‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 123 sur 328 · LE CONVOI DE LOUISE · texte numérisé non relu

LE CONVOI DE LOUISE

Quand Louise mourut à sa quinzième année,

Fleur des bois par la pluie et le vent moissonnée,

Un cortège nombreux ne suivit pas son deuil;

Un seul prêtre en priant conduisit le cercueil ;

Puis venait un enfant qui, d'espace en espace,

Aux saintes oraisons répondait à voix basse;

Car Louise était pauvre, et jusqu'en son trépas

Le riche a des honneurs que le pauvre n'a pas.

La simple croix de bois, un vieux drap mortuaire,

Furent les seuls apprêts de son lit funéraire;

Et quand le fossoyeur, soulevant son beau corps,

Du village natal l'emporta chez les morts,

A peine si la cloche avertit la contrée

Que sa plus douce vierge en était retirée.

Elle mourut ainsi. — Par les taillis couverts.

Les vallons embaumés, les genêts, les blés verts,

Le convoi descendit au lever de l'aurore:

Avec toute sa pompe avril venait d'éclore,

Et couvrait en passant d'une neige de fleurs

Ce cercueil virginal, et le baignait de pleurs;

L'aubépine avait pris sa robe rose et blanche;

Un bourgeon étoile tremblait à chaque branche;

Ce n'étaient que parfums et concerts infinis;

Tous les oiseaux chantaient sur le bord de leurs nids.

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