L'ÉCOLIER BONAPARTE
«A genoux! à genoux! au milieu de la classe,
L'enfant mutin !
Dont l'esprit est de feu pour l'algèbre, et de glace
Pour le latin ! »
Ainsi parlait le maître à l'élève indocile;
Car l'écolier Était du petit nombre ardent et difficile
A se plier.
Enthousiaste et fier, comme on l'est à son âge
Dans le midi, Ses yeux noirs éclairaient d'une lueur sauvage
Son front hardi.
Loin de ses compagnons, dans les heures de trêve,
Pensif et seul.
Aux beaux jours, il s'en va s'asseoir avec son rêve
Sous un tilleul.
8S©^^ A. DE BEAL'CHESXE ,â^s-S88
Car aux plaisirs bruyants on dirait qu'il préfère
Le noir chagrin ; Et son maître a songé parfois qu'il pourrait faire
Un bon marin.
L'hiver! c'est la saison qu'il aime! que de charmes
N'a-t-elle pas.
Quand le ciel aux enfants semble jeter des armes
Pour leurs combats !
Alors ce sont des forts, des redoutes de neige,
Un grand château ; Puis un mouchoir flottant qui couronne le siège
Comme un drapeau !
Et puis des boulets blancs, dont la grêle foudroie
Les rangs pressés !
Puis les cris triomphants des soldats, et leur joie
S'ils sont blessés!
Géographe apprenti, quelquefois il s'amuse
A situer Les vieux empires peints sur des cartons, qu'il use
A remuer.
Un jour que, s'essayant sur la route inconnue
Qu'il mesura, Montgolfier triomphant s'envolait dans la nue.
L'enfant pleura.
Oh! que ne planait-il ainsi loin de la terre.
Fier, et pareil A l'oiseau souverain qui s'en va solitaire
Droit au soleil !
D'où vient donc cette flamme à cette jeune tête
Et ce frisson.
Quand il sent, indigné, qu'une chaîne l'arrête
Dans sa prison?
^m^:^ A. DE BEAUCHESNE ,â£:<r^£8e
D'oà littj vient C£ méjHis des âiuSes vulgaires? Et dan» soo coeur
Ce toauiMeot, @à «« mâe avec des bruits de guerres Un aï vainqueur?
A'I'iJ dyne par un coin soulevé le grand voile
De Tavenir?
Et d'un secret de gloire entend-il une étoile
L'entretenir?
Nwj ; JJ pense à foo père, à son île captive,
A son del pur, A «fâs rivage» n<us où se roule plaintive
La mer d'azur;
]) Mjnge a son rocher, qu'il aime mieux qu'un monde,
A son berceau.
Que le ciel a placé tremblant au bord de J'onde
Comme un roseau.
Puj« îl «e dît: — "Je veux épouser une fille
D'Ajaccio; L'été, j'établirai ma petite lamille
A Vecchjo.
Que nous serons heureux dans notre maison blanche.
Aux gazons verts.
Qu'indique au gondolier le palmier qui se penche
Au bord des mers!
C'est là qu« je mourrai, comme ceux de ma race;
Car, ignoré, J'aurai passé dans l'ombre, et sans laisser ma trace
Je m'en irai '
Alors au fond de l'âme il sentait la tempête
Qui s'élevait!
H l'écoutait, croisait les bras, baissait la tête.
Puis il rêvait . . ,
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