LE BANC DE PIERRE
Au fond du parc, dans une ombre indécise, Il est un banc solitaire et moussu Où l'on croit voir la rêverie assise.
Triste et songeant à quelque amour déçu.
Le souvenir dans les arbres murmure.
Se racontant les bonheurs expiés.
Et, comme un pleur de la grêle ramure. Une feuille tombe à vos pieds.
Ils venaient là, beau couple qui s'enlace. Aux yeux jaloux tous deux se dérobant, Et réveillaient, pour s'asseoir à sa place, Le clair de lune endormi sur le banc.
Ce qu'ils disaient, hélas! Elle l'oublie, Mais l'amoureux, cœur blessé, s'en souvient. Et dans les bois, avec mélancolie, Au rendez-vous, seul, il revient.
m&^^T Mme NODIER MÈNES S 1ER ,£^^£68
Pour l'œil qui sait voir les larmes des choses, Le banc désert regrette le passé, Les doux aveux et le bouquet de roses, Comme un signal à son angle placé.
Sur lui la branche à l'abandon retombe, La mousse est jaune et la fleur sans parfum, La pierre grise a l'aspect d'une tombe Qui recouvre un amour défunt.