‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 109 sur 328 · ÉCRIT AU BAS D'UN CRUCIFIX · texte numérisé non relu

ÉCRIT AU BAS D'UN CRUCIFIX

Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure. Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit. Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit. Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.

AUX FEUILLANTINES iLA BIBLE)

Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.

Notre mère disait: Jouez, mais je défends

Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.

Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.

Nous mangions notre pain de si bon appétit,

Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.

Nous montions pour jouer au grenier du couvent, Et là, tout en jouant, nous regardions souvent, Sur le haut d'une armoire, un livre inaccessible.

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Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir; Je ne sais pas comment nous fîmes pour l'avoir, Mais je me souviens bien que c'était une Bible.

Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir. Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir; Des estampes partout! Quel bonheur! Quel délire!

Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux, Et, dès le premier mot, il nous parut si doux, Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

Nous liâmes tous les trois ainsi tout le matin,

Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,

Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux.

S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux.

De sentir dans leur main la douceur de leurs plumes.

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