‹ Album du Salon de 1841Chapitre 6 sur 36 · GODEFROY JADIN · texte numérisé non relu

GODEFROY JADIN

Un de ces étonnements naïfs auxquels nous'ne pouvons nous soustraire, c'est de ne rien entendre devant les toiles de M. Jadin. Tous ces chiens sont d'une si merveilleuse réalité ; ils courent, ils mordent, ils se culbutent, ils aboiïent, mais l'aboiement expire entre eux et nous. Ici c'est l’hallali sur pied, un cerf poursuivi avec une rage inouïe, un cerf pris dans un buisson de chiens , permettez-moi l'expression. Le piqueur a mis pied à terre pour le tuer. Là c’est un sanglier qui, avec cette mine bonhomme qu'ont ses pareils, vous éventre bel et bien les plus nobles bêtes du monde. Plus loin c’est la Curée; le cerf est pris; on vient sans doute de rappeler les chiens en sonnant du cor d'une façon cassée et enrouée, — ce qui s'appelle grailler. On présente aux chiens, pour les exciter, ce qu'on leur abandonne de la bête ; ils sont là prêts à courir, à tomber sur leur proie. On les a alléchés, surexcités, enfiévrés; ils prennent leur élan et bondissent : la simple apparition d’un fouet les arrête. L'homme ne pouvant vaincre ses propres passions, s'amuse à faire vaincre les leurs aux animaux. C’est très-flatteur pour l’humanité. Ces trois tableaux sont admirables de vie, de turbulence, de couleur. Je sais plus d’une toile de bataille où les têtes n'ont pas tant d'expression. Sous certains rapports, M. Jadin est le Delacroix de la race canine.

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