‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 164 sur 328 · LE BATEAU · texte numérisé non relu

LE BATEAU

L'esquif s'éloigne, et dans l'eau froide et claire

En se jouant une rame légère

Fait succéder à mes regards charmés

Les prés, les bois, les coteaux embaumés.

Brise d'automne, accours, de notre voile

Gonfle les plis à l'antenne fixés!

Que j'aime au loin ces nuages rosés.

Et puis, là haut, cette naissante étoile!

De mes pensers, des flots suivant le cours, Si je pouvais voguer, rêver toujours !

Tout près de moi, que bien mieux j'aime encore Ce front si pur, qu'un pur reflet colore ; Vierge d'amour, de bonheur et d'espoir, Au doux sourire, à l'œil d'un feu bien noir. J'aime à te voir, accoudée et pensive.

Interroger le silence et la nuit, Rêver sans trouble à l'heure qui s'enfuit En saluant l'heure qui nous arrive.

De mes pensers, des flots suivant le cours, Si je pouvais voguer, rêver toujours !

Si je pouvais de tendre souvenance, D'un jeune espoir, d'amour, d'indépendance. Bercer mon âme en un si doux sommeil!

Court est le songe, et triste le réveil:

mB^^ EUGÈNE BAZIN ,e^^«e8

A débarquer déjà l'on se prépare, Le vieux pêcheur fait tourner son bateau, La lune brille au sommet du coteau . . . Quel court instant nous unit, nous sépare!

De mes pensers, des flots suivant le cours, Si je pouvais voguer, rêver toujours!

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