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A QUOI JE SONGE

A quoi je songe? — Hélas! loin du toit où vous êtes,

Enfants, je songe à vous ! à vous, mes jeunes têtes.

Espoir de mon été déjà penchant et mûr,

Rameaux dont, tous les ans, l'ombre croît sur mon mur,

Douces âmes à peine au jour épanouies.

Des rayons de votre aube encor tout éblouies!

m&^^PT VICTOR HUGO ,û^;^^âô

Je songe aux deux petits qui pleurent en riant, Et qui font gazouiller sur le seuil verdoyant, Comme deux jeunes fleurs qui se heurtent entr'elles, Leurs jeux charmants mêlés de charmantes querelles! Et puis, père inquiet, je rêve aux deux aînés, Qui s'avancent déjà de plus de flots baignés, Laissant pencher parfois leur tête encor naïve. L'un déjcà curieux, l'autre déjà pensive!

Seul et triste au milieu des chants des matelots.

Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flots,

S'ouvrant et se fermant comme autant de narines,

Mêlent au vent des cieux mille haleines marines,

Où l'on entend dans l'air d'ineffables échos

Qui viennent de la terre ou qui viennent des eaux.

Ainsi je songe! — à vous, enfants, maison, famille,

A la table qui rit, au foyer qui pétille,

A tous les soins pieux que répandent sur vous

Votre mère si tendre et votre aïeul si doux!

Et tandis qu'à mes pieds s'étend, couvert de voiles,

Le limpide océan, ce miroir des étoiles,

Tandis que les nochers laissent errer leurs yeux

De l'infini des mers à l'infini des cieux.

Moi, rêvant à vous seuls, je contemple et je sonde

L'amour que j'ai pour vous dans mon âme profonde,

Amour doux et puissant, qui toujours m'est resté.

Et cette grande mer est petite à côté.

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