, oui; mais il le dominait Cette tête seule donne une haute idée du talent de M. Haussoulier.
—Le Jésus dans les bles, de M. Perlet,est froidement bien; la tête du Christ est plus querelleuse et sophistique que divine et charitahle.
—Uneexcellenteétude, c'est le David de M. Franchet. Latête du farouche Philistin nous est depuis longtemps connue. Elle sert pour Holopherne aussi bien que pour Goliath ou saint Jean-Baptiste. Mais David est bien dessiné. Ces contours un peu mous, qui commencent toutefois à s’accen— tuer de vigueur, sont bien rendus. La tête a une certaine originalité sauvage qui plaît.
— Je ne saurais dire le caractère d’humble supériorité et de distinction que M. Gigoux a donné à sa Sainte Geneviève, toute la douceur et toute la noblesse qu'il y a sur ce beau visage. Sainte Geneviève était de famille illustre, selon M. de Valois. Dans ce tableau, comme dans celui du Wariyre de sainte Agathe, M. Gigoux accuse un progrès évident. Seulement, il y a cette fatale couleur violette, qui est bien la plus rude ennemie qu'il puisse avoir. Elle embrouille et refroidit ses horizons, et il n'y a pas jusqu’à ces chairs si pures et si fermes qu'elle ne pénètre et n’imprègne de ses reflets morbi- | des. Cette sainte Agathe, d’un si beau dessin et d'un modelé si gras , sem ble mourir empoisonnée. La belle et noble Vierge de Palerme n inspirerait peut-être pas ces désirs charnels qui furent sa perte.
— La Jeanne d'Arc de M. Darondeau n'a ni inspiration ni patriotisme. Elle à l’air fort embarrassée du casque qu'elle tient sur ses genoux. Que Dieu lui soit en aide, car elie en a besoin!
— Mon Dieu , il ne faut pas grand fracas pour nous toucher. Voilà deux | Pèlerines de madame Senevas de Croix-Mesnil, une vieille paysanne et une toute jeune fille, deux malheureuses, sans doute, qui, ployées par la fatigue, arrivent sous le porche de l’église. Elles ne pourront peut-être pas acheter de cierge ni de bouquet de roses blanches aux boutons d'argent; mais j'ai dans l’idée que la Vierge exaucera leurs vœux et s'attendrira sur leur infortune, grâce surtout à l’intercession habile de l'artiste.
DESTOUCHES , GRENIER, HORNUNG.
Quelle douce chose que la vie! Ah! dans une agréable ivresse, amis, prenons-nous la main et formons une ronde sous les lilas en fleurs. Il n’est pas d’amants inconstants, de blessure sans une main charmante qui la ferme, ni de voleurs sans gendarmes. C’est consolant! |
— Vous vous rappelez le jeune élève de l'école Polytechnique blessé, que deux jeunes filles portaient bien doucement sur un brancard. C'était le premier acte d’un vaudeville du Gymnase. Voici le second maintenant. Le blessé en est à sa première sortie. Comme l'aube, la vie qui renaît se trahit par une teinte rosée qui glisse sur ses joues creuses. La jeune fille du brancard soutient le convalescent; les dignes et hospitaliers parents lèvent les
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Quand leur hymen s’apprète,
Que la fête Soit complete, etc.
| Ce petit tableau est gracieux, et, dans quelques parties, digne de Greuze. — M. Grenier, lui aussi, devient bien sensible. En art, il faut se montrer
plus méchant. Le moyen de s'intéresser au sort de cet enfant enlevé par des salimbanques , quand des gendarmes paraissent à l'horizon! L'intervention
du gendarme a remplacé celle des dieux antiques. Et pourtant, comme
M. Grenier saisit profondément le caractère de ses personnages! Il est sans contredit au-dessus du vaudeville. Son Mauvais Sujet était de cette vérité
| saisissante, qui entre la cravache à la main dans les cœurs,comme Louis XIV entrait dans le parlement. Le saltimbanque insouciant qui allume sa pipe est également vrai; quant à l'enfant qu'on veut revêtir de haillons pailletés, il est bien têtu, bien carré pour qu'on le plaigne ; et puis ces gendarmes, qui font dire aux mères, C’est bien fait, ces gendarmes gâtent tout. Cette vie de grand soleil et de danse sur la corde, d'aventures, d’oripeaux et d'inattendu qu'on entrevoyait, se résout en un baiser maternel et une tartine
de confiture.
—« Quoi! monsieur, vous n’admirez pas ces ramoneurs, de M. Hornung? — Hélas: non! — Qui rient si bien! — Heu! — Qui sont plus heureux qu'un roi! — Cela ne m'est pas prouvé. — Mais, enfin, qu'y trouvez-vous à redire? — La peinture en est sans harmonie, criarde, elle fait grincer des dents. Cela est imité brutalement et sans poésie. Cette muraille brillante, ces prunelles rayonnantes, cette peau luisante, et ce verre frappé d’une lumière étincelante, font en somme une chose fort dissonante. Je ne puis mieux reproduire qu'avec les mots l'effet désagréable de ce tableau. Il y a des qualités de détail fort recommandables, mais l’ensemble est choquant, sans largeur, d’une vérité sale et sans idéal. C’est de la peinture rétrograde. — Cela n'empêche pas, monsieur, que ce tableau ne soit le meilleur du Salon. — Ah!»
Quant au portrait d’un Octogénaire, par le même peintre, puisque mon interlocuteur s’est éloigné, je vous dirai que c’est la caricature de la chair ridée , un plan en relief d’une figure vieille, où la physionomie se perd com- ! plétement.
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DEBAY, LELEUX, FORTIN, LEGENTILE, DIAZ, A. DELACROIX, LÉPAULLE, WACHSMUT, CHACATON, LEPOITTEVIN, L. LEROY, M‘ JUILLERAT, LAURENT DESTOUCHES, DE TAVERNE, DE LANSAC, BARKER, GROS CLAUDE.
Passons vite, le temps nous presse, une cloison entre nos pensées et nos | yeux; ne faisons que voir. |
Voilà deux tableaux à placer, nonobstant leur mérite, dans la salle d'attente des nourrices que nous envoient les départements. Deux femmes qui allaitent : de belles carnations, c'est tout ce qu’on pouvait mettre dans ces tableaux et tout ce que M. Debay y à mis.
Ne voilà-t-il pas toute une journée bretonne. D'abord c'est le Riendezvous des chasseurs au milieu des broussailles brülées. Provisions qu'on met dans le sac, vieux fusil qu'on essaie, cage au furet, chiens qui courent dans | les herbes. Puis le repas; et, avant, la prière, usage saint et antique. Ici on
salue celui qui nous offre un mets; celui qui le donne, on l'oublie. Le repas terminé, quand l'homme a travaillé tout le jour pour laisser Dieu travailler la nuit, les aïeux se reposent; garçons et filles forment une ronde sauteuse et bruyante, aux fronts joyeux et tour à tour éclairés par le tranchant lumi-
| neux du jour qui vient de la fenêtre et coupe l'ombre qui s’épaissit.
|| Ajoutez au rendez-vous de chasse de Leleux, artiste consciencieux mais | dont la couleur manque d'harmonie et les paysages de perspective, au goû— ter et à la ronde de Fortin, qui porte à un point si extrême toutes les qua- | iités que nous demandons à M. Leleux; ajoutez, dis-je , les intérieurs de
M. Legentile, vous aurez un ensemble aussi complet de la vie bretonne que | | nos éloges sont incomplets pour ces deux derniers artistes surtout. Mais nous sommes le juif errant de l'art, Nous voulons tout voir, et il | nous est refusé de planter notre tente devant aucun chef-d'œuvre. | Grâce pourtant, cette femme est si belle! ce voile bleu a roulé à ses || pieds; un rayon de soleil effleure comme une aile diaphane ses brunes |
épaules; tout le reste est plongé dans l'ombre tiède et voluptueuse. Cette | chair est moite et appelle un baiser. Un amour, un sylphe, que sais-je ! | voltige au-dessus de sa tête. Elle rêve, cette femme. Ne rêvons-nous pas
aussi ? mais rassurez-vous, M. Diaz, il nous faut fuir, fuir emporté comme
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=. 45 & ® vos Arabes dans le désert, cette troupe qui tourbillonne, qui court, qui étin- | celle sous un ciel pommelé de nuages violets, passementés d'or. |
— Nous n'avons pas même le temps d'attendre avec ces enfants charmants | | ettristes de M. A. Delacroix qui, sur le bord de la mer, regardent, deslarmes | dans les yeux, si leurs pères ne reviennent pas des pays lointains. Nous | n'avons pas le temps de leur demander pourquoi ils sont là tous enfants, — une vingtaine — et que sont devenues leurs mères.
— Nous allons si vite que nous avons pris le Déluge de M. Lépaulle, — Un | homme et une femme surune hauteur que l'eau gagne, —pour Jupiter et la || Blonde Vénus. C’est peut-être notre faute. M. Lépaulle à fait beaucoup de tableaux, oh! mais beaucoup, si ce n'est pas un éloge, ce n’est pas notre faute.
— Nous qui ne campons pas, nous voudrions camper avec ces soldats de | M. Wachsmut et surtout cette Vivandière leste et hâlee. M. Wachsmut a | le sentiment des têtes populaires, beaucoup de finesse et d'esprit; vous ver- | rez que, comme ces soldats bronzés, il portera loin son drapeau. | — N'avons-nous plus rien à faire de ce côté ? Le voyage vaut qu'on y regarde à deux fois. Si fait. Citons ces Arabes de M. de Chacaton, et surtout | | | ces chevaux admirables, à la croupe polie, aux naseaux ardents, et ce | paysage coloré. | |
| | — Vous avez peut-être ouï parler de la fantaisie de ce seigneur ou richard, | | || n'importe, qui fit faire un punch dans un bassin de son parc. Mettez-y le | feu et jetez-y une barque, vous aurez une juste idée de la vue du qolfe de || Naples, par E. Lepoittevin.
| — Mais prenons le clairon belliqueux. Nous assistons à une bataille. Tout un corps d'armée est en déroute. Une panique a couché dans toute l'ardeur || de la fuite les combattants, comme un orage renverse les seigles, et pourtant un seul guerrier a porté le trouble dans les rangs ennemis. Mais ce guerrier est un chat, et les fuyards sont des rats. Il ÿ a un entraînement | | et une terreur comiques dans le groupe de ces pauvres vaincus. Une ferme | et un paysage, chaudement traités, occupent le fond de ce tableau de
M Leroy, qui donne de bien hautes promesses, et ne peut, le travail aidant, tarder à les tenir.
— Il y aura toujours de ces délicatesses divines que les femmes seules
pourront comprendre. Sainte Élisabeth, reine de Hongrie, qui fut réduite à